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un génie élevé qui crée et exécute de grandes choses, mais comme un ministre prudent qui voit les maux de l’État et qui veut les réparer lentement et sans secousse par le commerce et les arts que la paix fait prospérer. Son ministère ne fut pas brillant; il fut tranquille, si l’on excepte les guerres de 1733 et de 1741? où il fut entraîné par la force des événemens; le dernier mois de son administration fut aussi calme que le premier. Souvent il employa avec succès les ressources de son esprit essentiellement conciliateur, mais quelquefois son amour pour la paix fut poussé jusqu’au fanatisme. En 1733, la guerre était résolue, le roi la voulait, l’honneur de la France y était intéressé; il s’agissait de soutenir les droits au trône de Pologne de Stanislas, beau-père de Louis XV. On agitait en conseil les opérations de la guerre. Le cardinal résistait toujours; il n’avait pas, disait-il, épuisé la voie des négociations; il ne fallait pas encore attaquer; enfin, obligé de céder à une volonté supérieure, il imagina un moyen terme qui peint bien son caractère : il proposa de bombarder Luxembourg; parce que, selon lui, bombarder n’était pas attaquer, c’était seulement faire une espèce d’affront à l’empereur pour venger le roi Stanislas.
il avait été promu au cardinalat le 1 1 septem-
Fleury avait un caractère doux et aimable. Ses manières étaient pleines de noblesse et de grâce. Il joignait au courage qu’il faut pour refuser cette politesse affectueuse qui sait adoucir un refus. Il avait un désintéressement antique; au faîte de la puissance , il ne changea rien à l’existence simple et modeste qu’il avait toujours menée. Et, chose bien rare! il parvint à se faire pardonner son élévation. On lui reproche d’avoir beaucoup trop protégé les financiers, qu’il soutint dans la crainte d’entreprendre des réformes que son âge ne lui laisserait pas le temps d’accomplir. Dans ce cas, comme dans d’autres, il sacrifia l'avenir au présent. 11 montra de l’imprévoyance en négligeant la marine; sa confiance dans Horace Waipole, ambassadeur d’Angleterre et frère du ministre Robert Waipole, lui fit croire à une paix constante avec les Anglais. Ce fut une faute grave qui eut plus tard des conséquences désastreuses. Économe par nature, il oublia quelquefois qu’il était ministre du roi de France , et qu’il est des dépenses nécessaires à la gloire et à l’honneur d’un grand peuple. Fleury souffrait volontiers qu’on le plaisantât sur une éco-
nomie souvent assez forte pour mériter un autre nom. Le duc de Noailles, qui avait sous ses ordres la ménagerie , placée alors dans le grand parc de Versailles, écrivit au cardinal, le i 4 mai 1732 : « J’ai » l’honneur de vous annoncer, Monseigneur, que » le lion de la ménagerie vient de mourir; je le re- » grette beaucoup, parce qu’il tenait le premier » rang dans les cours, et que c’est un animal difïi- » cile à remplacer; mais, d’un autre côté, je me » console avec votre éminence, quand je songe » qu’il lui fallait sept à huit livres de viande par » jour pour son ordinaire. »
Voici la réponse de Fleury : « Le roi a fait une pe- » tite exclamation en apprenant la mort du pauvre » lion. Mais il n’a pas laissé de porter cette nouvelle » avec courage. Son ordinaire était un peu fort, et » ne laisse pas de tenir son coin dans la consolation. » Sa veuve doit être bien affligée ; il sera difficile » de la remarier ; mais au moins elle n’héritera » pas de la pension de son mari , à moins que ce » ne soit la coutume d’Afrique. »
Le cardinal Fleury mourut à quatre-vingt-dix ans. Sa succession ne monta pas en capital à dix mille écus. Cette honorable pauvreté est le plus grand éloge que l’on puisse faire du désintéresse-
ment et de la bienfaisance d’un ministre qui avait été si long-temps investi de la confiance et de l’autorité de Louis X V.
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