LE PÈRE LACH AISE
. Le Père Lachai se, jésuite, fils de Georges d’Aix , chevalier de l’Ordre de Saint-Michel, naquit au château d’Aix en Forez, le 2 5 août 1625. Il exerça, comme- confesseur de Louis XIV, une longue influence si# la conscience du monarque et sur les affaires ecclesiastiques du royaume. On sait qu’il y a eu de tout temps 1 une religion mitigée à l’usage des grands, et le père Lachaise ne se montra point trop sévère pour les faiblesses du roi. Il autorisa même de ses conseils et de sa présence la clandestinité de son mariage avec madame de Main tenon, a Ce jésuite, dit Saint-Simon, avait un esprit mé- » diocre; le caractère bon, juste, droit, sensé. Il » était doux, sage, modéré, ennemi de la délation, t> de la violence et des éclats. Il avait de l’honneur, » de la probité, de l’humanité et de la bonté; affa- » -ble, poli, modeste, même respectueux; judicieux, » précautionné, bon homme, bon religieux, fort
» jésuite, sans rage, sans servitude. Il n’entra point » dans la destruction de Port-Royal, ni dans au- » cune des machinations que les jésuites mirent en » usage pour perdre le cardinal de Noailles; il n’en- » tra pas non plus bien avant dans les affaires de » la Chine; il favorisa Fénelon (i). »
Se sentant vieillir, le père Lachaise pria le roi de songer à lui donner un successeur, et surtout
de le. choisir dans sa compagnie. « Nous sommes
» si nombreux, si passionnés pour la gloire du » corps, disait-il à Louis XIV, qu’on ne pourrait » répondre de rien dans une disgrâce, tt un mau y> vais coup est bientôt fait. » Louis xcf se souvint de Hertri IV, et crut prudent de ne point se brouiler avec les jésuites. Le père Letellier, de fanatique mémoire, fut nommé confesseur du roi; mais le roi ne voulut point se séparer entièrement du père Lachaise. L’état de décrépitude où il était ne rebu- .
(t) Fénelon, dans une lettre écrite en 1686 au marquis de Seignelay, fait l’éloge des conseils pieux et tolérans que ce jésuite lui donnait pendant les missions du Poitou pour la conversion des protestans. On lit aussi dans une lettre de madame de Mainlenon au cardinal de Noailles , sous la date du 10 octobre 1708 : « Le père de Lachaise disait hier au roi que » M. l’archevêque de Cambrai ; ayant taxé son clergé , et devant être taxé » lui-même à mille écus, par proportion à sôn revenu, avait déclaré qu’il » donnerait quinze mille francs pour soulager les curés de son diocèse. .Le t » père de Lachaise accompagna ce récit de toutes, les louanges que la chose .
» mérite. •
tait point ce prince, et «jusqu’à la fin il se fit ap- » porter le cadavre , et dépêcha avec lui les affairés » accoutumées. » • *
Enfin, après un retour de Versailles, le père Lachaise s’affaiblit considérablement et reçut les sacremens. Il écrivit au roi, qui lui fit une réponse tendre et prompte de sa main. Il ne pensa plus après qu’à Dieu, et mourut calme, et tranquille, le 20 janvier 1709, à cinq heures du matin. Son terrible successeur se chargea du soin de le faire regretter.
On avait mis au bas du portrait du père Lachaise ces deux vers latins
« Magnus cui supplex soli se subjicit orbis ; * •
» Se supplex soli subjicit ipse Libi.
Le père Lachaise possédait une maison de campagne, qui a formé la première enceinte du vaste cimetière qui porte aujourd’hui le nom de ce jésuite , et où tant de familles vont porter des hommages de larmes et de deuil.