MADEMOISELLE DE BLOIS
PRINCESSE DE CONTI
Mademoiselle de Blois, fille légitimée de Louis XIV et de la duchesse de La Vallière, naquit le a octobre 1666.
Cette princesse était toute faite de grâces, d’agrémens, de beauté. Si elle paraissait dans les cercles ou dans les bals de la cour, tous les yeux se fixaient sur elle avec admiration (1). Elle aimait à s’assurer par elle-même de l’effet de sa danse, et, d’un ton qui trahissait une coquette sécurité, elle demandait dans les bals, soit à madame de Riche-
Ci) « Conli me parut mille fois plus légère,
» Que ne dansent aux bois la nymphe et la bergère.
* L’herbe l’aurait portée , une fleur n’aurait pas » Reçu l’empreinte de ses pas.
» Elle semblait raser les airs à la manière » Que les dieux marchent dans Homère. »
(La Fontaine.)
lieu, soit à madame de Montespan ou à madame de La Vallière, qu'elle appelait toujours sa belle maman ; « Le roi est-il content de moi? » « Enfin, dit » madame de Sévigné, avec de certaines chosettes » sorties de sa belle bouche, elle enchantait par son » esprit. »
Le roi son père la maria, le 1 6 janvier 1680, a Louis-Armand de Bourbon , prince de Conti. « La
» cour’ est toute réjouie, dit madame de Sévigné » dans ses lettres, du mariage du prince de Conti » avec mademoiselle de ’ Blois. Ils s’aiment comme » dans les romans. Madame de Colbert, gouver- » nantë de cette princesse, ne voulait pas que le » prince la vît avant le soir. Il força les portes, se
» jeta à ses genoux et lui baisa la main. Elle, sans
» autre façon, l’embrassa^ et la voilà à pleurer.
» Cette bonne petite princésse est si tendre et si
» jolie qu’on voudrait 1 là manger. Le comte de
» Gram mont fit ses complimens comme tous le$
» autres au prince de Conti : « Monsieur, je me ré- » jouis de votre mariage; croyez-moi, ménagez le » beau-père (Louis XIV), ne le chicanez point; vi- » vez bien dans cette famille, et je vous réponds » que vous vous trouverez fort bien de cette al-
» liance. » Le roi se réjouit de tout cela. O11 dit des
» merveilles de la générosité et de la belle âme du » prince de Conti. 11 jette l’argent héroïquement; » il a des bontés de Henri IV, des procédés de » Bayard et des justices de Sully. »
La princesse de Conti eut la petite-vérole, à Fontainebleau, à l’âge de dix-huit ans: son mari en fut atteint au milieu des soins qu’il lui rendait , et en mourut presque subitement. Cette princesse, restée veuve dans toute la fraicheur de la jeunesse (i) et tout l’éclat de la beauté, ne songea pas à se remarier, mais elle ne voulut pas que tant de grâces fussent perdues pour les amours. On l’accusait de coquetterie, d’inconstance; plus impérieuse que tendre, elle tourmentait par sa fierté
et ses caprices ceux dop^ elle avait accueilli les
hommages, et rarement c’était le même encens qui brûlait sur ses autels. Aussi, lorsque l’ambassadeur de Maroc, en recevant le portrait du roi, demanda pour son maître le portrait et la main de la princesse de Conti, Périgny fit ce couplet pour elle :
« Pourquoi refusez-vous l'hommage glorieux A > D’un roi qui vous attend et qui vous croira belle ?
» Puisque l'hymen à Maroc vous appelle , . .
(1) On assure que le prince de la Roche-sur-Yon, son frère, ne se trompait pas lorsque, voyant danser la princesse de Conti quelque temps après son mariage, il dit tout haut : « Vraiment voilà une demoiselle qui • danse bien î •
» Partez , c’est peut-être en ces lieux » Qu’il vous garde un amaût fidèle.
En amitié elle était d’un caractère plus sûr qu’en amour; et les personnes qui l’approchaient n’avaient qu’à se louer de sa bonté et de son généreux attachement.
Elle mourut le 3 mai 1 739 .
(1) On publia en 1706 une relation historique de l’amour de l’empereur de Maroc pour la princesse de Conti. On y remarque une lettre où ce sublime Africain , après avoir promis à son impératrice des tigres tachetés qui viendront badiner sur ses genoux d’ albâtre , des èlèphans pour porter son corps d'ivoire , des femmes pour la chatouiller afin de la faire rire , termine par ce» mots : « Je vous ferai part de la marque 0 la plus éclatante de la dignité impériale , puisque je vous accorderai » l’honneur d’aller à la chaise percée au son des trompettes et des tam- » bourins. »
Dangeau raconte que, le portrait de la princesse de Conti ayant été perdu aux Indes , les sauvages qui le trouvèrent l’adorèrent sous le nom de la déesse Monas.
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