‹ Le chateau d'euChapitre 32 sur 87 · FRANÇOIS -LOUIS DE BOURBON · texte numérisé non relu

FRANÇOIS -LOUIS DE BOURBON

PRINCE DE CONTI

François-Louis de Bourbon, prince de Conti, fils d’Armand de Bourbon , prince de Conti, et d’Anne-Marie Martinozzi, naquit le 3o avril 1664, et épousa, le 29 juin 1688, Marie - Thérèse de Bourbon.

Peu de princes ont possédé à un degré plus éminent toutes ces heureuses ou brillantes qualités qui attirent l’amour ou l’admiration. Sa figure était charmante ; sa taille n’était pas sans défauts ; il avait les épaules trop hautes et la tête un peu penchée ; mais il y avait tant de grâces répandues dans toute sa personne, qu’on aimait jusqu’à ses imperfections. Doué d’un rare courage, il le signala, à vingt ans, au siège de Luxembourg; dans la campagne de Hongrie, en 1 685 ; au combat de Steinker-

que; aux journées de Fleurus et de Nerwinde.

C’est à cette dernière bataille qu’en précipitant la cavalerie ennemie dans la QÉkte il reçut un coup de sabre sur la tête. Le bruit de sa valeur et de son

mérite appela sur lui les regards et les vœux des

(1) L’évêque de Cujavie, qui n’est pas en droit de proclamer, proclama l’électeur de Saxe , et fit chanter le Te Deum dans la plaine de Varsovie , ce qui est contre les règles, et le cardinal de Radzienski ne fit proclamer le prince de Conti qu’après avoir vu. les délibérations des nonces, qui lui furent portées parle maréchal de la noblesse avec le consentement unanime des palatinats ; ensuite de quoi il alla dans Varsovie , à - la tête des députés de tous ces palatinats , faire chanter le Te Deum dans l’église de Saint-Jean , et faire tirer le canon , ce qui est dans toutes les formes.

« Le prince Radziwill , après avoir donné sa voix pour M. le prince de Conti , à la tête de son palatinat , voyant que le palatinat dé Masovie avait donné sa voix à l’électeur de Saxe , crut pouvoir le ramener, parce qu’il a beaucoup de vassaux en Masovie. Dans cette confiance , il y marcha pour leur parler ; mais les plus séditieux lui crièrent que , S’il avançait , ils le tueraient. Cela ne l’intimida point , il s’approcha , il leur parla ; et, voyant qu’ils étaient un peu ébranlés , il prit l’enseigne qui était à la tête du palatinat , et leur cria : « Mes frères , il faut maintenant me tuer ou » me suivre. » Tout le palatinat le suivit, et se rangea du parti de M. le prince de Conti.

» M. le prince de Conti eut une grande audience avec le roi dans son cabinet, avant la messe ; il en sortit les larmes aux yeux, et les courtisans ne doutèrent point que ce ne fût un adieu , et avec raison , car le prince partit l’après-dîner (1 er septembre 1697). 11 porta avec lui deux millions quatre cent mille livres; et, outre cela , le roi lui fait donner cent mille livres pour son équipage, et laisse à sa disposition cinq frégates quil mène avec lui. Le roi lui a parlé avec tant d’amitié , tant d’estime , tant de confiance, et lui donne tout ce qu’il souhaite si noblement, que ce prince part pénétré des bontés et de la générosité du roi, qui a eu dans tout le cours de celle affaire-là le procédé du monde le plus noble , le plus obligeant et le plus sage.

* M. le prince de Conti a dîné chez Monseigneur pour prendre congé de

mais son rival, l’électeur de Saxe, nommé par un autre parti, lui enleva cette couronne. On dit qu’il n’en eut pas de regrets, parce qu.’il revenait auprès de la duchesse de Bourbon ( mademoiselle de Nantes), dont il était tendrement aimé. De retour en France, le prince de Conti se livra aux charmes d’une vie douce , élégante , qu’embellissaient à la fois les arts, les lettres, l’amour et les plaisirs. « C’était un très-bel esprit, dit Saint-Simon, lu- » mineux, juste, exact, vaste et étendu. Il avait » une lecture infinie. Chez lui, le frivole, l’utile, » l’agréable et le savant, se trouvaient réunis à » leurs places et avec distinction. Son esprit était » solide, brillant, vif; ses reparties promptes, plai- » santés (i), infiniment sensées; sa politesse ex- » quise. Il répandait le gracieux partout sans aflfec- » tation, avec toute la futilité du monde, de la » cour et des femmes. Il possédait leur langage, et

lui; et Monseigneur lui témoigna encore plus d’amitié que jamais , lui disant : » J’avoue que je suis au désespoir que nous nous séparions, quoique * je sois bien aise de penser que votre mérite va être récompensé, et que » vous allez être un des plus grands rois du monde. »

(. Mémoires de Danceau.)

