DUC D’ORLEANS
(En pied.)
Louis, duc d’Orléans^ fils de Philippe, duc d’Orléans, régent, et de Françoise-Marie de Bourbon, naquit à Versailles, le 4 août 1703; il fut baptisé le 3 juillet 1710, dans la chapelle du château de Versailles, par le cardinal de Janson, grand-aumônier de France, et tenu sur les fonts par le duc de Bourgogne et par Madame, duchesse douairière d’Orléans. Il prit séance au Parlement le 1 2 août
1717, entra au conseil de régence le 3 o janvier
1 7 1 8 , et le lendemain au conseil de la guerre. Il fut nommé successivement gouverneur du Dauphiné, grand-maître des ordres de Notre-Dame du Mont- Carmel et de Saint-Lazare, et colonel-général de l’infanterie française. Il représenta au sacre du roi le duc de Normandie.
11 succéda au duc d’Orléans, son père , le 2 décembre 1723. Le roi, par déclaration du 6 janvier 1724, lui accorda une maison, en qualité de premier prince du sang, composée de deux cent soixante-six officiers. Il fut chargé, en 1725, des pouvoirs du roi pour épouser la reine Marie Leczinska au nom de sa majesté (1). Ce fut à cette époque qu’il donna à Louis XV une fête magnifique à Villers-Cotterets. Toute la suite de sa majesté y fut traitée splendidement, et même la foule des curieux qui y accoururent.
Au mois de décembre 1730, ce prince, qui aimait le repos , et n’avait voulu prendre aucune part aux affaires depuis la mort du régent de France, son père, remit au roi, de son propre mouvement, la démission de la charge de colonel-général de l’infanterie, et cette charge fut supprimée. Louis d’Orléans avait eu pour précepteur l’abbé Mongault, homme de beaucoup d’esprit et d’érudition, théologien et pensant librement sur les matières de religion. Cependant il s’était attaché à inspirer à son élève les sentimens d’une profonde piété. Ces sentimens s’exaltèrent dans son âme par l’impres-
(1) Père Anselme.
sion que lui causa la mort subite du régent, son pèrey et par le chagrin qu’il eut de perdre sa femme, Marie-Jeanne de Baden-Baden, qui fut enlevée à la fleur de son âge; il se détermina à quitter le monde, et il choisit l’abbaye de Sainte-Geneviève pour retraite. Là il vivait tranquille , occupé uniquement de bonnes œuvres , d’études et d’exercices de pénitence. Il n’en sortit qu’une seule fois, en 1744? pour aller visiter le roi à Metz pendant sa maladie. Personne n’avait encore osé apprendre à Louis XV le danger où il se trouvait : on se réunit autour du duc d’Orléans pour le supplier de remplir cette mission délicate, et que l’on croyait dans les intérêts de l’État et de la religion. Le prince se rendit à Metz. Lorsqu’il se présenta à la porte de l’appartement du roi, le duc de Richelieu, gentilhomme de la chambre de service, lui en refusa l’entrée. Justement indigné , le duc d’Orléans, mêlant les menaces aux propos les plus vifs, enfonça d’un coup de pied le battant de la porte, et entra.... Il eut avec Louis XV un entretien particulier , à la suite duquel le roi, exhorté par l’évêque de Soissons, se fit administrer les secours de la religion.
Le duc d’Orléans était très-savant : outre l’histoire, les sciences physiques et la peinture, il en-
tendait lechaldéen, l’hébreu, le syriaque, le grec, et se piquait de connaissances profondes en théologie. Il a laissé en manuscrits des traductions et des commentaires de l’Écriture sainte et plusieurs ouvrages de controverse. Ce genre d’occupations singulières et la tournure qu’elles donnaient à son esprit mêlaient quelque chose de bizarre à la dignité qu’il eut toujours dans ses manières, quelque profonde que fût sa retraite. .
La reine, en apprenant la mort de ce prince, dit : a C’est un bienheureux qui laissera après lui » beaucoup de malheureux! » — « Eu effet, ce qui » doit rendre son souvenir à jamais précieux fut » sa charité immense. De quelque âge, de quelque » condition que fussent les malheureux, ils étaient » assurés de trouver de la compassion dans le cœur » de ce prince , et une ressource dans ses libéra - » lités. Lorqu’il ne pouvait les renvoyer tous sav tisfaits , son cœur leur accordait ce que la néces- » sité l’obligeait de refuser. Quoiqu’il ait répandu » des sommes immenses dans le royaume et dans » les pays étrangers; quoiqu’il n’eût souvent mis » d’autres bornes à ses libéralités que celles des » besoins du peuple, néanmoins il acquitta les » dettes accumulées de sa maison , rétablit ses fi-
» nances épuisées, augmenta considérablement ses » domaines, et laissa en mourant des monumens » éternels de son zèle pour le bien public (i). » Louis d’Orléans mourut à Sainte-Geneviève, le 4 février 1752 (2). Il légua sa bibliothèque et son cabinet de médailles à cette abbaye, qui forme aujourd’hui le collège de Henri IV, où ses arrièrepetits-fils suivent le cours de leurs études, et jouissent des bienfaits de l’éducation publique.
(1 ) Vie de Marie Leczinska.
(2) « Ce prioce était janséniste autant que la simplicité de son âme et de » sa foi lui permettait de l'être. Il mourut entouré de jansénistes opinià- » très. Le curé de Saint-Étienne mit de l’orgueil à venir le disputer à ses » anciens confrères ; rien ne l’intimida , il parla au premier prince du sang » comme il aurait fait à un recteur de l’université ; et , le trouvant indo- » cile*, il lui refusa la communion. Le prince endura tout avec la patience » et la sérénité d’un chrétien , se fît administrer par son aumônier, et défen- » dit que l’on fit poursuivre le frère Brouettin. Celui-ci se désespérait de » n’être point dénoncé pour un fait aussi audacieux. »
(Btgne de Louis XIV , par M. Ch. Lacretelle.)
3 U bis .
LE MÊME
3 U ter .
LE MÊME
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