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ARCHEVÊQUE DE CAMBRAI

François de Salignac de Lamothe-Fénelon, archevêque de Cambrai, naquit au château de Fénelon, en Périgord, le 6 août i65i , de Pons de Salignac. comte de Lamothe-Fénelon, et de sa seconde femme, Louise de La Cropte de Saint- Abre.

A l’âge de douze ans il fut envoyé à F université de Cahors, où il ne tarda pas à se distinguer. La rapidité de ses progrès engagea son oncle le marquis Antoine de Fénelon (dont le grand Coudé disait « qu’il était également propre pour la conver- » sation, pour la guerre et le cabinet») à faire venir à Paris le jeune Salignac, et à le placer au collège du Plessis. C’est là qu’il acheva ses études et qu’il forma son goût et son style aux sources brillantes et fécondes de l’antiquité. Destiné. à Fé-

(at ecclésiastique, autant parle vœu de sa famille que par l’exaltation rêveuse de son imagination, il entra d’abord au séminaire de Saint-Sulpice, sous la direction du père Tronson. Là il se fit remarquer par les grâces et l’éclat de son esprit; et, lorsque le duc de Beauvilliers fut nommé gouverneur du duc de Bourgogne, en 1689, ce fut Fénelon qu’il fit agréer pour précepteur du prince. Madame de Maintenon ne fut pas étrangère à ce choix : elle avait vu plusieurs fois Fénelon chez le duc de Beauvilliers ; elle avait été séduite par les charmes de sa conversation et la candeur de ses manières ; et lui, qui s’était aperçu de cette heureuse impression sur la favorite, lui avait témoigné des égards qui allaient jusqu’à la flatterie. Sa secrète ambition (car il était difficile de ne pas en avoir à la cour de Louis XIV) s’était également servie de l’influence mystique de madame Guyon, si célèbre par sa passion pour la spiritualité , et par le fidèle attachement de l’archevêque de Cambrai. Une fois placé auprès du petit-fils de Louis XIV , Fénelon comprit toute l’étendue des devoirs qu’il avait à remplir. Son premier soin fut de dompter la violence des passions de son illustre disciple, qui était né avec un tempérament de feu, un ton ah-

solu de volonté, une impatience énergique de toute résistance (i). Devenu maître de son caractère, il s’appliqua à former son âme à tout ce qu’il y a de vraiment grand , et à la rendre digne de commander à des hommes. Le succès le plus honorable couronna les généreuses instructions de Fénelon. Ce sage avait préparé pour la France un monarque ami de la justice et des lois, qui eût été le père du peuple , et qui n’eût pas craint de faire asseoir la liberté sur le trône.

Élevé à l’archevêché de Cambrai, en 1695, Fénelon fut sacré par l’évêque de Meaux. Bossuet avait d’abord protégé de son crédit à la cour la fortune de ce prélat; mais il ne tarda pas à se montrer jaloux de sa réputation et du concert de

louanges qui s’élevaient de toutes parts vers le pré-

cepteur du duc de Bourgogne. Une circonstance

fil prendre à cette jalousie les couleurs de l’animosité. Avant de partir pour son diocèse, Fénelon avait fait imprimer son livre des Maximes des Saints , fondé sur le dogme d’aimer Dieu pour luimême. Le roi'en parla à Bossuet , qui traita $ hérésie fatalele quiétisme de l’archevêque de Cambrai, et qui agit avec tant d ardeur à Rome et à Ver*

(1) Voir la notice du duc de Bourgogne. ^

sailles contre celui dont il craignait la rivalité (i), que Louis XIV écrivit de sa main au pape Innocent XII pour accuser le livre des Maximes ; que le père La Chaise et madame de Maintenon n’osèrent plus soutenir l’auteur, qui était leur ami, et qu’après une conversation, où le roi prétendit avoir entendu dans l’archevêque de Cambrai le plus bel esprit et le plus chimérique de son royaume , Fénelon fut exilé dans son diocèse, au mois de juillet 1 697. La première fois qu’i 1 prêcha à Cambrai, ce fut pour condamner luhmême son livre ; et, laissant à l’évêque de Meaux le soin de prouver les vérités de la religion, il se contenta de la faire aimer.

Rien de plus noble, de plus pur, de plus admirable que la conduite de l'archevêque de Cambrai dans son diocèse. Ses instructions pastorales respiraient la plus douce tolérance (2). Il exerçait envers les étrangers la plus honorable hospitalité; il répandait des aumônes avec une charitable profu-

(1) Pendant la dispute entre ces deux prélats , madame de Grignan dit un jour à Bossuet : « Mais est-il donc vrai que l’archevêque de Cambrai » ail tant d’esprit ? — Ah ! madame , répondit l’évêque de Meaux , il en a » à faire trembler !»

