COLBERT
Colbert (Jean-Baptiste), ministre et secrétaire d’État, contrôleur-général des finances, surintendant des bâtimens et ordonnateur-général des arts et manufactures. Le lieu et la date de sa naissance sont incertains. Moréri dit qu’il naquit à Paris le 3 i août 1619; une histoire de sa vie, imprimée à Cologne en 1695, dit qu’il naquit à Reims au mois de novembre 162 5 . Il était fils de Nicolas Colbert et de Marie Pussort. Le Laboureur, Ménage et quel-
ques autres l’ont fait descendre d’une illustre famille d’Écosse, établie en France vers 1281; mais d’autres auteurs assurent que son père faisait le commerce des draps et des vins. L’abbé de Choisy dit dans ses Mémoires : « Colbert se piquait d’une » grande naissance, et avait là-dessus un furieux » faible : s’il avait tort ou raison, je m’en rapporte » aux généalogistes. Il fit enlever la nuit, dans
» l’église des Cordeliers de Reims, une tombe de » pierre où était l’épitaplie de son grand-père, » marchand de laine, demeurant à l’enseigne du » Long- Vêtu , et en fit mettre une autre d’une » vieille pierre où l’on avait gravé eh vieux langage » les hauts faits du preux chevalier Colbert, origi- » naire d’Écosse. » Quoi qu’il en soit, ce fut un grand homme. Dès sa première jeunesse il aima passionnément les sciences et les arts. Avide d’étudier les moyens propres à faire fleurir le commerce, il réfléchit et travailla dans ce but, en parcourant les provinces les plus commercantes de France; son parent Saint-Pouange, beau-frère de Le Tellier, le plaça, en 1648, chez ce secrétaire d’État. Celui-ci le présenta à Mazarin, qui, devinant les talens de
Colbert, se l’attacha et l’admit bientôt à travailler
avecdui. 11 fut à même d’apprécier de plus en splus son mérite, et, pour lui prouver combien il l’estimait, il lui fit donner le titre de conseiller d’État. Il le nomma ensuite intendant de sa maison. Colbert épousa, en i65i , Marie Charron, fille de Jacques Charron , seigneur de Ménars, grand-bailli de Blois. Quand les troubles *de la Fronde forcèrent Mazarin à se retirer à Cologne, et puis à Sedan, d’où sa volonté gouvernait encore l’État,, c’était
Colbert qui servait d’agent secret entre lui, Le Tellier et la reine, et il s’acquitta de ce pénible rôle avec une si grande prudence , qu’il ne fut jamais soupçonné par les ennemis de Mazarin. Aussi ce ministre l’en récompensa-t-il en lui faisant avoir la charge de secrétaire des commandemens de la reine, et en comblant son père et ses frères de bienfaits. En 1659, quand Mazarin eut l’idée d’obtenir du pape un secours pour l’âle de Candie contre les Turcs, et de lui faire rendre au duo de Parme lé duché de Castro, il chargea Colbert de cette double mission près du saint-père.r Pendant son séjour à Rome un nouveau sujet de brouilierie survint entre la cour de France et le souverain pontife, et l’empêcha de réussir. En 1661 Mazarin, au lit de mort , le déclara l’un de ses exécuteurs testamentaires. Après avoir grandement vanté au roi son mérite , son activité , sa prudence , on raconte qu’il finit son éloge par ces mots : « Je vous » dois tout, sire , mais je crois m’acquitter en quel- » que sorte avec vous, en vous donnant M. Col- » bert. » L’abbé deChoisy dit que le commencement de la grande fortune de Colbert fut la révélation faite par lui au roi, lors de la mort du cardinal , que Mazarin avait en difïerens lieux plus de