(1) Un jour son écuyer vint lui rendre compte qu’il n’y avait plus de fourrages pour son écurie. Il fit venir son intendant, qui s’excusa sur ce qu’il n’y avait point d’argent chez le trésorier, et que tous les fournisseurs refusaient de faire crédit, à l’exception du rôtisseur. « Eh bien, dit le » prince , qu’on donne des poulardes à mes chevaux. »

» l’on s’apercevait aisément qu’il avait été sifflé » dans leur cage. Il avait la valeur des héros, leur

» maintien, leur simplicité, qui cachait beaucoup » d’art. »

Malgré son empressement à plaire à Louis XIV, le prince de Conti ne fut pas toujours dans, ses bonnes grâces. Madame de Maintenon ne lui pardonnait pas d’effacer le duc du Maine, son favori; et le roi lui-même, qui voulait être l’unique objet de tous les hommages, ne voyait pas, dit-on, sans jalousie, que tout ce que la cour avait de plus distingué , soit en femmes , soit en hommes , se pressât autour d’un prince si aimable et si digne d’être aimé. Un autre motif plus puissant encore de cette froideur, c’est la correspondance du prince de Conti, qui fut interceptée, et où la princesse, le prince lui-même et d’autres seigneurs parlaient avec une légèreté injurieuse de madame de Maintenon et du roi lui-même. Une lettre signée du

marquis de L disait, en parlant de Louis XIV :

« C’est un roi de théâtre quand il faut représenter; » un roi d’échecs quand il faut se battre. » Ce ne fut qu’en 1709 que le monarque, à la sollicitation de Chamillart, le rappela à la cour, et lui confia le commandement de l’armée de Flandre. 11 11e put

jouir de cette faveur inespérée. Une maladie de . langueur s’était emparée de lui; il était réduit au

lait pour toute nourriture. Il fit venir de Suisse un

habile médecin : il était trop tard. La goutte l’enleva à l’âge de quarante-cinq ans, le 22 février 1 709. Pendant qu’il était malade , la foule remplissait , inquiète, les rues voisines de son hôtel. A la cour, à la ville, on sè demandait avec la plus tendre sollicitude des nouvelles du prince de Conti; et les regrets et les larmes de tout Paris donnèrent à sa mort l’air d’une calamité publique.

Son corps fut porté à Saint-André-des-Arcs , sa paroisse, et fut enterré auprès du corps de la princesse de Conti, sa mère (1).

J.-B. Rousseau a consacré à la mémoire de ce

(1) « M. le prince de Conti avait conservé une extrême vénération pour » sa mère, dont la vertu , la piété et l’amabilité étaient remarquables. Ses » enfans étant tout petits chez elle à Paris, elle appela en pleine nuit , et or- » donna qu’on les lui apportât. Cela surprit fort ses gens , qui lui représen- » tèrent ce qui se pouvait sur un ordre si bizarre : que ses enfans dormaient , » qu’il n’y avait point de cause et de raison. Elle persista , et, comme on » tardait , elle rappela encore , et réitéra son ordre si formellement qu’elle » fut obéie. A peine ses enfans étaient-ils dans sa chambre, que celle où » ils couchaient tous deux , et d’où on les avait apportés , fondit tout en- » tière , sans que personne se fût aperçu qu’elle menaçait en rien. Le » prince de Conti se souvenait toujours de cela avec admiration pour ma- » dame sa mère, qui ne voulut jamais dire qui l’avait obligée à envoyer » ainsi quérir ses enfans. »

(Monarchie de Louis XIV , observations sur les Mémoires de Dance au.)

prince une de ses belles odes : nous en citerons

« Conti n’est plus , Ô eiel î ses vertus , son courage ,

» La sublime valeur, le zèle pour son roi ,

» N’ont pu le garantir au milieu de son âge ,

• De la commune loi.

* U n’est plus , et les dieux , en des temps si funestes , » N’ont fait que le montrer aux regards des mortels.

» Soumettons-nous : allons porter ces tristes restes » Au pied de leurs autels.

» Ce qu’il eut de mortel s’éclipse à notre vue :

> Mais de ses actions le visible flambeau , b Son nom , sa renommée en cent lieux répandue ,

» Triomphent du tombeau.

b Muses , préparez-lui votre plus riche offrande ,

» Placez son nom fameux entre les plus grands noms : » Rien ne peut plus faner l’immortelle guirlande » Dont nous le couronnons.

b Oui , cher prince, ta mort, de tant de pleurs suivie , » Met le comble aux grandeurs dont tu flis revêtu ,

» Et sauve des écueils d’une plus longue vie b Ta gloire et ta vertu. »

LE MÊME

(Peint par Mignard. )

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