‹ Le chateau d'euChapitre 63 sur 87 · DUCHESSE DE BERRI · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE BERRI

Marie-Louise-Élisabeth d’Orléans, deuxième fille de Philippe, duc d’Orléans, régent, et de Françoise-Marie de Bourbon, naquit le 20 août 1695, et épousa, le 6 juillet 1710, Charles de France, duc de Berri. La duchesse d’Orléans, qui désirait ardemment marier sa fille avec le duc de Berri, craignait que ce mariage ne réussît pas tant que sa fille 11e serait pas à Versailles sous ses yeux. Là cette jeune princesse, qui comprit que sa fortune dépendait de sa conduite, en eut une excellente. Déjà elle avait montré que rien ne lui coûtait pour satisfaire son ambition. Des l’âge de douze ans, elle , pensa qu’elle avait trop de dispositions à engraisser, et que, si elle continuait sa manière de vivre, ce pourrait être un obstacle aux vues qu’on avait

pour elle. Cette idée lui fit prendre la résolution de ne guère manger, de peu dormir et de faire beaucoup d’exercice, quoiqu’elle fût naturellement gourmande et paresseuse. Cette princesse était belle, bien faite, avec un peu de négligence dans la taille; ses jolis yeux eussent été plus cliarmans encore si leur regard eût été moins hardi. Elle avait beaucoup d’esprit , une élocution pleine de grâce, l’imagination vive et galante, et la plus agaçante coquetterie. Malheureusement, on l’avait accoutumée de bonne heure à suivre toutes ses volontés, à satisfaire tous ses caprices; et personne cependant n’aurait eu plus besoin d’une éducation sévère, pour tempérer l’ardeur d’un sang qui ne la laissait pas assez maîtresse de sa raison. Ses manières devinrent libres, sa conversation plus qu’enjouée, son amour pour les plaisirs sans bornes (i). Ainsi dépouillée de la pudeur, la première de toutes les grâces, elle ouvrit un vaste champ à la médisance et même à la calomnie. On lui supposa des actions qui feraient rougir à la fois et frémir la

(1) Par un contraste singulier, elle prit un appartement aux Carmélites du faubourg Saint-Germain , où elle allait s’enfermer quelquefois plusieurs jours de suite. Là elle priait, jeûnait, se livrait à tous les exercices d’ùne austère dévotion; elle rentrait ensuite dans le monde, et y reprenait le cours de ses premiers plaisirs.

uature. Certes, on ne peut nier que la duchesse de Berri ne se soit égarée jusqu’au vice; mais, quels qu’aient été les désordres de sa conduite et l’emportement de ses passions, jamais ses mains n’ont versé de poison ni attenté aux jours de personne, et ce n’est que la calomnie, excitée par cet esprit de parti toujours hostile à la branche dont elle était issue, qui a pu supposer quelle n’avait pas été étrangère à la mort de son mari.

Ap rès la mort du duc de Berri, en 1714? elle épousa, dit-on, secrètement, le comte de Rioms, lieutenant de dragons, petit-neveu du duc de Lauzun. Fort de l’exemple et des instructions de son oncle, il traita la duchesse de Berri comme Lauzun avait traité mademoiselle de Montpensier : mais, par une de ces bizarreries que le caractère des femmes peut seul expliquer , cette princesse , d’ailleurs sifière, subissait cette tyrannie et paraissait même n’en aimer que plus un homme qui n’avait ni naissance, ni figure, ni esprit.

L’amour de la table et des voluptés calcina de bonneheure le sang de cette princesse relie tomba malade le 28 mars 1719; et, après avoir souffert pendant trois mois des douleurs effroyables, elle expira le 2 1 juillet, dans sa vingt-quatrième année.

à Elle reçut les derniers sacremens, dit la princesse » Charlotte de Bavière, duchesse d’Orléans, avec » une résignation et une fermeté qui faisaient fen- » dre le cœur. Elle est morte comme on s’endort. » Mon fils (le régent) est resté auprès d’elle jusqu’à » ce qu’elle ait perdu connaissance. La pauvre du- » chesse de Berri a abrégé elle-même ses jours en » mangeant secrètement du lait, des melons et des

» figues On a transporté, sans grand appareil,

» et de nuit, le corps à Saint-Denis, où toute la » maison l’a accompagné. Mon fils est au désespoir. » C’était son enfant le plus chéri. »

Ainsi mourut à la fleur de son âge une princesse qui eut fait par ses grâces, son esprit et son amabilité, l’honneur et le charme de la cour, si elle n’eût point profané par sa conduite les dons brillans dont la nature s’était plu à la parer.

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