DUCHESSE DE LORRAINE
Cette princesse, nommée sur quelques monnaies Louise - M ar guérite j était fille de Charles, comte d'Apremont-Nanteuil, seigneur de Chémery, et de Marie-Françoise de Coucy. Elle naquit en i65a, et n'avait que treize ans lorsqu'elle fut amenée à Nancy par sa mère, qui venait poursuivre auprès de Charles IV, duc de Lorraine , l'échange de la terre d'Estréval contre le comté d'Apremont. Les réclamations de la comtesse demeurant sans résultat, elle s'adressa à la dame de La Haye, confidente des amours et des intrigues du duc; cette femme, jalouse d'une demoiselle de La Croisette, maîtresse de Charles fV, employa tous ses soins pour faire naître dans le cœur du prince de l'inclination pour la jeune Marie d'Apremont : elle y
réussit par-delà ses souhaits, et Charles, résolu à Tépouser, fit préparer ses noces pour la prochaine fête de Saint-Charles , son patron, au 4 novembre i665. Il fit dresser le contrat de mariage dans son cabinet, sans assistance d'aucun prince, d'aucun conseil ni d'aucun ministre. Le père et la mère devaient amener Marie-Louise le même soir; mais le duc, craignant que l'on ne trouvât ridicule un mariage contracté entre un prince de soixante-deux ans et une jeune fille de treize, donna l'ordre à son suisse de ne laisser entrer personne. Le comte et la comtesse d'Àpremont furent, comme on le croira facilement, très-surpris de la consigne; ils voulurent forcer la porte. A ce bruit, le duc parut, et, pressé de tenir sa parole, il épousa mademoiselle d'Apremont, en présence d'un seul chanoine, dans la chambre de son argentier. 11 ne déclara son mariage que quinze jours plus tard : et sa nouvelle épouse fit au milieu de la nuit, et sans appareil, son entrée à Nancy.
Le gouverneur de la ville eut ordre de la recevoir et de lui présenter les clefs; on brûla quelques fagots devant les maisons des bourgeois; l'on tira quel- (mes coups de canon , et la princesse de Lislebonne , avec ce qu'elle put réunir de dames, vint la recevoir
seulement dans l'antichambre de son appartement.
Cette réception nocturne et mesquine contraste .avec l'éclatant accueil qu'avait reçu , en i5i6, dans la même ville, la duchesse Renée de Bourbon, épouse d'Antoine, duc de Lorraine. Voici ce qu'on lit dans les Preuves de V Histoire de Lorraine :
« Nancy, toute l'Église premier, portant le cuisis seau M. Sainct-Georges, allîreut au-devant hors » des portes Sainct-Nicolas, tous les*petits clercs » en serpelis blancs, à chacun une verge en la main , » au bout ung escusson les armes de Lorraine ; après » toute la seigneurie, après les enfans de Nancy en » nombre de six cents, les ungs vestus de blanc, » grands plumaiges sur leur teste; les autres vestus » de noir, et tous portant armes; les ungs espées » nues, les autres piques, les autres hallebardes,
* avec six ou sept gros tabourins, tous allirent au- » devant jusque près de ladite laixoo , excepté ceulx » de l'Église en quelle restoit le souffragant, et sept » ou huit abbés portant la crousse avec tous chaw noynes, et autres prestres, ceulx des boullewarts » à grands coups^d'artilleries à puissances tiroient. » Ladite dame venante près de la porte, le souftra-
* gant meist hors le cuyssal M. Sainct-Georges, et » le donna à baiser a madame.
» Les chantres estaient près de ladite porte sur » un eschaflau, vestus de deux couleurs pers (bleus) » et vertes, lesquels en présence de toute la no v » blesse, dames et demoiselles : toute l'artillerie » cessit; là feirent la venue à madame; ce que par » après s'ensuit; Te premier commença et dict :
« Très-haute souveraine princesse, » De Lorraine et de Bar duchesse, »^Bien soyez venue à Nancy.
» Dame de Vaudémont comtesse,
• Ensemble toute la noblesse , » De bon cœur vous saliie aussy.
» Dame triomphante, magnifique, » Vaisseau rempli de prudence,
• De Bourbon, maison autenticque, » Issiie de couronne de France; » De nos cœurs vous faisons offrance :
• Combien que soyons gens pers verts, » Et pour vousîfaire obéyssance, » Tous nos trésors vous sont ouverts.
• Sy gros Lorrains parlons par vers, » Tenant forme de rétoricque ,
• Loyaulx sommes , et non par-vers , » QuUne nous point treffort en picque » Dame, nostre voulloir s'applicque » A vous servir sans nul travers, » Et pour descouvrir la musique, » Tous nos trésors vous sont ouverts.
• Princesse , s'il vous plaist , ouyrez , » lcy présent vostre noblesse,
• La chanson ; puis vous marcherez.