quinze millions d’argent comptant dont on pourrait remplir les coffres de l’épargne, qui étaient vides. Louis XIV rendit justice aux grandes capacités de Colbert, et rétablit en sa faveur une des deux places d’intendant des finances qui avaient été supprimées à la mort des derniers titulaires. Mazarin, se sentant peut-être coupable de malversations dans le trésor, en avait vivement accusé Fouquet près de Louis XIV; Colbert acheva de perdre le surintendant dans l’esprit du monarque, en prouvant les erreurs dont les états dé comptes étaient remplis. L’ambition égara alors Colbert jusqu’à le faire tromper Fouquet en l’amenant à vendre sa charge de procureur-général. Si l’on en croit Pélisson, il aurait même, pendant l’instruction du procès de Fouquet, soustrait violemment des pièces qui devaient le disculper. Il paraît aussi qu’il fit arrêter, dès leur impression, les deux premiers cahiers de la défense du surintendant. Si l’histoire a des torts à reprocher à Colbert dans cette circonstance, elle n’aura bientôt plus qu’à vanter les services éminens rendus par lui à l’État. Louis XIV, ne voulant plus de surintendant ni de premier ministre, lui accorda la commission de contrôleurgénéral des finances. Son premier soin fut de mettre
l’ordre et l’économie dans cette administration. Il poursuivit avec la dernière rigueur les traitans,qui, abusant de la faiblesse de Fouquet et de l’indulgence de Mazarin, avaient gagné d’immenses fortunes par leurs exactions et leurs friponneries; il les jeta dans les prisons, leur fit payer des taxes. Une remise de trois millions fut faite sur les tailles. Le peuple, vengé de riches fripons, soulagé d’impôts, favorisé dans son commerce, commença à respirer plus à l’aise. Colbert régla tout là où il n’y avait avant lui que vol et confusion. Il diminua les gages, fit cesser les gains, bannit le trafic des emplois , répartit justement les impôts. L’intérêt de l’argent fut réduit, une caisse d’emprunt remplaça l’usure. Tout fut examiné et ordonné avec un soin consciencieux et une haute intelligence. Rien ne le fit dévier de son but, et il y marcha avec une sagesse et un courage qu’on ne saurait trop admirer. Il rétablit la fortune de l’État, et fournit à Louis XIV les moyens de parler en maître à l’Europe et de faire de son siècle un grand siècle. Il eut, en 1664, la charge de surintendant des bâtimens, arts et manufactures du royaume; et, en 1669, le roi lui donna celle de secrétaire d’État et y ajouta le département de la marine. Colbert voulait que tout concourût
à la splendeur du règne de Louis XIV, les arts , les lettres, les sciences et le commerce; il voulait que les palmes de la paix se joignissent aux lauriers de la guerre dans la main de son roi. 11 fonda l’académie des Inscriptions et Médailles en i663, trois ans plus tard celle des Sciences, et celle d’ Architecture en 1671 ; il réorganisa l’académie de Peinture et de Sculpture, et établit l’école de Rome. Persuadé que le siècle d’Auguste avait dû son éclat aux grands hommes que cet empereur encourageait de sa protection , il fit rayonner autour du trône les gens de mérite dans tous les genres. Nul ne se dérobait à sa vigilance ; il attirait jusqu’aux étrangers; il savait distribuer à prospos les pensions et les récompenses. Colbert présida à la construction du palais de Versailles, et prêta souvent les conseils de son goût et de son expérience aux génies de Mansard, du cavalier Bernin, de Perrault et de Le Nôtre. Il fit bâtir l’Observatoire, les Invalides, augmenta le jardin des Plantes et la bibliothèque du Roi. Il embellit Paris par des quais , des places, des boulevarts, des arcs de triomphe, la colonnade du Louvre et le jardin des Tuileries. Colbert, pour renfermer l’argent dans le royaume, introduisit en France ces industries dont elle était
