‹ Le chateau d'euChapitre 44 sur 87 · CARDINAL DE BOUILLON · texte numérisé non relu

CARDINAL DE BOUILLON

( Peint d’après une gravure de la collection du roi , au Palais-Royal.)

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Emmanuel-Théodose de La Tour d’Auvergne, cardinal de Bouillon, grand -aumônier de France,

abbé et général de Cluni, de Saint-Ouen, de Rouen, de Saint-Vast d’Arras, de Saint-Martin, de Pontoise, etc., troisième fils de Frédéric-Maurice de La Tour, premier du nom, duc de Bouillon, et d’Éléonore- Catherine Fébronie de Bergh , naquit au château de Turenne, le 24 août i643.

Sa maison était très -ancienne; plusieurs généalogistes la font descendre des ducs d’Aquitaine, comtes d’Auvergne. Il fut dès son enfance destiné à être chevalier de Malte, et s’appela le chevalier, jusqu’au jour où il embrassa l’état ecclésiastique et prit le nom du duc d’Albret. Lorsque son père, après l’arrestation des princes, eut protesté pour leur liberté, et accompagné la princesse

de Coudé à Bordeaux, Emmanuel-Théodose fut sur le point d’être pris avec sa mère, par l’ordre de la reine-mère; mais un valet de chambre le sauva, lui et ses trois frères. Il vécut plusieurs mois caché et habillé en fdle; sa figure était si jolie, ses traits si délicats , qu’ils se prêtaient parfaitement à ce déguisement. La paix faite, il rejoignit son père et sa mère. On cite sa réponse à Mazarin : le cardinal était allé les visiter pour leur prouver sa réconciliation entière; il caressa les enfans, et dit à Emmanuel : « Et vous aussi, ne voulez- vous » pas être de mes amisPj — Non, s’écria -t- il, » vous avez trompé mon papa. » Dès son bas âge il donna une haute idée de son avenir, en dépassant tous ses camarades d’études. 11 continua à se faire remarquer par ses talens précoces, et jouit de bonne heure d’une grande considération, a Ja- » mais jeune homme , dit l’abbé deChoisy, n’en- » tra dans le monde si agréablement : il était » beau comme un ange, et avait beaucoup d’es- » prit, de finesse et de vivacité, qui le menaient » quelquefois au-delà du but. » A peine à vingtcinq ans, il obtint le chapeau de cardinal : son oncle, le maréchal de Turenne, le demanda pour lui au roi, qui l’accorda avec plaisir. Il le nomma

plus tard, en 1671, grand-aumônier de France.

Poursuivi par l’inimitié de Lou vois, qui avait toujours été mal avec Turenne, le cardinal se vit enlever l’évêché de Liège. Il publia bientôt un mémoire où il affectait des prétentions exorbitantes pour la maison de La Tour, et commença par ses hauteurs à s’attirer les froideurs de Louis XIV. Une lettre de lui, vraie satire contre le roi, qui fut surprise, et plus tard sa conduite dans son ambassade à Rome en 1698, achevèrent de lui aliéner l’esprit du monarque. On le rappela, il refusa de quitter Rome; on saisit ses revenus. Il rentra en France en 1 700, et obtint la jouissance de ses biens; mais il fut exilé à son abbaye de Tournus. Ennuyé de vivre loin de la cour, il sortit de France en 1710, s’en alla dans les Pays-Bas, puis à Rome, où le pape le reçut froidement, et où il passa ses derniers jours dans le repos , satisfait de sa position de doyen des cardinaux et de la restitution de ses bénéfices. Le cardinal de Bouillon mourut à Rome, le 2 mars 1715, dans sa soixante-douzième année.

Savant et spirituel, il était également estimé pour ses vertus; mais son orgueil l’égara et le perdit. La disgrâce toutefois ne l’abattit point : il la supporta avec une honorable constance.

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