(2) Un des curés du diocèse de Cambrai se félicitait devant Fénelon d’a-

voir aboli la danse des paysans les jours de fêtes. « Monsieur le curé , lui » dit l’archevêque , ne dansons point , mais permettons à ces pauvres » gens de danser. Pourquoi les empêcher d’oublier un moment qu’ils sont » malheureux ?» *.

sion (i); il visitait les pauvres et les malades, et sa présence leur faisait oublier et leurs souffrances et . leurs misères. Les étrangers s’empressaient à le voir; les généraux ennemis respectaient son asile. Mais, dans ce monde, quelque chose de terrestre se mêle toujours à la vertu la plus pure ; et la cour de Louis XIV était environnée de tant de séductions , qu’il était bien difficile d’en détacher entièrement son souvenir. Fénelon se rappelait quelquefois avec complaisance la faveur dont il avait joui, le bonheur qu’il avait à vivre auprès du duc de Bourgogne; et, lorsque ce prince devint, par la mort de son père, dauphin et héritier de la couronne, peut-être l’âme de son précepteur ne restat-elle pas étrangère à toute idée d’ambition. Cependant son Télémaque n’était pas un moyen de rentrer en grâce auprès d’un monarque orgueilleux , qui crut voir dans ce magnifique ouvrage la satire de son règne (2). La rapide mort du duc de

(1) Dans le ftroeste hiver de 1709, Fénelon avait dans ses greniers pour cent mille francs de grains. 11 les fit distribuer aux soldats et refusa d’en recevoir le prix.

(2) Son Télémaque fut composé pendant son séjour à la cour, vers 1694, et destiné à l’instruction du duc de Bourgogne , sans devoir jamais être donné au public. « Tout le monde sait , dit Fénelon lui-même , que cet » ouvrage ne m’a échappé que par l’infidélité d’un copiste. Je l’ai fait dans » un temps où j’étais charmé des marques de confiance et de bonté dont « le roi me comblait. 11 aurait fallu que j’eusse été non-seulement l’homme

Bourgogne acheva d’ôter à l’archevêque de Cambrai toute espérance de reparaître à la cour; et, tout entier aux provinces confiées à son administration pastorale, il s’y fit adorer comme la vivante image de la divinité, dont il était le plus digne ministre. Son diocèse ne jouit pas assez long-temps de ses vertus. A la suite d’un accident de voiture, il fut atteint d’une maladie qui le conduisit au tombeau le 7 janvier 1715, huit mois avant Louis XIV. Ses derniers momens furent ceux du juste mourant ? et il était donné à ce grand homme de bien de remplir et de quitter la vie avec une égale dignité (1).

» le plus ingrat, mais encore le plus insensé, pour y vouloir faire des » portraits satiriques et insolens. J’ai horreur de la seule pensée d’un tel » dessein. » Cependant Louis XIV ne pardonna jamais le Télémaque à son auteur. On assure qu’après l’avoir lu , il dit à son petit coucher : « Je » savais bien, par le livre des Maximes, que M. l’archevêque de Cambrai » était un mauvais esprit ; mais je ne savais pas qu’il fût un mauvais cœur :

» je viens de l’apprendre en lisant Télémaque. » Et l’opinion du maître était tellement répandue , que ni M. de Bose , le successeur de Fénelon à l’Académie , ni M. Dacier, qui en était le directeur, n’osèrent dire un mot

de Télémaque Fénelon s’élait montré bien différent : en faisant l’éloge

de Pélisson , qu’il remplaçait à l’Académie , il rappela ses disgrâces , ses longs malheurs, son noble courage, sa généreuse fidélité à l’amitié :

« Pour montrer toute sa vertu , ajouta-t-il , il ne lui manquait que d’être » malheureux ; il le fut. » C’était dans la bouche de Fénelon une sorte d’anticipation sur son propre avenir.

(1) Son testament était fait dès le 5 mai 1705. Ce fut l’abbé de Chantérac, son parent et son ami , qui en fut nommé l’exécuteur. Il porte un caractère de modestie et de simplicité qui se retrouve dans la lettre que Fénelon adressa en mourant à Louis XIV par l’intermédiaire du père LeTellier,

'< Ce prélat, dit Saint-Simon, était grand, maigre, bien fait, avec un grand nez, des yeux dont » le feu et l’esprit sortaient comme un torrent, et » une physionomie telle que je n’en ai jamais vu » qui y ressemblât, et qui ne pouvait s’oublier, » quand on ne l’aurait vue qu’une fois. Elle rassem* » bkrit toüt, et lés contraires ne s’y combattaient » point : elle avait de la gravité et de l’agrément , » du sérieux et de la gaîté; elle sentait également » le docteur, l’évéque et le grand seigneur. Tout » ce qui y surnageait, ainsi que dans sa personne * » c’était la finesse, l’esprit, les grâces, la décence, » et surtout la noblesse. Il fallait faire effort pour » cesser de le regarder (i). »

11 fut enterré à Cambrai. Le rtiarquis de Fénelon, ambassadeur de France auprès des États-Généraux, fit placer, en 1724, sur le tombeau de son grand-oncle, une longue inscription latine composée par le père Sanadon , jésuite. Les éloges que renferme cette inscription sont gravés dans tous les cœurs; et le nom de Fénelon sera béni tant que la vertu, la charité et la gloire seront honorées sur la terre.

(1) Mémoires de Saint-Sirnofi. Consulter aussi, sur la vie et le caractère de Fénelon , son éloge par d’Alembert , son histoire par M. de Beausset , le Siècle de Louis XIV , etc., etc.

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