‹ Le chateau d'euChapitre 8 sur 87 · MADAME DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

MADAME DE GRIGNAN

Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan, fille de Henri, marquis de Sévigné, et de Marie de Rabutin, naquit en 1646.

Élevée par les soins de la plus tendre des mères et de la femme dont le cœur avait le plus d’esprit, elle ne tarda pas à justifier les espérances que ma * dame de Sévigné avait conçues de son mérite , de ses vertus et de ses grâces. Elle avait vingt ans lorsqu’elle fut présentée à la cour, et l’éclat de ses charmes fut admiré dans plusieurs ballets qui furent dansés devant Louis XIV. L r ambition plus que l’amour parut présider à son mariage : elle épousa,

en 1667, François Adhémar de Monteil, comte de Grignan, lieutenant-général des armées du roi et gouverneur de Provence, qui était âgé de trenteneuf ans, déjà veuf deux fois et père de deux filles qu’il avait eues de sa première femme.

Quinze mois après son mariage, le service du roi appela M. de Grignan en Provence, où il commanda long-temps en l’absence du duc de Vendôme. Sa femme ne tarda pas à l’y rejoindre (i). Madame de Sévigné eut le cœur déchiré par cette séparation ; et, pour charmer sa douleur, elle entreprit, avec sa fille, cette correspondance de tous les jours, qui , écrite au hasard, et destinée d’abord à l’intimité, est devenue l’objet de l’admiration publique, et l’un des monumens les plus élégans de notre litté-

rature. Les lettres trompent un moment l’absence; mais, à la longue, elles ne font que rendre plus vif le besoin de se revoir : aussi la fille et la mère se rapprochaient-elles par de fréquens voyages; et l’on a calculé que, depuis le mariage de madame de Grignan jusqu’à la mort de madame de Sévigné, c’est-à-dire pendant vingt-sept années, elles n’ont pas été séparées, en tout, l’espace de sept ans. Cependant leurs caractères semblaient ne pas s’accorder en tous points. Madame de Sévigné, vive, enjouée, était très -affectueuse; sa fille avait aussi

(1) Quelques personnes ont paru croire que Louis XIV avait jeté les yeux sur elle, et que sa vertueuse résistance avait été la cause principale de sa retraite de la cour; mais ces assertions ne sont pas établies sur des témoignages assez authentiques.

beaucoup d’esprit, mais elle était grave, froide et souvent triste (i). Cette différence, qui tenait peutêtre à leur position respective, ne mêla d’ailleurs que des nuages passagers, inaperçus, à leur inaltérable union ; jamais une mère n’aima plus tendrement une fille plus digne d’être aimée.

Madame de Grignan ne survécut pas au chagrin d’avoir perdu son fils en 1704, et l’année 1705 la vit descendre au tombeau. Elle mourut à Marseille.

(1) Elle ne manquait pas non plus d’orgueil. Lorsqu’elle maria son fils , pour raccommoder sa fortune délabrée , elle dit au sujet de la mésalliance : « Il faut bien quelquefois fumer ses terres. »

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