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LE CARDINAL DE FLEURY

André-Hercule de Fleury, ancien évêque de Fréjus, précepteur de Louis XV, cardinal, ministre d’État, un des quarante de l’Académie Française, fils de Jean de Fleury, écuyer, seigneur de Die et de Diane de La Treille de Fosières; né à Lodève, le 22 juin i653; mort à Issy, près Paris, le 29 janvier 1743.

Après avoir fait d’excellentes études au collège de Clermont, Fleury, embrassa de bonne heure l’état ecclésiastique. A l’àge de quinze ans, il fut pourvu d’un canonicat. Aumônier de la reine Marie-Thérèse , il devint, après la mort de cette princesse, aumônier de Louis XIV, par le crédit d’amis puissans, qu’il dut à son mérite et à ses aimables qualités. Nommé, le I er novembre 1698,^1 l’évê-

clié de Fréjus, il rendit les plus grands services à

son diocèse, et s'y fit aimer et respecter pendant

les dix-sept ans qu’il occupa ce siège épiscopal. 11 paraissait fort loin de pressentir son élévation future lorsqu’il écrivait de Fréjus, en 1707, à la maréchale de Noailles : « Je connais depuis long-temps » toutes vos bontés pour moi, et combien vous êtes

» vive sur les intérêts de ceux que vous honorez » de votre amitié; mais il y a de certaines étoiles » qu’on ne saurait vaincre; la mienne est de ce » nombre. Aussi n’y songé-je point, et il vaut » mieux s’épargner des mouvemens. »

Chargé , en 1715 , par le testament de Louis XIV, de l’éducation de Louis XV, Fleury vint à la cour, où il montra tant de modestie, de convenance et d’adresse, qu’il parvint à se concilier la confiance de Villeroy, gouverneur de Louis XV, l’estime du régent et l’affection de son élève. 11 recueillit bientôt les fruits de cette conduite prudente. En 1721 , le régent le proposa pour l’archevêché de Reims; Fieury refusa respectueusement, par modestie peutêtre, ou plutôt par crainte d’être relégué à Reims après l’éducation du roi. Cependant , pour ne pas déplaire au duc d’Orléans, il accepta l’abbaye de Saint-Étienne de Caen , qui rapportait soixante mille livres. Lors de Farrestation du maréchal de Villeroy, par les ordres du régent, rattachement

de Louis XV pour Fleury se manifesta d’une manière très-remarquable. Le précepteur s’était éloi-

gné; il revint, et le jeune roi, qui n’avait cessé de pleurer depuis son départ, plein de joie de son retour, essuya ses larmes et oublia l’exil de son gouverneur. A la mort du régent, le 2 décembre 1723, Fleury détermine Louis XV à choisir pour premier ministre M. le duc de Bourbon, plus connu sous le nom de M . le duc . Il pouvait facilement alors se saisir du pouvoir; on s’y attendait à la cour; ses amis l’y poussèrent; mais lui, plus sage ou plus adroit, aima mieux déposer la puissance dans les mains d’un prince dont l’inhabileté lui était connue, jusqu’à ce qu’il eût préparé les esprits à son élévation.

M. le duc cherche d’abord à se soustraire à l’influence du précepteur ; mais Fleury l’accoutume insensiblement à ne rien faire sans le consulter; bientôt il lui insinue qu’il doit se décharger du poids des affaires spirituelles sur un homme revêtu d’un caractère ecclésiastique, et il enlève la feuille des bénéfices à madame la marquise de Prie , maîtresse du premier ministre. Enfin , le 11 juin 1726, M. le duc est brusquement exilé, et toute l’autorité passe dans les mains du précepteur. Mais, peu jaloux des apparences du pouvoir, il iv. 24

refuse le titre de premier ministre ; et il fut aussi puissant que Richelieu et Mazarin.

Fleury avait soixante-treize ans lorsqu’il prit les rênes de l’État.

Le premier acte de son ministère , c’est l’exil de la marquise de Prie et des frères Paris, qui avaient eu toute la confiance de M. le duc. Il se popularise en supprimant le cinquantième , impôt établi par son prédécesseur sur tous les biens du royaume; il fixe la valeur des monnaies, il diminue les tailles. Par des mesures sages, il dispose favorablement les souverains étrangers; il calme les justes ressentimens de la cour d’Espagne au sujet du renvoi de l’infante et du mariage de Louis XV avec Marie Leczinska. En un mot, sans adopter un nouveau système de gouvernement, il fait d’utiles réformes, des améliorations très- importantes, en introduisant, dans toutes les branches de l’administration, l’ordre et l’économie.

La pensée dominante du ministère de Fleury fut le maintien ou le rétablissement de la paix , nonseulement dans le royaume , mais chez les peuples voisins. Il fut le conciliateur des rois, de peur d’être compromis dans leurs querelles. Pendant dix-sept ans il gouverna la France, sinon comme

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