MARÉCHAL DE FRANCE
Jean-Baptiste Budes, comte de Guébriant, maréchal de France, lieutenant-général des armées du roi en Allemagne, et gouverneur d'Auxonne, naquit au château du Plessis-Budes , en Bretagne , le i février 1602, de Charles Budes , seigneur et baron du Hirel et de Sacé , et d'Anne Budes , dame de Quatrevaux.
Guébriant acquit une des plus grandes renommées militaires de son époque. Possédé de l'ambition de la gloire et du désir d'être utile à son pays, il suivit, dès sa première jeunesse, la carrière des* armes. Il commença à servir en Hollande. Revenu en France, il combattit contre les huguenots et reçut, au siège de Vigon , une blessure grave à la joue. Il était capitaine en i63o dans le régiment du Piémont, et en i632 dans celui des gardes du roi. Il
donna en Allemagne, dans diverses affaires, les preuves de la bravoure la plus éclataute , et en fut récompensé par le titre de maréchal de camp en i636. Il rendit les plus grands services au duc de Saxe- Weimar, allié de la France, sous les ordres duquel il était; il défit, en^38, les Impériaux devant Brisach, et contribua beaucoup à la prise de cette forte place- L'année d'après, il enleva plusieurs villes dans la Franche-Comté. Le duc de Weimar mourut; le commandement passa à Banier, qui agit si mal avec Guébriant qu'il le força de se séparer de lui. Mais Guébriant, apprenant ensuite qu'il était dans la position la plus périlleuse, pressé de tous côtés par un ennemi supérieur en forces, accourut à son aide et le délivra du danger. Banier fut si profondément pénétré de cette conduite généreuse, qu'il reconnut ses torts et légua, en mourant, ses armes à Guébriant, comme l'avait déjà fait le duc de Weimar. Guébriant se vit alors à la tête de l'armée, et remporta les victoires deWolfenbuttel et de Clopenstal. En 1642, il gagna la bataille de Kempen près de Cologne; les deux généraux ennemis, Lamboi et Mercy, furent faits prisonniers, puis menés au château de Vincennes.
Guébriant poursuivit le cours de ses succès, •
s'empara d'Ordingen , de Nuits, de plusieurs autres places, et reçut, pour prix de ses services, le bâton de maréchal de France, que Louis XIII lui envoya de Narbonne le 3o mars 16^1 , non point par succession, pour remplir une place vacante, mais par érection nouvelle, pour honorer ses grandes actions. . 4
En 1 643 , le maréchal de Guébriant passa le Rhin , entra en Souabe, et vint assiéger Rolhweil. Il travaillait lui-même aux batteries pour les hâter et pour exciter les soldats par son exemple. Pendant qu'il faisait faire brèche pour l'assaut et qu'il regardait par un gabion qui n'était pas rempli , il fut atteint d'un coup de fauconneau qui lui cassa le bras droit à la jointure du coude. Les assiégés se rendirent, et il se fit porter dans-la place, oubliant son danger et donnant tous les ordres nécessaires. Après avoir été amputé trop bas par l'ignorance des chirurgiens, il mourut de sa blessure le 24 novembre. Sa perte fut un deuil général pour toute l'armée; les Allemands le regrettèrent autant que les Français. Son corps' fu^apporté à Paris; le roi et la reine régente lui firent faire de solennelles funérailles; on l'inhuma dans la cathédrale de Notre- Dame. Son cœur fut déposé aux Incurables.
Guébriant ne laissa point d'enfans de Renée Du liée qu'il avait épousée en i63a.
Le Laboureur, qui a écrit sa vie, le compare à Duguesclin. Dès son enfance, au collège, il annonça ce qu'il devait être par l'impétuosité de son caractère et la générosité de son courage, se mêlant à toutes les querelles, commandant à ses camarades, et servant de champion aux plus faibles. Dans sa jeunesse, il aima les duels, le jeu et la débauche, mais l'âge le corrigea de ces défauts. Guébriant avait une très-belle taille et une figure fort agréable. Il joignait à ses hautes qualités militaires le goût des sciences qu'il cultivait avec succès. Il connaissait parfaitement le latin, et traduisait Quinté-Curce dans ses heures de loisir. Il était spirituel et éloquent. Extrêmement modeste, il ne cherchait jamais à faire valoir ses actions ou son mérite. Il ne possédait qu'une petite terre en Bretagne comme le cadet de sa maison ; il se faisait honneur de cette pauvreté. A.mi de la paix et de la vertu, il eût préféré un repos acquis avec gloire à toutes les dignités de la cour.