MADEMOISELLE DE VALOIS
DUCHESSE DE MODENE.
( En pied. )
Charlotte - Aglaé d’Orléans , mademoiselle de Valois, fille de Philippe, duc d’Orléans (régent), et de Françoise-Marie de Bourbon , naquit le 22 octobre 1700.
Mademoiselle de Valois avait de très-beaux yeux, le regard fin et spirituel, une belle peau , une jolie bouche, le nez un peu trop long. Elle était grande et bien faite, mais elle se tenait mal, ne marchait pas avec grâce. Indolente et paresseuse , et négligée dans ses attitudes et dans ses manières, elle avait pourtant le désir de plaire : elle avait du goût pour la parure, et aimait a entendre dire qu’elle était belle.
François-Marie d’Est, duc de Modène, la de-
manda en mariage , et le régent la lui accorda. Mademoiselle de Valois, qui n’avait pas été, dit-on, insensible aux hommages du jeune duc de Richelieu, avait rejeté cette union; mais, à la nouvelle que Richelieu, compromis dans la conspiration de Cellamare, avait été mis à la Bastille, et que le duc d’Orléans avait dit : « J’ai entre les mains des pièces » assez fortes pour faire couper au duc de Richelieu » quatre têtes s’il les avait, » elle s’était jetée aux genoux du régent, et lui avait promis d’épouser le duc de Modène s’il voulait lui permettre d’aller consoler le captif dans sa prison et lui rendre la liberté. Mademoiselle de Valois paya de sa main et de son exil cette preuve d’arnour. Lorsqu’elle se rappelait la destinée de sa tante, la grande-duchesse de Toscane, qui n’avait pu rester à Florence (i) , elle craignait l’Italie et pleurait. La grande-duchesse disait à cette occasion : « Je ne veux pas la voir » avant son départ : je tremble que toutes les sot-
» tises que fera ma nièce ne fassent dire à tout le » monde : « A.h ! voilà les instructions que lui a don- » nées sa tante, la grande-duchesse ! voilà son se- » cond tome! »
Elle ajoutait : « Du temps de la régence de la (1) Voir la notice n. 210.
» reine-mère, lorsqu’on mena M. le prince et son » frère M. le prince de Conti à la Bastille, on leur » demanda quel livre ils désiraient pour s’amuser. » Le prince de Conti demanda X Imitation de Jésus- » Christ . M. le Prince dit qu’il voulait limitation du » duc de Beaufort (ce duc était sorti de la Bastille). » Je crois que la princesse demanderait volontiers » V imitation de la grande-duchesse. » Le due de Modène lui envoya une magnifique parure avec son portrait : le régent lui donna aussi de très-beaux bijoux; le roi lui fit présent d’un collier de quatorze gros brillans, dont chacun était séparé de l’autre par une perle de la plus belle eau ; mais ces joyaux ne la rendaient pas moins triste. Son mariage avec le duc de Modène fut célébré le lundi 1 2 février ; et le jeudi elle partit pour l’Italie, le désespoir dans le cœur et les yeux remplis de larmes (1).
Le duc de Modène l’accueillit avec empressement; mais la princesse, encore dominée par ses souvenirs : « N’allez pas, dit-elle, vous aviser d’étre
(1) « Le 12 mars 1721 , dit la princesse Charlotte de Bavière , duchesse » d’Orléans , mon fils m’a amené sa fille pour qu’elle me dit adieu. Elle » n’était pas en état d’articuler un seul mot, tant elle pleurait! Elle n’a pu » que prendre mes mains , les baiser, et les serrer dans les siennes. Elle joi- » gnait les siennes comme une personne au désespoir. Mon fils l’a rame- » née de force; il se faisait violence autant qu’à elle. »
» amoureux de votre femme : cela me donnerait un » ridicule en France ! » Sa pensée était constamment tournée vers sa patrie. Elle passait des journées entières à se promener dans ses appartemens, et s’écriait à chaque instant : « Ah ! que je m’ennuie » ici ! que je m’ennuie! »
S’il faut en croire les Mémoires du duc de Richelieu, ce galant seigneur vint quelquefois sous divers déguisemens consoler ses chagrins. Elle fit ellemême quelques voyages en France. Elle se trouvait au Te Deum que Louis XV fit chanter à Lille après
la prise de Menin, en 1744* « Trois princesses du » sang, dont les maris, les frères, les enfans ou les » gendres, combattaient en des lieux différens pour » le roi, faisaient l’ornement singulier de cette cé- » rémonie. La duchesse de Modène avait accompa- » gné en Flandre son neveu, le duc de Chartres, et » le duc de Penthièvre, qui allait devenir son gen- » dre, pendant que le duc de Modène, sou époux, » était à la tête des Espagnols, en Italie. La du- » chesse de Chartres avait suivi son mari; et la » princesse de Conti, dont le fils était alors sur les » Alpes, et dont la fille avait épousé le duc de Char- » très, était venue avec les deux princesses (1). »
(1) Vie privée de Ix>uis XV.
La duchesse de Modène profita de la leçon de la grande-duchesse de Toscane, qui lui avait dit : « Mon enfant, faites comme moi : ayez un ou deux » enfans, et tachez de revenir en France. Il n’y a » que ce pays-là de bon pour nous.» Elle vintfinir ses jours à Paris, dont la société lui plaisait plus que la représentation de sa petite cour : elle mourut en 1761.
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