CARDINAL ET DUC DE LORRAINE
Nicolas-François de Lorraine, dit François IIL duc de Lorraine et de Bar, troisième fils de François II , duc de Lorraine et de Bar, et de Catherine, comtesse df Salm , né le 6 décembre 1609, fut élevé dans l'université de Pont-à-Mousson , où il fit toutes ses études sous les pères Jésuites. Il dédia des thèses au pape Urbain VIII, qui l'en félicita par un bref honorable. Il prit possession de ^pôché de Toul en 1625, et fut créé cardinal, en 1627, par Urbain VIII.
Lorsque Louis XIII s'avança contre la Lorraine avec des troupes pour demander compte au duc Charles IV du mariage de la princesse Marguerite avec Gaston de France, duc d'Orléans, le cardinal Nicolas-François se rendit auprès du roi, afin de le
détourner de son entreprise. Étant à Dormans, il envoie un homme à lui vers le cardinal de Richelieu, qui fait dire que « monsieur le cardinal de » Lorraine peut s'épargner la fatigue de venir plus » avant; que S. M. sera bientôt à Dormans, et que » là il pourra lui faire son compliment. » Mais le cardinal de Lorraine passe outre , et , le 20 août 1 633 , il reçoit audience de Louis XIII; le lendemain, il a une entrevue avec Richelieu; mais il ne peut rien obtenir du monarque ni de son premier ministre. L'armée française, marche sur Kancy. Charles IV signe à Ëpinal, le 16 août i633, une démission entière de ses duchés de Lorraine et de Bar, en faveur du cardinal Nicolas-François; et ce prélat fait un nouveau voyage et de nouvelles tentatives auprès de Louis XIII et de Richelieu. Il rencontre le roi à une lieue de Pont-à-Mousson, et lui dit en l'abordant : « Sire, depuis que j'ai quitté votre majesté à » Saint-Dizier, j'ai si bien couru que j'ai attrapé » deùx duchés. »
A cette même époque, il fit sortir de Nancy, dans sa voiture, la princesse Marguerite de Lorraine, habillée en homme (1). Elle rejoignit Gaston son époux, fit avec lui une entrée solennelle à Namur,
(1) Voir la notice de Marguerite de Lorraine .
et de là se rendit à Bruxelles, où elle fut reçue par Ti niante Isabelle et par la reine Marie de Médicis.
11 conclut, au nom de son frère Charles, le traité de Charmes, avec le cardinal de Richelieu, qui, séduit par l'idée de voir sa nièce (mademoiselle de Combalet) duchesse de Lorraine , la proposa en mariage au prince François, et demanda le duché de Bar et cent mille écus de rente héréditaire pour la nouvelle épouse. De son côté, François demandait le rétablissement entier de la maison de Lorraine, et la restitution des places données en dépôt au roi de France. Les négociations traînaient en longueur. Sur ces entrefaites, le duc Charles IV, fatigué des injurieux procédés de la cour de France, fit une seconde renonciation pure et simple entre les mains du cardinal Nicolas-François son frère : cet acte est daté de Mirecour, 19 janvier i634- Richelieu, en recevant la lettre qui le lui notifiait, s'écria : « Fran- » çois, cardinal, duc de Lorraine'.... cette qualité se » prend pour tromper le roi ; mais on ne donnera » pas dans le panneau.» 11 semblait pressentir qu'une des conséquences de cet arrangement serait le mariage du nouveau duc avec la princesse Claude , sa cousine germaine. En effet, ce prince, pour affermir ses droits, quitta l'état ecclésiastique, et se hâta
d'épouser la princesse Claude. Louis XIII, offensé de celte brusque union , espérant d'ailleurs que le mariage n'était pas encore légalement conclu, obligea le duc à retourner à Nancy. Vingt compagnies de cavalerie française y entrèrent le lendemain pour l'y arrêter ; mais on arriva trop tard : on trouva les deux époux dans le lit nuptial. Quelques jours après , trompant la vigilance de la garde qu'on leur avait donnée, ils sortirent tous deux de la ville, déguisés en villageois; se rendirent d'abord à Besançon , puis à Milan, où le cardinal-infant leur fit une réception toute royale.
Charles IV ayant repris le gouvernement de ses États, le duc François fit un voyage à Rome, où le pape Urbain VIII l'accueillit avec la plus haute distinction ; de la il se rendit à Naples , où le vice-roi « lui fit présent de quatre beaux chevaux d'Italie, » entre lesquels il y avait une haquenée qui de son » amble allait aussi vite que la poste. »
Pendant ces voyages, Mazarin négociait auprès
de Louis XIII le rétablissement du duc François
dans ses États; mais, cette négociation n'ayant pas
eu de succès , le duc et son épouse restèrent trois
ans à Florence. Ils partirent de cette ville pour se
rendre à Munich; de là à Vienne, en Autriche. III. 9
En 1639, le duc François, par la médiation de l'impératrice douairière, sa tante, obtint de l'Espagne une pension de vingt mille écus par an. Elle lui était devenue bien nécessaire.
Le duc Charles IV ne fit rien pour son frère : cette rigueur, et la perte de la princesse Claude , morte à Vienne en 1648, décidèrent Nicolas-François à se retirer à Pont-à-Mousson , où il s'abandonna à la tristesse et à ses inquiétudes sur l'avenir de ses enfans. Il reprit l'état ecclésiastique et posséda l'abbaye de Senones, jusqu'en 1668. Sa dernière maladie ne fut pas longue, et l'on rapporte que, sentant sa fin prochaine, il envoya son confesseur auprès de Charles , son frère , pour l'avertir qu'il ne tarderait pas lui-même à le suivre au tombeau. 11 expira le 20 janvier 1670; le duc Charles IV, par un remords tardif, lui fit faire des funérailles dignes de son rang.
« C'était un prince d'une taille avantageuse , d'un . » accueil affable, doux, civil, sage, prudent, savant, » d'un esprit délicat, adroit de sa personne en toutes » sortes d'exercices (1). »
(1) Histoire de Lorraine. ,