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DUC DE BERRI

Charles de France, duc de Berri, troisième fils

de Louis Dauphin (le grand Dauphin) et de Marie- Anne-Christine-Victoire de Bavière; naquit à Versailles le 3i août 1686 .

Lorsqu’il était enfant, on admirait sa grâce, sa gentillesse, la finesse de ses reparties et les tours qu’il jouait à ses précepteurs et à ses maîtres. Ces dispositions furent tout-à-coup comme interceptées : en grandissant, son esprit devint plus que médiocre, son instruction nulle; il ne sut jamais guère que lire, écrire; et cette inaptitude, dont il avait lui-même le sentiment, le rendait triste, timide et gauche. Il était mieux partagé du côté du cœur. C’était le meilleur homme du monde , le plus doux, le plus affable. Il aimait la vérité, la justice, la religion; son air inspirait la confiance.il était d’une assez belle taille, avait les cheveux blonds,

le teint frais, le visage ouvert et brillant de santé. Louis XIV le maria, le 6 juillet 1710, avec la princesse Louise-Élisabeth d’Orléans, fille de Philippe d’Orléans. Ces deux caractères ne pouvaient pas sympathiser ensemble; et les désordres de la duchesse de Berri firent le malheur de son époux, qui l’avait aimée tendrement. On a dit qu’elle avait hâté la mort du duc de Berri : c’est une calomnie. « Le duc de Berri a été lui- » même la cause de sa mort : il s’est tué à force de » manger et de boire, et surtout en cachant un » mal qu’il s’était fait en tombant à la chasse, mal » qui lui faisait rendre beaucoup de sang. Il avait » défendu à ses valets de chambre , sous peine » d’être chassés, de parler des suites de cette chute, » et de dire qu’il rendait du sang. Après sa mort, » on a trouvé des vases pleins de sang sous sa chaise » et sous son lit. Avant de savoir cet accident, on » ne croyait le prince malade que de trop manger ; » on lui donna souvent l’émétique; c’est ce qui ac- » céléra sa mort. Il disait au père de La Rue, son » confesseur : « Ah ! mon père, je suis la seule cause » de ma mort. Ses regrets étaient déchirans, mais » trop tardifs (1). »

(1) Souvenirs 4e Madame, duchesse 4’Orléans (Charlotte de Bavière).

Dangeau, le Suétone de Versailles, donne aussi sur la mort de ce prince des détails intérieurs qui doivent faire tomber tous les bruits d’empoisonnement que quelques libelles ont cherché à accréditer contre la duchesse de Berri :

« Le roi, dit-il , à la date du 3 mai 1714? I e r °i ? » qui se fait rendre compte à tous momens de la

» santé de monseigneur le duc de Berri , apprit à » son réveil qu’il avait passé une très- mauvaise » nuit. Les médecins ne doutent plus qu’il n’y ait » une veine rompue dans l’estomac , causée par » un effort qu’il fit à la chasse (1), jeudi, en re- » tenant son cheval, qui avait fait une grande » glissade. On dit même que le corps avait porté » sur le pommeau de la selle; mais on n’a com- » mencé à parler de cela qu’hier au matin : il en » avait tenu le cas fort secret. On assure même » qu’il avait craché et rendu du sang tous les jours » depuis cet accident-là. Les vomissemens ont » commencé à finir à neuf heures du matin : ori » ne l’en croit que plus malade. Il espérait ne pas » mourir; mais bientôt après le mal augmenta.... » On porta à monseigneur le duc de Berri le viati- » que et les saintes huiles; le roi demeura près (1) Ce prince aimait beaucoup chasse, et il y était fort adroit.

» d’une heure dans sa chambre, l’y vit recevoir le

» saint sacrement, qu’il reçut avec beaucoup de » dévotion et de respect.

» Monseigneur le duc de Berri expira à quatre » heures du matin. 11 dit, avant que de mourir, au » père de La Rue, son confesseur, l’accident qui » lui était arrivé jeudi à la chasse. Quand il eut » perdu la parole, il prit le crucifix que son con- » fesseur avait dans sa main ; il le baisa, et puis le » mit sur son cœur. Il est mort dans cette attitude » avec beaucoup de fermeté et de religion.

» Il est universellement regretté à la cour et dans » Paris. »

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