DUCHESSE DE VILLEROY
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Marie-Marguerite de C&sé, fille, de Louis de
Cosse, duc deBrissac, née en 1648, épousa, le
28 mars 1662, François de Neufville, maréchal de
Villeroi. Voici le portrait remarquable que Saint- Simon en a tracé dans ses Mémoires :
« La maréchale de Villeroi était extrêmement » petite; d’ailleurs d’unç grosseur tellement déme- » surée, qu’à peine pouvait-elle se remuer. Ses » bras étaient plus gros qu’une cuisse ordinaire,
» ^ec un petit poignet et une petite main mi- » gnonne au bout, et la plus jolie du monde. Le vi-
» sage exactement comme un gros perroquet, et » deux gros yeux sortant qui n’y voyaient goutte.
» Elle marchait aussi comme un perroquet. Avec » une figure si peu imposante, jamais. femme n’im-
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» posa tant. Avec une grande hauteur, elle avait
» une grande politesse , noble , discernée et deve- » nue si rare. Personne aussi n’avait plus d’esprit,
» ni plus de sens et de justesse , avec un tour unb «que et très-salé et plaisant ‘quand elle voulait,
» mais toujours avec dignité. Elle était d’un excel- » lent conseil, et la meilleure et la plus sûre .amie » du monde, et, avec toute sa gloire, d’un com- . » merce le plus aise et le plus délicieux. Tout le » monde ne lui convenait, pas, et son choix était » délicat. C’était la personne d’ailleurs qui se res- » pectait le «plus, et qui se faisait le plus naturelle- » ment respecter par les autres. Le roi et madame » de Main tenon la craignaient, et jamais elle ne fit » un pas pour s’en approcher, quoique passant sa , » vie à Versailles, où elle avait toujours une cour,
» indépendamment de son mari et en ses absences.
» Elle souffrait du ridicule de ses grands airs : sou-
» vent il ôtait en particulier sa perruque chez elle, »*et elle ne disait mot, mais elle ne s’y accoutu- » mait point. C’était la femme la plus sensible, et » d’une conversation qu’on ne pouvait quitter.
» Elle avait eu la folie des Cossé sur la naissance, et o) l’avait fait sentira ses enfans et quelquefois à son » mari. Depuis , elle me disait quelquefois en riant,
» mais tête à tête , que les Villeroi n’étaient pas si » mauvais que je le pensais. Après les malheurs de » son mari et la bataille de Ramillies, cette femme, » accoutumée à la plus excellente compagnie , qui » ne pouvait ni se remuer ni lire, se mit à passer » sept à huit mois à Villeroi, toute seule , et à Paris, » fermant sa porte à tout le monde; elle n’y reçut . » que ses meilleurs amis , mandés et peu souvent. » Le jeu , qu’elle avait fort aimé , elle «e l'était re- » tranché depuis long-temps , sous le prétexte » de sa vue. Ainsi sa vie se passait dans son fau- » teuil, en prières et en lectures de piété que lui x » faisaient ses domestiques. Je lui disais souvent
» qu’elle se ferait mourir. Elle glissait et badinait
» là-dessus , et avec son agrément ordinaire ; mais
» elle jetait quelques mots fort à propos de morale » et de pénitence.
» Je nè lui dis que trop vrai. Une vie si opposée » à celle qu’elle avait toujours menée, et si. con- » traire à la nature, à laquelle rien n’était accordé,
» la tua eti deux ou trois ans. Elle- mourut le 20 oc-
» tobre 170.8 (1). »
( 1 ) Mémoires du duc de Saint-Simon, tome n, livre 11.