obligée auparavant d’aller payer les productions à l’étranger. 11 établit une foule de riches manufactures, parmi lesquelles celle des Gobelins a le premier rang. Nous rivalisâmes avec les fabriques les plus renommées des autres pays, pour les glaces, les toiles, les dentelles, les laines, les draps, la soie, etc. Le commerce prit une extension extraordinaire; pour aider le transport de ses produits, il fit réparer les anciennes routes, en ouvrit de nouvelles, et construisit le canal du Languedoc, qui joint les deux mers. Enfin par tous les moyens il essaya de faire fleurir le commerce, et F honora jusqu’à permettre aux gentilshommes de l’exercer sans déroger. Par ses avis Louis XIV avança des sommes considérables aux deux compagnies des Indes; des colonies se formèrent à Cayenne et à Madagascar; les anciennes furent réunies au domaine de la couronne. Colbert, aussi jaloux de donner de la splendeur à la marine qu’il l’avait été d’accroître le commerce et de protéger les arts, fit construire de nombreux vaisseaux et bâtir des arsenaux maritimes à Brest, à Toulon , à Marseille, à Rochefort : l’instruction fut plus soignée; les marins furent classés, et l’avancement eut lieu régulièrement. C’est à Colbert qu’on doit encore l’Ordon-
nance de la marine, le Code Marchand et le Code
Noir. En 1679, ayant suivi Louis XFV dans les Pays- Bas, il y fut très-malade, et ne dut sa guérison qu’au quinquina, remède jusqu’alors presque inconnu, que lui administra un médecin anglais. Colbert montra beaucoup de tolérance envers les protestans,et s’opposa toute sa vie à la révocation de l’édit de Nantes. Malgré tous les services que Colbert avait rendus à Louis XIV , Louvois /commença bientôt à prendre tout l’empire sur l’esprit de ce monarque. Colbert, que la jalousie de Louvois chagrinait, et dont les travaux avaient usé la santé, tomba extrêmement malade. Ses derniers momens furent consacrés à la religion, qu’il avait pratiquée pendant sa vie (1) ; Bourdaloue l’assista, et il mourut le 6 septembre i 683 , âgé de soixantetrois ans, dit d’Auvigny. Le peuple, qui le haïssait malgré ce qu’il avait fait pour lui, voulut troubler ses funérailles pelles n’eurent lieu que la nuit, et des soldats accompagnèrent son corps jusqu’à Saint- Eustache, où Girardon fut chargé de lui élever un magnifique monument. C’est un bonheur pour la France d’avoir produit Colbert, c’est une gloire
(i) Chaque jour il lisait quelques chapitres de la Bible , et récitait son bréviaire, même dans le temps de ses plus pressantes occupations.
pour Louis XIV de l’avoir si bien apprécié. Il fut un des plus grands ministres qui aient existé, et à sa mort on vit pâlir l’éclat qui jusque là avait environné le trône de Louis. La gloire de Colbert est d’avoir voulu non-seulement la grandeur du monarque, mais aussi la prospérité nationale.
Colbert, élu membre de l’Académie française, fut dispensé de prononcer un discours de réception suivant l’usage. Les affaires publiques servirent d’excuse à cette exception : quelques auteurs ont semblé penser que son manque d’instruction en
fut le véritable motif.
Voici le portrait que l’abbé de Choisy trace de Colbert :
« Jean-Baptiste Colbert avait le visage naturelle-
» ment renfrogné : ses yeux creux, ses sourcils épais
» et noirs, lui faisaient une mine austère, et lui
» rendaient le premier abord sauvage et négatif;
» mais, dans la suite, en l’apprivoisant, on le trou-
» vait assez facile, expéditif et d’une sûreté inébran-
» labié. Il était persuadé que la bonne foi dans les
» affaires en est le fondement solide. Une applicar
» tion infinie et un désir insatiable d’apprendre lui
» tenaient lieu de science Esprit solide, mais
» pesant, né principalement pour les calculs, il déiv. 4
» brouilla tous les embarras que les surintendans » et les trésoriers de l’épargne avaient mis exprès » dans les affaires pour y pêcher en eau trouble , » ne fit plus que deux chapitres, l’un des revenus » du roi, et l’autre de sa dépense. »
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LE MÊME
( Peint sur bois par Mignard. )
MADAME DE SEVIGNE.
