‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 17 sur 90 · CHARLES I · texte numérisé non relu

CHARLES I

PUC DE BOURBON.

Charles I, duc de Bourbon et d'Auvergne, comle de Clermont, etc., pair et chambrier de France, fils aîné de Jean I \ duc de Bourbon , et de Marie de Berri; marié à Autun,le 17 septembre i4^5? à Agnès de Bourgogne , fille puînée de Jean (dit sans Peur), duc de Bourgogne, et de Marguerite de Bavière.

Né au milieu des orages, il connut de bonne heure l'infortune ; enlevé du château de Monceaux avec ses frères, enfermé dans une étroite prison, sa tête avait répondu de celle du sire de Croï. En i4i8 , au milieu du tumulte causé par le succès de la conspiration du Bourguignon contre Armagnac, il fut arrêté et conduit à la tour du Louvre, où il resta long-temps entre la vie et la mort. Il ne fut

sauvé qu'en acceptant la main de la fille de Jeansans-Peur et en sacrifiant à ce mariage la douce espérance d'épouser Catherine de France, la plus belle princesse de l'Europe, à laquelle il était fiancé. Il était auprès du duc de Bourgogne, son beaupère , lorsque ce prince fut assassiné à Montereau ; il fut lui-même arrêté et désarmé; mais il s'attacha à la cause du dauphin , et ce prince lui confia , à l'âge de vingt ans, le gouvernement du Languedoc. En i/po, il vint mettre le siège devant Béziers, qui avait refusé de lui ouvrir ses portes , et força cette ville à capituler.

En i429? il s'avança vers Orléans, assiégé par Je comte de Salisbury, reçut un échec très-meurtrier dans la célèbre journée des harengs , assista à la délivrance d'Orléans, au sacre de Charles VII à Reims, où il représenta le duc de Normandie; il tenta une entreprise sur Paris pendant l'absence du duc de Bedford,et enleva le boulevard de la porte Saint-Honoré. Il rendit, dans toute cette guerre, de si brillans services , que le roi le nomma gouverneur-général de toutes les conquêtes qu'il avait faites en Champagne, en Brie, en Picardie et dans l'Ile-de-France; mais il céda bientôt ce commandement à Louis de Bourbon , comte de Vendôme, et déclara la guerre

au duc de Bourgogne; la paix fut signée peu après à Nevers, au milieu des fêtes et des tournois. Un chevalier bourguignon s'écria : « Entre nous au- » très, nous sommes bien mal conseillés de nous » adventurer et mettre en péril de corps et d'âme » pour les singulières volontés de princes et de » grands seigneurs , lesquels quand il leur plaît se

» réconseillent l'un avec l'autre , et souventes fois » advient que nous en sommes poures et détruits ! »

On voulut étendre les bienfaits de cette réconciliation à tout le royaume : un congrès ( c'était déjà la mode à cette époque ) fut convoqué à Arras, en i435. Le duc de Bourbon et le connétable, tenant la main sur la croix, « crièrent mercj au duc de Bourgogne, de par le roi, pour la mort de son feu père, lequel leur pardonna pour l'amour de Dieu , » et la paix fut signée.

Il contribua à briser les fers de René d'Anjou, qui, n'étant encore que duc de Bar, avait été vaincu et pris à la fameuse journée de Bragueville. Il délivra de prison (en i43o, ) le comte d'Eu, son frère utérin, qui languissait à la tour de Londres, depuis la bataille d'Azincouit.

En i44°> M se ,ml à 'a tête du complot formé par les princes pour perdre le connétable de Ri-

chemond; mais Je roi l'obligea à venir lui demander pardon de l'appui qu'il avait prêté au dauphin ( depuis Louis XI ). Cette révolte fut connue depuis sous le nom depraguerie.

Le duc de Bourbon termina sa carrière glorieuse en gouvernant sagement ses états; la mort le surprit à Moulins, le 4 décembre i456; il n'avait pas encore cinquante-six ans ; il eut d'Agnès de Bourgogne onze enfans, six princes et cinq princesses, sans compter les enfans naturels. Sa fortune était immense ; il ne le cédait en richesses qu'au roi et au duc de Bourgogne.

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