HENRI D£ MESMES II
(Peint par Philippe de Champaigue.)
Henri de Mesmes II, fils de Jean-Jacques II du nom, et d'Antoinette deGrossaine; conseiller d'État en 1608; lieutenant civil en 161 3; député aux étatsgénéraux en 161 4 (ï), et à l'assemblée des notables en 161 7; président à morlier en 1627; marié en premières noces, le 2 juin 162 1 , à Jeanne de Montluc, veuve de Charles d'Amboise, marquis de Renel
(1) Dans toutes les diètes tenues par nos rois sous le nom d'assemblées du champ de mars, du champ de mai, de parlement, d'états-généraux , un sentiment d'indépendance nationale cherchait à se manifester. On ne peut consulter nos annales historiques sans assister à la lutte constante, opiniâtre et quelquefois hardie, des divers ordres du royaume contre les vices de l'administration ou les envahissemens du pouvoir. Depuis 1301, sous Philippe-le-Bel , il y en a eu des exemples remarquables, notamment sous Charles-le-Bel; sous Philippe VI ; pendant la captivité du roi Jean; dans les élats de 1614. Il est très-curieux de lire, spécialement pour cette dernière époque (dans l'Histoire des états-généraux, édition de La Haye, 1788), les discours du lieutenant-général de Xaintes; de Savaron, lieutenant-général de Clermont ; de Miron , président du tiers-état , à la clôture des rlals-généraux, le 23 février 1615.
et de Bussy; et, en secondes noces, le 3o décembre 163g, à Marie Desfossés, veuve de Gilles de Saint-Gelais, marquis de Lansac.
Le cardinal de Retz présente le président de Mesmes a comme un homme de capacité, mais » attaché jusqu'à la servitude à la cour, et par l'am- » bition qui le dévorait et par sa timidité excessive.» Cependant il ne peut s'empêcher de rendre une justice éclatante à l'éloquente exclamation du président, dans la séance du 19 février 1649? lorsque le prince de Conti proposa de laisser entrer au Parlement l'envoyé de l'archiduc. « Est-il possible, » s'écria de Mesmes en s'adressant au prince de » Conti, qu'un prince du sang de France propose » de donner séance sur les fleurs de lis au plus cruel » ennemi des fleurs de lis? » L'apostrophe était en effet pathétique et violente, et elle aurait peut-être réussi, si le président, emporté par son zèle, n'eût ajouté : « Quoi, monsieur! vous refusez l'entrée au » héraut de votre roi sous le prétexte le plus fri- » vole ; et... » C'était là que le coadjuteur l'attendait : il lui coupe la parole et lui dit gravement : « Vous » me permettrez, monsieur, de ne pas traiter de » frivoles des motifs qui ont été consacrés par un » arrêt » A ces mots, la cohue du Parlement, ainsi
Gondi appelle-t-il les chambres des requêtes, la cohue jette un cri d'approbation, et l'envoyé espagnol est introduit.
Le président de Mesmes travailla avec influence à l'accommodement de Ruel, dont les principaux articles étaient l'engagement du Parlement d'aller à Saint-Germain , où le roi tiendrait son lit de justice, et une espérance que donna la régente de ramener le monarque à Paris. Il avait dit à Mazarin, qui s'était ouvert à lui de ses craintes : « Il faut que nous » payions de nos personnes pour sauver l'État; il » faut que nous signions la paix. Si nous sommes » désavoués, on nous fera notre procès. N'importe, » je signerai tout contre les factieux, et je vais de » ce pas dire au premier président que c'est mon » sentiment et l'unique expédient pour sauver le » royaume. » Ces généreux sentimens trouvèrent un accès facile dans l'âme courageuse de Molé, et le traité fut signé le n mars 1649. Les frondeurs éclatèrent en reproches et en menaces ; la populace , ameutée dans les cours du palais, demandait la tête du président du Parlement; le cardinal de Retz se donne les honneurs d'avoir sauvé le premier président Molé; mais il ne tremblait pas celui qui répondit froidement à un forcené qui lui appuyait un
pistolet sur le visage : « Quand vous m'aurez tué, » il ne me faudra que six pieds de terre ! » Le duc de Beaufort protégea la marche du président de Mesmes.
L'année 1 65o vit mourir ce magistrat et son frère , le comte d'Àvaux, « deux hommes, dit madame de » Motteville, d'un mérite extraordinaire, que Ton » ne pouvait assez regretter. L'un était habile dans » les négociations, et fut employé dans les plus )> belles ambassades (i); l'autre était un magistrat » qui administrait la justice avec la plus grande in- » tégrité. »
(1) Le comte d'Avaux a laissé une relation de son ambassade en Suède. 11 eut l'honneur de la présenter au roi; elle existe manuscrite dans la bibliothèque du roi, au Palais-Royal.