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DUCHESSE DE LORRAINE

Élisabeth-Charlotte d’Orléans (mademoiselle de Chartres), fille de Philippe de France, duc d’Orléans, frère de Louis XIV, et d’Élisabeth-Charlotte de Bavière, naquit à Saint-Cloud, le i 3 septembre 1676.

Sans être précisément jolie, cette princesse avait de l’éclat et de la grâce. Sa peau était d’une blancheur éblouissante; son port était plein de noblesse ; elle dansait à merveille. Son esprit se développa de bonne heure; elle 11’avait que douze ans, que déjà on citait à la cour ses reparties; on admirait surtout sa modestie dans un âge où s’éveille l’amour-propre, et ses goûts studieux au milieu des plaisirs dont elle était environnée. Lorsque la paix de Riswick eut rendu la Lorraine au prince Léopold, Fils de Charles Y, sa mère , Éléonore d’Autri-

clie, demanda pour lui la main d’Élisabeth. Le mariage fut arrêté et conclu le i 3 octobre 1698; le duc d’Elbeuf l’épousa par procuration dans la chapelle du château de Fontainebleau , et elle partit pour la Lorraine. Le duc son époux était venu audevant d'elle jusqu’à Vitry-le-Français. Caché dans la foule qui offrait ses hommages à l’illustre voyageuse, il fut bientôt reconnu parla princesse, qui avait vu son portrait, et la première entrevue ne fut pas moins tendre que celle de Henri IV à Lyon avec Marie de Médicis. Son arrivée à Nancy devint le signal des fêtes et des réjouissances. Comme on § lui faisait observer l’enthousiasme des habitans :

« L’attachement du peuple, répondit-elle, avertit » les princes de l’exemple et de l’amour qu’ils lui » doivent. » Cette maxime fut la règle de sa conduite , et elle partagea avec Léopold le soin de faire le bonheur et la gloire de la Lorraine. Ses vertus, ses bienfaits lui gagnèrent tous les cœurs; et, lors- (pi’en 1729 son époux la laissa veuve, tous les suffrages l’appelèrent à la régence. Son fils, le duc François III, était alors à Vienne auprès de l’empereur Charles VI, qui avait pour lui l’affection d’un père, et qui lui donna plus tard (1736) en mariage Ma rie -Thérèse d’Autriche, sa fille et son héritière.

D’importans changemens survinrent à cette époque dans la politique de l’Europe ; et les duchés de Lorraine et de Bar furent cédés en souveraineté à Stanislas , roi de Pologne et beau-père de Louis XV, pour être réunis après sa mort à la couronne de France. L’acte de cession de la Lorraine fut donné à Presbourg le i3 février 1737 . Le duc François 111, pour répondre aux vues de l’empereur son beaupère, y consentit; il réserva seulement la principauté de Commercy, pour être donnée en souveraineté à la duchesse douairière sa mère, avec un revenu de six cent mille livres. Le départ de cette princesse de Lunéville fit verser des pleurs à tous les habi tans. « Que l’on se représente, dit le R. P.

» Collin, des milliers de personnes se jetant à ge- » noux au-devant du carrosse de la princesse, lui » fermant tous les passages sans que l’on pût les » faire retirer; des cris entendus de toutes parts » pour que l’on arrêtât les chevaux de peur de voir » écraser une multitude éplorée, qui ne pensait » plus à sa propre vie dans cette cruelle détresse,. » et qui demandait en fondant en larmes que » leur mère ne les abandonnât pas. Un prince » de la maison de Savoie, ayant été présent à cette » cruelle scène, dit qu’un # effet si lamentable était

» propre à donner l’idée du jugement dernier. » La princesse Charlotte honora sa retraite par de nouveaux actes de bienfaisance et par la pratique de toutes les vertus. Malheureusement, sa raison s’affaiblit et même s’égara avec l’âge, et elle n’en retrouva plus .qu’une lueur au lit de mort, lorsqu’elle reçut les saints sacremens. Elle expira le s *3 décembre 1744; c’est à Nancy qu’elle reçut les honneurs funèbres.

Sa conduite était exemplaire, sa piété douce, sa bonté active autant qu’ingénieuse. Apprenait-elle que quelqu’un de sa cour avait perdu au jeu? le lendemain elle envoyait chez lui la somme qu’il regrettait. Si quelque fléau détruisait une chaumière, elle la faisait relever. Lorsque la flamme dévora son palais de Lunéville, elle demanda si personne n’avait péri ; rassurée à cet égard : « Le reste nous » touche peu, dit-elle, nous trouverons le moyen » de faire rebâtir notre palais, au lieu que nous » ne pourrions rendre la vie à ceux qui l’auraient ' » perdue. »

268 bis .

L\ MÊME

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