AMIRAL ET MARÉCHAL DE FRANCE
(Peint d'après un portrait qui est dans la galerie du palais de Versailles. )
Claude d'Annebaut, amiral et maréchal de France, baron de Retz et de la Hunaudaye, commandeur de l'ordre de Saint-Michel et favori de François I,
était d'une famille ancienne de Normandie, et descendait de Jehan d'Annebaut, qui avait suivi Robert Courte-Hense, duc de Normandie, à la Terre- Sainte, en 1097. ^ était fils de Jean, deuxième du nom, seigneur d'Annebaut, et de Marie Rlosset, sa première femme. Il se fit remarquer de bonne heure par son courage à la défense de Mézières, qu'assiégeait le comte de Nassau. A la bataille de Pavie, indigné de la fuite du duc d'Alençon, il vint se jeter au milieu de la mêlée, et fut fait prisonnier avec François I. Ce roi eut toujours pour lui, depuis ce moment , la plus haute estime et la plus vive
amitié. 11 le fit bientôt capitaine-général deschevau-légers. D'Annebaut se signala par ses talens militaires dans toutes les occasions qui lui furent offertes. Il acquit beaucoup de gloire en secourant la ville de Térouenne. Le roi, qui appréciait dignement ses services, le nomma maréclial de France, en 1 538. La même année, il lui donna le gouvernement du Piémont, après la mort du maréclial de Montejean, son lieutenant-général à Turin. En i54o, il le rappela près de lui, et le chargea delà conduite des affaires ; en 1 Sl\i , il lui confia la direction du dauphin, qu'il envoyait dans le Roussillon; et, l'année suivante, il l'éleva a la charge d'amiral , après la mort de Philippe Chabot. C'est en cette qualité que Claude d'Annebaut commanda l'armée navale que François I envoya contre l'Angleterre en i545. Ce roi, plein de courage, et qu'animaient les grandes idées, avait résolu d'opérer une descente en Angleterre, et avait confié la réussite de l'expédition à d'Annebaut. L'amiral battit trois fois les Anglais, débarqua des troupes sur plusieurs points; mais, dans un grand conseil de tous les capitaines assemblés, il fut décidé que les difficultés étaient trop nombreuses et presque insurmontables, que l'approche de la mauvaise
saison rendait l'entreprise très-périlleuse; et l'on conclut à la différer. Quelque temps après l'amiral d'Annebaut négocia la paix avec Henri VIII, roi d'Angleterre.
La disgrâce du connétable de Montmorency lui avait ouvert la route aux premiers honneurs de l'État; il fut chargé de l'administration des finances avec le cardinal de ïournon. Principal ministre de François 1, il ne sut point abuser de sa haute position pour s'enrichir; aussi le roi, sur le point de mourir, lui légua, par reconnaissance et par justice , en considération de ses services et de sa probité, une somme de 100,000 livres. De plus, il engagea vivement le dauphin à laisser le maniement des affaires à d'Annebaut; mais Henri II, qui conservait à Montmorency la plus grande affection, ne pouvait suivre ce conseil: il remit le connétable à la tête des affaires de l'État, en lui donnant plus de pouvoir qu'il n'en avait encore eu. 11 lui sacrifia l'amiral, à qui même il ôta la charge de maréchal de France. L'estime publique suivit d'Annebaut dans sa disgrâce, et Catherine de Médicis le rappela bientôt à la cour, et l'admit dans son conseil.
Claude d'Annebaut mourut à la Fère en Picardie.
le 2 novembre i55a. Il fut enterré à Annebaut en Normandie.
li avait épousé Françoise de Tournemine, dame de La Hunaudaye et de Retz, et en avait eu un fils et une fille : Jean, baron d' Annebaut, tué à la bataille de Dreux, en 1 562 , dernier rejeton de cette famille célèbre; et Madeleine d' Annebaut, mariée d'abord à Gabriel , marquis de Saluées , et puis à Jacques de Silly, comte de La Rochepot, morte sans en fan s.
Le maréchal d' Annebaut fut un grand guerrier et un administrateur habile; il joignait à ces hauts mérites une incorruptible probité. Brantôme dit qu'outre qu'il fut un bon capitaine, il estoit un très homme de bien et d'honneur; et le président de Thou donne à son désintéressement les plus grands éloges.