LOUIS-JOSEPH , DUC DE VENDOME
( En pied. )
Louis-Joseph, duc de Vendôme, fils de Louis, cardinal, duc de Vendôme, et de Laure de Mancini, né le 3 o juin i 654 , marié, le 21 mai 1710, à Marie- Anne de Bourbon.
Il gagna ses éperons sur le champ de bataille, et passa par tous les* grades militaires avant d’arriver au commandement des armées. Ses plus beaux faits d’armes sont la prise de Barcelone en 1697 , les batailles de Luzara et de Cassano en 1 yo 5 , où , réparant les défaites du maréchal de Villeroi , il battit les Impériaux, et se mesura avec avantage contre le prince Eugène; enfin, en 1710, la bataille de Villaviciosa, qui affermit pour jamais la couronne d’Espagne sur la tête de Philippe V. « Le » conseil du roi d’Espagne, dit Voltairç, voyant
» qu’il n’avait aucun capitaine à opposer à Starem-
» berg, qu’on regardait comme un autre Eugène, » écrivit à Louis XIV pour lui demander le duc » de Vendôme. Ce prince, retiré dans Anet, partit » alors, et sa présence valut une armée. » la réputation qu’il s’était faite en Italie frappait les Espagnols. Sa popularité, sa libéralité, qui allaient jusqu’à la profusion et au désordre (i), sa franchise, sa familiarité avec les soldats, lui gagnaient les cœurs. Dès qu’il mit les pieds en Espagne, il lui arriva ce qui était arrivé autrefois à Bertrand Duguesclin : son nom seul ^attira une foule de volontaires. Il n’avait point d’argent; les communautés des villes et des villages en donnèrent. Un esprit d’enthousiasme saisit la nation. Le débris de l’armée qui avait perdu la bataille de Sarragosse se rejoignirent sous lui à Valladolid. Le duc de Vendôme, sans laisser ralentir un moment cette nouvelle ardeurf ramène le roi à Madrid, oblige l’ennemi à se retirer vers le Portugal, le suit, passe le Tage à la nage ; fait prisonnier, dans Brihuega, Stanhope avec cinq mille Anglais; atteint le général Staremberg , et le lendemain lui livre la bataille
(1) Le plus grand désordre régnait dans sa maison : désintéressé jusqu’à l’insouciance, négligé jusqu’à la malpropreté , il se laissait voler par ses domestiques , et riait lui-même de leur adresse.
de .Villaviciosa. Philippe V, qui n’avait point encore combattu avec ses autres généraux, animé de l’esprit du duc de Vendôme, se met à la tête de l’aile droite ; le général prend la gauche : il remporte une victoire entière. Les espérances de l’archiduc Charles sont renversées, etPhilippeV règne sans concurrent en Espagne (i)..
Ce monarque se montra reconnaissant pour l’illustre guerrier qui l’avait rétabli sur le trône. Il
le nomma prince de son sang, mit à sa disposition
une partie des trésors qui arrivaient d’Amérique , mais que Vendôme refusa; lui fit rendre enfin dans sa cour tous iMkhommages que l’on doit à la gloire. Le duc ne pas long-temps de cette insigne faveur. Il aimait la table jusqu’à l’excès (2): il ne survécut pas aux suites d’un dîner où il avait mal calculé les forces de son estomac. Il expira à Vinaros,le njuin 1712. Philippe V voulut que la nation espagnole prît le deuil , et qu’il fût enterré
(1) On assure qu’après la bataille, Philippe V n’ayant point de lit, le due de Vendôme lui dit : « Je veux vous faire donner le plus beau lit sur lequel » jamais roi ait couché ; » et il fit faire un matelas des étendards et des drapeaux pris sur l’ennemi.
(2) Il était fort gourmand , et souvent, à la guerre , la réputation de bonne chère que l’on faisait dans tel ou tel endroit décidait des campemens du duc de Vendôme. Aussi faillit-il quelquefois à être surpris et enlevé par l’ennemi.
au monastère de l’Escurial, dans le tombeau des infans d’Espagne.
« Leduc de Vendôme était d’une taille ordinaire, » un peu gros, mais vigoureux, fort et alerte, un » visage fort noble , et l’air haut avec de là grâce » naturelle dans le maintien et dans la parole. Il » avait beaucoup d’esprit naturel > qu’il n’àVait ja- » mais cultivé (i), et une énonciation facile, soute- » nuèd’uhe hardiesse naturelle ; beaucoup de con- » naissance du monde et de la cour , et , sous une » apparente incurie, un soin et Une adresse à en » profiter en tout genre; surtout admirable cour- » tisàn, poli par art, mais a^p choix et mesure; » familier et populaire avecWcommun , par une » affectation qui voilait sa vanité et le faisait aimer » du vulgaire; au fond, l’orgueil même. » Saint- Simon , qui a tracé ce portrait , a ajouté sur la vie privée du düc de Vendôme des détails qui respirent le cynisme , l’amertume et l’exagération. Il paraît toutefois que , si ce grand capitaine avait quelques-unes des vertus de César, il n’était pas
(1) Philippe V lui dit un jour : « 11 est surprenant qu’étant le fils d’un » père dont le génie était borné, vous ayez d’aussi grands talens. — Mon » esprit , répondit Vendôme , vient de plus loin. » il voulait dire de Henri IV, dont il était arrière-petit-lils.
tout-à-fait étranger à ses vices; mais l’histoire jette un voile sur les faiblesses de l’homme, et se glorifie de présenter aux regards de la postérité le vainqueur de Luzara et de Villaviciosa.
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LE MEME
( Équestre. )
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