HENRI-JULES DE BOURBON
PRINCE DE CONDÉ
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Henri-Jules de Bourbon, fils du grand Condé et de Claire-Clémence de Maillé, naquit à Paris, le 29 juillet i 643 . Lorsqu’il était encore enfant, son père avait pour lui une aveugle tendresse : il fallait admirer à tout propos sa grâce, son esprit , son courage. Mademoiselle de Montpensier raconte que, dans un voyage à Chambord , elle ne le trouva pas tel que l’avaient dépeint les adulations paternelles :
« Il nous parut, dit cette princesse, un petit gar- » çon qui n’était ni bien ni mal fait, point beau,
» et rien dans son air qui eût pu faire connaître » qu’il était prince du sang. Tout le monde voulut » faire plaisir à M. le prince; on fit semblant de » l’admirer; il l’amena dans ma chambre, il s’y en-
» dormit. » Le prince de Condé désirait surtout
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que son fils apprît le métier de la guerre; il le menait avec lui aux sièges, sur les champs de bataille; et certes il était difficile d’étudier sous un plus grand maître : mais Henri-Jules n’avait aucune aptitude à l’art des combats; et, tranquille héritier de la gloire de son père , il renferma sa vie dans les plaisirs de la cour et dans les délices de Chantilly. Il avait été question de lui faire épouser mademoiselle de Montpensier, qui était le point de mire de tous les grands seigneurs à marier, quoiqu’il eût quatorze ans de moins qu’elle; mais cette princesse exprima son refus en termes peu flatteurs (i). Henri-Jules épousa, le 1 1 décembre i663, Anne de Bavière , seconde fille de la princesse Palatine. Le prince de Condé avait été fort galant , et personne n’était plus amoureux des femmes ni plus ingénieux à leur faire la cour, a C’était la ma- » gnificence même, un Jupiter métamorphosé en » pluie d’or. Tantôt il se transformait en laquais , » tantôt en revendeuse à la toilette. Une fois il
» donna une fête magnifique au grand dauphin
» pour retarder le voyage en Italie d’une dame
» qu’il aimait(a ). » Il perça tout un côté de rue par
(t) Mémoires de mademoiselle de Montpensier, tome v.
(2) Madame de Nevers , que ce prince aimait beaucoup, craignant que
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les maisons qu’il loua toutes, et qu’il meubla pour mieux cacher ses rendez-vous (i). » Sa galanterie n’était pas toujours exemple de familiarité. C’est à ce sujet qu’une bourgeoise , lui dit avec esprit : « Monseigneur, votre altesse a la bonté d’être trop » insolente. »
Ses fantaisies étaient continuelles, et l’indécision et le caprice étaient le fond de son caractère. Il changeait vingt fois d’avis sur les moindres choses, et n’était jamais sûr du lieu ou il devait prendre son dîner. 11 en avait toujours quatre tout prêts : un à Paris, un à Écouen , un à Chantilly et un où
son mari, sous prétexte |d’une promenade en voiture, ne l’emmenât uue seconde fois à Rome,, en avertit le prince de Condé, qui pensa, par la connaissance du génie et du caractère de M. de Nevers, qu’il fallait employer son talent ou réveiller sa passion pour les vers. 11 imagina donc de donner une fête à Monseigneur, à Chantilly; il alla trouver M. de Nevers , et supposa avec lui un extrême embarras pour le choix du poète qui ferait les paroles du ’divertissqpent, lui demandant en grâce de lui en trouver un et de le vouloir conduite : sur quoi M. de Nevers s’offrit luimême, comme M. le duc l’avait prévu. Enfin la fête se donna; elle coûta plus de cent mille écus , et madame de Nevers n’alla point à Rome.
{Souvenirs de madame de Caylus.)
(1) Il fut éperdument amoureux et jaloux de la maréchale de Richelieu. Il dépensait des millions pour elle et pour surveiller ses infidélités. 11 sut que le comte de Roucy partageait ses bonnes grâces. (C’est ce seigneur qui lui conseillait sérieusement de faire mettre du fumier à sa porte pour la garantir du bruit des cloches dont elle se plaignait toujours.) La maréchale, accablée de ses reproches, lui proposa, dit-on, de donner au comte de Roucy un rendez-vous chez elle, où M. le prince aurait des gens apostés pour s’en défaire. Le prince fut tellement indigné de cette proposition, qu’il avertit le comte de Roucy et ne revit plus la maréchale.
se trouvait la cour; mais la dépense n’en était pas considérable : c’était un potage, et la moitié d’une poule rôtie sur une croûte de pain.