Marie de Rabutin , marquise de Sévigné , fille de Celse-Bénigne de Rabutin, baron de Chantal, et de Marie de Coulanges, naquit à Bourbiliy, près Semur, en Bourgogne, le 5 février 1626 . Privée de son père dès sa plus tendre enfance, elle fut élevée par les soins de sa mère, sous la tutelle de son aïeul maternel le marquis de Coulanges. L’étude développa de bonne heure ses dispositions naturelles; Ménage et Chapelain furent ses maîtres. L’élégante politesse de la cour acheva de former son esprit et son goût. Une physionomie vive et enjouée, des yeux briilans, une belle taille, une fraîcheur éblouissante, de beaux cheveux blonds et une dot considérable, attirèrent sur ses traces plusieurs seigneurs de la cour, qui demandèrent
sa main : elle fut donnée au marquis de Sévigne
en 1 644* Leyr union ne fut ni longue ni heureuse. Le marquis, étourdi, galant, emporté, fut tué en duel, en i 65 i, par le chevalier d’Albret. Restée veuve à l’âge de vingt-cinq ans , elle s’occupa d’abord à réparer les désordres que les folles dépenses de son mari avaient introduits dans sa fortune. L’éducation et l’établissement de son fils et de sa fille devinrent ensuite l’objet de toute sa sollicitude, et la détournèrent de la pensée d’un nouveau lien. La jeunesse orageuse de son fils, qui était captivé par Ninon de Lenclos, l’affligea souvent : elle parvint enfin à lui faire épouser la fille d’un conseiller au Parlement, qui lui apporta soixante mille livres de rente. Quant à sa fille, qu’elle aimait si tendrement, elle la maria à M. de Grignan, lieutenant-général, qui commandait en Provence. Madame de Grignan quitta sa mère, en 1671, pour rejoindre son mari dans son gouvernement; et c’est alors que commença cette correspondance qui a immortalisé l’esprit et le cœur de madame de Sévigné. Sa plume, inépuisable comme sa tendresse, s’occupait sans cesse de sa fille; mais ce n’était pas encore assez pour elle , et le désir de se retrouver avec elle lui fit faire plusieurs voyages en Provence. Le dernier eut lieu en 1694. L’année
suivante, elle vit toutes les magnificences champêtres de la noce du marquis , son petit-fils , colonel à dix-huit ans; au mois de décembre de la même année, elle assista au mariage de cette charmante Pauline (i), fille de madame de Grignan, avec M. de Simiane. Mais la satisfaction qu’elle éprouva de ce double mariage fut altérée par les alarmes que lui causa la langueur de sa fille ; elle se donna tant de peine pour la soigner, que sa propre santé, qui jusque là s’était conservée assez pure, assez fraîche pour que Coulanges lui donnât à cinquante ans le nom de mère-beauté , commença à se détériorer. Elle tomba malade, et une fièvre, suivie d’une petite-vérole maligne, l’emporta en 1696. Elle était dans sa soixante-dixième année.
Nous avons plusieurs portraits de madame de Sévigné : tous s’accordent à rendre une justice solennelle aux grâces de son esprit et au mérite de ses lettres, qui sont un ouvrage enchanteur. Soit qu’elle se livre au doux épanchement de son âme, soit qu’elle nous parle de la cour de Louis XIV, quelle rende compte du jugement de Fouquet, qu’elle retrace la magnificence de Chantilly, la mort héroï-comique de Vatel, la représentation
(1) C’est elle que madame de Sévigné appelait ses petites entrailles .
d’Estherà Saint-Cyr; soit qu’elle décrive le deuil qui couvrit la France à la mort de Turenne, telle est la magie de son style, que tantôt elle associe toute la nature à sa tendresse, tantôt elle nous transporte au milieu du grand siècle, et fait revivre sous nos yeux ses merveilles, ses désastres, ses prospérités ( i). « C’est dommage, dit Voltaire dans » son Siècle de Louis XIV , qu’elle manque de goût, » qu’elle ne sache pas rendre justice à Racine, » qu’elle égale l’oraison funèbre de Turenne, pro- » noncée par Mascaron , au grand chef-d’œuvre de » Fléchier (2). » Thomas, dans son Essai sur les mœurs et V esprit des femmes , la juge avec moins de sévérité; il termine ainsi son éloge : « S’il y » avait un être qui ignorât ce que c’est que la sen- » sibilité, il faudrait, pour lui donner une idée de » cette espèce de sens qu’il n’a pas, lui lire les let- » très de madame de Sévigné. » Quant à son caractère, on sait qu’elle était dévote et janséniste, et
(1) Madame de Sévigné étudiait Tacite, et cette main délicate et légère, qui savait décrire avec des expressions si vives et si durables les scandales passagers de la cour, saisissait les crayons de l’éloquence et de l’histoire pour honorer la vertu de Turenne. ( Discours de M. Villemain.)
