‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 6 sur 90 · ISABELLE DE FRANCE · texte numérisé non relu

ISABELLE DE FRANCE

REINE D*>ANGLETERUE.

Isabelle de France, tille de Philippe-le-Bel, née en 1292, épousa Edouard II , roi d'Angleterre. Ce prince, d'abord sensible aux attraits de la jeune reine, avait éloigné de sa cour Gaveston, son ami d'enfance et son favori, dont les désordres et l'influence auraient pu donner de l'ombrage à Isabelle. Mais bientôt il le rappelle, le comble d'honneurs, lui donne l'état à gouverner, sa nièce en mariage, et permet qu'il insulte impunément la reine. Cette conduite soulève la colère des barons; l'un d'eux, le comte de Lincoln, exhorte à son lit de mort le comte de Lancastre , son gendre, à s'unir avec Warvick pour délivrer l'Angleterre de ce fléau. Lancastre en fait le serment, il lève l'étendard de

la révolte, assiège Scarborowgh, et s'empare de

Gaveston. Warvick le conduit à son château et lui fait trancher la tête. Edouard II voulait venger son Favori, mais la ligue des barons était si forte, qu'il fut réduit à traiter avec eux, et en i3i8 il donna le baiser de paix à Lancastre.

Le roi, qui avait besoin d'un favori, donna pour successeur à Gaveston Hugues Spencer. La même cause produisit les mêmes effets : les grands du royaume se révoltèrent; le parlement d'itdes bandes blanches (i) fulmina contre le monarque. La reine Isabelle vit se fermer devant elle les portes des châteaux dans un pèlerinage qu'elle fit à Cantorbéry. Mais, dans cette nouvelle lutte, la couronne fut la plus forte. Lancastre, lord Badlesmer et quinze barons furent mis à mort en i322. Roger Mortimer devait subir le même supplice ; il cherche un asile dans l'appartement de la reine, dont il était tendrement aimé, elle le sauve, et il se réfugie en France.

Après cette victoire, l'insolence de Spencer ne connaissait plus de bornes; il alla jusqu'à dépouiller la reine Isabelle du comté de Cornouailles, qui lui avait été donné pour sa dépense particulière.

(1) Ainsi nommé de ce que les seigneurs ligués avaient mis sur leurs manleaux des marques blanches pour se reconnaître

Vivement blessée de cet affront et de la faiblesse de son époux, qui n'osa le punir, elle vient à Paris en i32 5,auprèsdeCharles-le-Bel, son frère. Le désir de terminer les démêlés qui s'étaient élevés entre les cours de France et d'Angleterre au sujet de la Guyenne était le prétexte de son voyage, dont le véritable motif était le besoin de se venger.

Charles somma Edouard de venir en personne lui rendre hommage comme à son seigneur suzerain; mais ce monarque se contenta d'envoyer le prince de Galles, son fils, alors âgé de douze ans, et depuis trop célèbre sous le nom d'Edouard III. Dès que l'héritier de la couronne fut entre ses mains, Isabelle s'unit à Mortimer et aux mécontens qu'il avait enrôlés, et, d'accord avec le comte de Hainault, dont elle avait flatté l'ambition en lui demandant pour son fils la main de sa fille Philippine , elle débarqua en Angleterre à la tête d'une petite armée, qui se grossit bientôt des ennemis de Spencer. La terreur s'empare du monarque et de son favori; ils se sauvent en Irlande, de là dans le pays de Galles, où ils se cachent dans l'abbaye de Nèthe. Le jeune Lancastre, fils de celui qui était mort sur l'échafaud, s'empare de leurs personnes. Le roi est envoyé prisonnier au château

de kénilworth , Spencer esl pendu, el la reine entre à Londres en triomphe. Elle convoque le parlement, qui dépose Edouard II et proclame régent le prince de Galles, quoique mineur. Douze commissaires furent chargés d'aller signifier cette sentence à Edouard : il les reçut en habit de deuil, et leur dit que « du moins les sentimens que les » Anglais conservaient pour son fils le consolaient » de tous ses chagrins. » Il leur remit ensuite les insignes de la royauté. Le grand-maître rompit sa baguette, et déclara l'hommage au roi annulé, le monarque déchu de la puissance royale, et tous les officiers dégagés de leur foi envers le souverain. Ainsi finit à quarante- trois ans le règne d'Edouard second, prince faible et corrompu. La puissance de la reine ne fut pas non plus de longue durée; le scandale de ses amours avec Mortimer, tandis que son mari languissait prisonnier (i), excita la colère publique; et, à sa voix, le jeune roi se rend il en armes au château de Nottingham en i33o, s'introduisit dans la forteresse par un souterrain qu'on

(t) Ce prince, quelque temps après, fut assassiné dans le château de Bekerley d une façon atroce : on le jeta sur un Ht, on le comprima sous une lablo, cl on lui introduisit dans les entrailles un fer chaud à fravers une rorne pour que la trace de la violence ne parût pas

appelle encore le trou de Mor limer, s'empara du favori, et, malgré les larmes d'Isabelle, il le fit attacher au gibet. La reine fut conduite au château de Résing près Londres.

C'est là qu'elle mourut après vingt-huit ans de captivité, le 11 août 1 358.

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