Dans les quinze ou vingt dernières années de sa vie, le prince de Condé fut sujet à des égaremens qui annonçaient l’affaiblissement de sa raison. Sa plus grande folie était quelquefois de se croire chien et d’en imiter les manières. On prétendait l’avoir vu au coucher du roi, pendant la prière, jeter plusieurs fois la tête en l’air et ouvrir la bouche comme un chien qui aboie, mais sans faire de bruit. Sur la fin de ses jours, il n’entrait ni ne sortait rien de son corps qu’il ne le vît peser lui-même; d’où il résultait des dissertations qui désolaient Finot, son
médecin. Ce qui l’embarrassait le plus fut que le
prince*ne voulait plus rien prendre, disant qu'il était mort , et que les morts ne mangeaient pas. Finot s’avisa enfin de con4»nir avec lui qu’il était mort, mais de lui soutenir qu’il y avait des morts qui mangeaient. Il amena chez lui quelques gens sûrs et bien dressés, qui firent les morts et qui avaient bon appétit. Cette ruse le détermina à manger, mais seulement avec eux; et Finot, qui assistait au repas et à la conversation , disait qu’il n’y avait rien de plus plaisant que ces dialogues des
morts. Cette bizarre fantaisie de M. le prince dura presque jusqu’au dernier jour de sa vie. Il montra à la mort une intrépidité qu’il avait puisée dans une maxime du grand Condé son père, « que, pour » ne point appréhender les périls de près, il fallait » s’v accoutumer de loin. » Il semblait qu’il se plût à retracer le spectacle de ses obsèques. Après avoir entretenu long-temps son fils des beautés de Chantilly, des augmentations qu’il avait projetées, des bâtimens qu’il avait commencés exprès pour l’obliger à les achever, il s’étendit sur les honneurs qui devaient accompagner sa pompe funèbre, marqua les cérémonies qui avaient été omises à celle de son père, qu’il fallait bien prendre garde d’omettre à la sienne. C’est au milieu de ces soins qu’il expira, le i er avril 1709.
« M. le prince, dit Saint-Simon , était très-mince, » très-maigre, d’une assez petite mine, qui impo- » sait cependant par le feu de ses yeux et un com- » posé des plus rares. Personne n’a eu plus d’es- » prit, ni toutes sortes d’esprits, tant de savoir » dans tous les genres, et pour la plupart à fond. » Il avait un goût exquis, universel, une valeur » franche et encore plus naturelle, la plus grande )> envie de plaire. Ses grâces et sa gentillesse éga-
» laienl sa politesse et sa noblesse. Jamais on ne vit » tant de talens inutiles, tant de génie sans usage. »
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262 bis .
LE MÊME
( Point d’après un portrait qui fait partie de la collection de Condé, appartenant à S. A. K. le duc d’Aumale.)
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AMIVE DE BAVIÈRE,
PRINCESSE DE CONDÉ
( Peint d’après une gravure de la collection du roi au Palais-Royal.)
Anne de Bavière, seconde fille d’Edouard de Bavière, prince palatin du Rhin, et d’Anne de Gonzague-Clèves, naquit le i3 mars 1648 .
Elle fut mariée, dans la chapelle du château du Louvre, le 11 décembre i663, à Henri-Jules de Bourbon, troisième du nom, prince de Condé,fils aîné du grand Condé et de Claire-Clémence de Maillé.
Les noces furent magnifiques; il y eut un grand
souper auquel assistèrent le roi, la reine et toute la cour; les diverlissemens furent du meilleur goût; la mariée était étincelante de pierreries dont la reine de Pologne lui avait fait présent. Cette union ne fut point heureuse , du moins pour la princesse. Son mari en était jaloux comme un infidèle,
quoiqu’elle fût laide, un peu bossue et très-vertueuse. Il s'étudiait à inventer mille persécutions pour la tourmenter; il faisait de sa vie un supplice de tous les ins tans. Sa piété, sa douceur et sa soumission auraient dû la garantir de tant d’ennuis!
Cette princesse mourut à Paris, le 23 février 1 723, en sa soixante-quinzième année. Son corps fut enterré aux Carmélites de la rue Saint-Jacques, et son cœur fut porté à l’abbaye de Maubuisson.
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