DUCHESSE DE BOURBON, DAME DE BEAUJBU
Anne de France, duchesse de Bourbon , dame de Beaujeu, fille de Louis XI et de Charlotte de Savoie, née en 1462, mariée en i474 à. Pierre II, duc de Bourbon , quatrième fils de Charles I, duc de Bourbon , et d'Agnès de Bourgogne , gouvernante du royaume et de la personne de Charles VIII , son frère, pendant sa minorité.
Cette princesse était jeune, belle, spirituelle et sage. Un pauvre gentilhomme, croyant faire sa cour au roi, qui aimait beaucoup la chasse, lui présenta un jour un chien d'une espèce rare. Louis XI parut n'en pas faire grand cas. Le sénéchal Gaston le demanda au roi. « Qu'en ferez-vous ? lui dit le prince. » — Un présent à la plus sage dame du royaume. » — Quelle est donc cette dame? — C'est Anne de
» France, votre fille. — Eh ! monsieur le sénéchal, » repartit le roi, je vous reprends sur ce point de » l'avoir nommée la plus sage; mais dites moins » folle que les autres; car, de femme sage, il n'y en a » point au monde.» Heureusement, pour l'honneur des femmes, que c'est Louis XI qui a porté ce jugement !
Le testament de Louis XI , qui confiait les rênes de FÉtatà cette princesse, fut confirmé par les états généraux assemblés à Tours en i4^4? mais elle n'eut pas moins à lutter contre les seigneurs, jaloux de cette faveur : à leur tête se trouvait le duc d'Orléans , qui, en sa qualité de premier prince du sang, voulait avoir la principale autorité. On prétend que la galanterie ne fut pas tout-à-fait étrangère à la lutte qui s'établit entre ce prince et madame de Beaujeu; on l'attribue aussi à un propos, plus que léger , qui échappa au duc d'Orléans , un jour qu'il jouait à la paume , en présence de toute la cour. Quoi qu'il en soit, Madame, qui faisait les fonctions de régente sans en avoir le litre, triompha de ses ennemis, déjoua leurs complots, et gouverna sagement le royaume. Elle resta maîtresse absolue de l'autorité jusqu'au jour où Charles VIJÏ, a son insu, fit délivrer le duc d'Orléans, qu'elle re-
tenait depuis trois ans dans les fers. Depuis cette époque (i 491), le roi gouverna par lui-même; mais sa sœur Tut toujours consultée dans les grandes affaires. Il lui écrivit cette lettre : « Ma bonne sœur, » m'amie, je me recommande bien fort à vous. » Loys du Pescliin m'a dit que vous avez sceu que » aucunes choses m'ont été rapportées contre vous » qui touchent votre houneur : à quoi lui ai fait ré- » ponse que rien ne m'a été rapporté, et je vous » assure que l'on ne m'en oseroit parler, car, en » quelque façon que ce soit, n'y voudrois ajouter w foi, vous disant à Dieu, ma bonne sœur, m'amie, » qui vous aie en sa garde. » Ses éminentes qualités la rendaient digne de cette déférence. Parmi les historiens, quelques-uns lui ont reproché un caractère impérieux et vindicatif; mais tous s'accordent à lui reconnaître de la sagacité, du courage et même du génie.
Après la mort de son époux, elle administra sagement ses états, fit beaucoup de bien, de larges aumônes, et mourut, honorée et regrettée, au château de Chan telle, le i4 novembre i5ii. Telle était la bizarrerie de ce siècle superstitieux, qu'Anne avait obtenu du pape une bulle en vertu de laquelle il lui était permis de se faire absoudre de
toute sorte de péchés avec dix personnes de sa maison, à son choix, non-seulement tous les dimanches, mais encore quarante-sept jours de l'année.
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