(2) « 11 en coûte, dit M. le vicomte de Ségur, de rappeler que, par esprit » de parti , madame de Sévigné donna l’avantage à Pradoa sur Hacine. » Elle entraîna dans son injustice madame Deshouliéres , qui se permit un » sonnet injurieux contre Phèdre. »
pourtant accessible quelquefois à la vanité. Je ne citerai point ici l’auteur des Amours des Gaules : il avait adressé à madame de Sévigné des vœux qui furent dédaignés, et le dépit est toujours sus* pect. 11 est vrai qu’elle raconte avec une orgueilleuse complaisance que Louis XIV lui a parlé à la représentation d’Estlier à Saint-Cyr, et surtout qu’il a dansé avec elle. Elle était si satisfaite de cette faveur, qu’elle dit à Bussy-Rabutin , son cousin : « 11 faut avouer que le roi a de grandes quali- » tés ; je crois qu’il obscurcira la gloire de tous ses » prédécesseurs. — On ne peut pas en douter, ré- » pliqua Bussy, après ce qu’il vient de faire pour » vous. » Mais ces petites faiblesses, qu’elle ne prend meme pas le soin de déguiser dans sa correspondance, s’expliquent aisément par le magique enivrement qu’un roi jeune et brillant communiquait à une cour magnifique et galante, et par les hommages dont madame de Sévigné se voyait sans cesse entourée. Elle était, par l’éclat de son esprit, et de sa beauté, le premier ornement du cercle de la duchesse de Montausier, si connu sous le nom de l’Hôtel de Rambouillet (i); et le prince de Conti, le
(1) C’était le rendez-vous de tous tes beaux-esprits du temps. C’est là aussi que les petits poètes allaient lire leurs petits vers , et te babil papil-
comte de Lude, le somptueux Fouquet, le sage Turenne, briguèrent ses bonnes grâces; elle ne leur accorda que son estime et son amitié. Ménage lui-même ne fut pas insensible aux charmes de sa belle écolière. Elle le traitait comme un amant sans conséquence, ce dont le savant n’était pas fort charmé. Un jour elle lui dit : « Mettez-vous dans » mon carrosse : si vous me fâchez, je vous irai » voir chez vous. »
Il existe un très-beau portrait de madame de Sévigné aux Rochers : on en voit aussi un autre dans le château de Bussy, en Bourgogne, près de Semur. C’est là que Bussy -Rabutin s’était retiré pendant son exil, et qu’il s’est occupé, pour distraire ses ennuis, à faire peindre sur les boiseries des sujets
loté de ce petit Parnasse était devenu un objet de critique tant sur la scène que dans les journaux du temps. Parmi les pièces qui furent alors publiées pour tourner en ridicule le langage de l’hôtel de Rambouillet , nous avons remarqué cette lettre du cavalier Courtois à mademoiselle Rudesse. '
« Mademoiselle ,
» Je viens offrir un escadron de services à l'armée de vos mérites. Les » escopettes de votre beauté ont brûlé le pourpoint de mon âme. Les ca- » nonnades de vos dédains ont brisé les os de mes prétentions. Les trou- * pes de votre rigueur ont fait d’étranges dégâts dans les terres de ma fidé- 9 lité. Elles ont défoncé les tonneaux de mon espoir et bu tout le vin de > ma patience. Ah ! permettez que le maître-d’hôtel de votre bonté fasse » du feu dans la chambre de votre cœur, pour y réchauffer les pieds de 9 mes désirs morfondus. »
divers , avec des devises qui faisaient allusion à ses aventures , et don t la plupart étaient des épigrammes contre les femmes de la cour. On remarque aussi , dans ce vieux château, la famille de Louis XIV peinte, dit-on, par Le Brun. Il ne reste dans celui de Bourbilly qu’un ancien portrait de madame de Chantal , en religieuse. Madame de Sévigné s’était aussi une fois habillée en religieuse pour un bal de la cour. Boursault, auteur du Mercure galant , lui adressa à cette occasion les vers suivans :
Il suffit de la voir, aussitôt on l’adore ;
Tout s’embellit de ses appas.
Les fleurs à son aspect , la prenant pour l’Aurore, S’épanouissent sous ses pas.
Son regard adoucit le cœur le plus farouche ;
Voir Sévigné , c’est voir le ciel.
L’éloquence en riant s’écoule de sa bouche ,
Ainsi qu’un pur rayon de miel.
Un soir que Sévigné , sous une simple guimpe ,
Parut à la cour de Louis ,
On crut que la beauté descendait de l’Olympe Pour se changer en fleurs de lis A son aspect , l’Amour, bénissant son étoile ,
Sourit de voir sa mère , et soudain l’aborda ;
Mais Sévigné, qu’Amour toujours épouvanta ,
Sur ses beaux yeux laissa tomber son^voile ,
Et l’Amour étonné crut alors voir Vesta.
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