ABBESSE DE CHELLES
Louise- Adélaïde d’Orléans, mademoiselle de Chartres, fille de Philippe, duc d’Orléans (régent), et de Françoise -Marie de Bourbon, naquit le i 3 août 1697.
Mademoiselle de Chartres était douée de toutes les grâces et de toutes leà qualités qui peuvent captiver les regards et le cœur. Elle avait de beaux yeux, de belles dents, des mains éclatantes de blancheur, un teint d’une fraîcheur admirable, une taille enchanteresse; elle dansait bien, chantait encore mieux; et, ne bornant pas ses goûts aux frivoles occupations des femmes, elle cherchait des distractions dans de plus vifs exercices. Elle aimait les chevaux , les chiens, la chasse , les armes
à feu. On n'aurait jamais pu croire qu’avec un pareil caractère cette princesse songeât à se retirer clans un couvent. Son imagination brûlante s’était exaltée pour les charmes de la vie claustrale ; en vain le régent, son père, qui l’aimait beaucoup, employa-t-il, pour la dissuader, et sa propre influence et celle du cardinal de Noailles. Un soir, elle se jeta aux genoux de la duchesse d’Orléans, sa mère, pour lui demander la permission d’aller faire ses dévotions à Chelles. Elle partit le lendemain à sept heures du matin , et elle renvoya le carrosse tout de suite, avec une lettre où elle prenait congé de sa famille, en déclarant quelle ne sortirait plus de ce couvent. Elle prononça ses vœux en présence de sa mère et de mademoiselle de Valois, sa sœur, et ne se montra jamais plus gaie que ce jour-là. Devenue abbesse de Chelles, elle prit le nom de sœur Batilde. Les exercices religieux n’occupaient point tous ses momens, et elle avait conservé dans le cloître quelques-uns des goûts qu’elle avait dans le monde. Elle se livra à l’étude de la chimie, de l’anatomie, de l’histoire naturelle. Elle composa un livre de dévotion, et elle écrivit des lettres qu’elle soussignait quelquefois épouse de Jésus-Christ. «Elle s’amusait aussi avec de la poudre,
» faisait des fusées , des feux d’artifice , avait urne » paire de pistolets, et tirait au blanc tant qu’elle pouvait. »
Vers l’année 1731 , elle se démit de la dignité d’abbesse de Chelles, et se retira à la Madeleine- Tresnel, où fut élevée depuis madame la duchesse de Bourbon , sa petite-nièce. C’est là que lui furent adressés ces vers que nous avons copiés manuscrits dans les œuvres de Racine fils :
« Plaisirs , beauté , jeunesse , honneur, gloire, puissance ,
• Ambitieux espoir que permet la naissance ,
» Tout aux pieds de l’agneau fut par elle immolé.
» Elle s’immole encor dans sa retraite même. ' r:r » Assise au premier rang, son cœur en est troublé.
» De ce rang descendue , au seul objet qu’elle aime » En silence attachée , elle embrasse sa croix ,
» Victime par l’amour devant Dieu consumée ,
» Vierge qui jour et nuit tient sa lampe allumée ,
» En attendant l’époux dont elle avait fait choix.
» Dans notre siècle impie, éclatantes merveilles!
» Les princes sont changés en humbles pénitens ,
» Et voilà par quels coups , Dieu puissant , tu réveilles,
» Même en ces derniers jours , la foi des premiers temps. »
Elle mourut dans cette retraite, le 9 février 1 743,
dans sa quarante-cinquième année. Le père Rai-
nard composa l’épitaphe suivante pour mettre sur
le tombeau de cette illustre religieuse :
« Ci gît qui « renonçant à la grandeur suprême ,
» Et portant jusqu’au ciel ses vœux et son amour,
» Préféra pour son Dieu le voile au diadème ;
• » Qui , sacrifiant tour à tour
t Et dignités du cloître et pompes de la cour, > Au fond de ce désert qu’habite l’innocence , » N’eut un esprit que pour la vérité ,
» Un coeur que pour la charité ,
• Un corps que pour la pénitence. >
31 6 bis .
LA MÊME
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CHARLOTTEAGLAÉ D’ORLÉANS,