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COMTE DE VERMANDOIS

(En pied, peint par Mignard (1).)

Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils légitimé de Louis XIV et de la duchesse de La Vallière, naquit le 2 octobre 1667 .

Ce prince, avec une belle figure, avait dans sa personne et dans ses manières ces grâces naturelles qui rendaient sa mère si intéressante. Il avait été élevé avec les plus grands soins, et son esprit et son cœur en avaient profité. Son père l’aimait tendrement; mais, au commencement de i683, le prince de Conti l’ayant .mené souper avec quelques jeunes gens qui s’étaient fait remarquer par le dérèglement de leurs mœurs, le roi en fut instruit, et, dans sa colère, il exila le prince de

(1) Il est représenté avec sa sœur, mademoiselle de Blois, princesse de Conti.

Conti dans ses terres, et défendit au comte de Vermandois de paraître en sa présence. On pense que madame de Maintenon ne fut pas étrangère à cette rigueur, parce qu’elle était jalouse des avantages que le comte de Vermandois avait sur le duc du Maine. C’est à cette époque que quelques historiens romanciers ont reporté l’anecdote du Masque de Fer, prétendant que cet illustre prisonnier n’était autre que le comte de Vermandois. C’est une erreur : M. de Vermandois obtint la permission de reparaître devant le roi avant de partir pour aller faire sa première campagne. Il avait vingt ans. Le roi le fit accompagner par son précepteur, M. de Gosse , homme de mérite et ecclésiastique pieux. Il lui promit de lui écrire , et le chargea de donner fréquemment de ses nouvelles à sa mère. Il se rendit devant Courtray, à l’armée commandée par le maréchal d’Humières. La place fut prise le 6 novembre; le 12, M. de Vermandois tomba malade, et le lendemain on reconnut que sa maladie était une fièvre putride, qui avait déjà fait des progrès, parce que le désir de se trouver à une affaire la lui avait fait cacher dans le principe. Le maréchal dépêcha un courrier pour en instruire le roi, qui, fort alarmé, envoya sur-le-champ son premier mé-

decin, en lui ordonnant « de lui mander des nou- » velles du prince deux fois par jour, ainsi que tous » les changemens qu’il pourrait éprouver. » Le 18 novembre i683, le comte de Yermandois expira entre les bras de M. de Gosse, qui lui ferma les yeux. Son corps , envoyé à Arras, y fut enterré le 2 5 avec beaucoup de pompe. Louis XIV donna une somme d’argent au chapitre d’Arras « pour la » fondation d’un obit à perpétuité pour le repos de » l’âme de M. le comte de Vermandois , fils du roi. » Bossuet fut chargé de la tâche pénible de communiquer la nouvelle de sa mort à sa mère. Il se rendit au couvent des Carmélites, et lui annonça sa triste mission. Elle ne poussa pas un soupir, elle ne versa pas une larme; mais elle devint pâle et tremblante, et dit d’une voix presque éteinte : • « Faut-il que je pleure sa mort avant d’avoir » achevé de pleurer sa naissance! »

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