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DUCHESSE DE LORRAINE ET DE BAR

Claude-Françoise de Lorraine, duchesse de Lorraine et de Bar, fille de Henri, duc de Lorraine et de Bar, et de Marguerite de Gonzague de Mantoue, sa seconde femme, naquit le i5 octobre 161a.

Lorsque le duc Charles IV se démit de ses États en faveur du cardinal Nicolas-François son frère, il lui conseilla d'épouser Claude, sa cousine germaine,. dont l'alliance affermirait sur sa tête les droits de la maison de Lorraine. Louis XIII, disposé à s'emparer de ce duché , envoya le maréchal de La Force pour investir Lunéville, où le duc Nicolas- François s'était retiré avec la princesse Claude. Le duc, alarmé de l'arrivée des troupes françaises, pressa sa cousine de l'épouser. Claude avait de l'estime et de l'affection pour le prince, mais les dis-

penses nécessaires causaient un grand obstacle. On mande deux chanoines réguliers de l'abbaye de Saint-Remy de Lunéville; on leur montre le danger auquel la Lorraine serait exposée si le roi de France faisait enlever la princesse Claude. On parle de se passer de la dispense du pape. Les religieux demandent du temps pour consulter les canonistes. Deux heures après, ils répondirent que le duc, en qualité d'évêque diocésain de Toul, se pouvait dispenser lui-même :

« 11 est avec le ciel des accommodemens. »

Le prieur de Saint-Remy donna alors sa bénédiction nuptiale aux deux époux , le 18 février 1634. Mais la princesse se retira dans ses appartenons, d'où elle ne voulait pas sortir avant d'avoir reçu les dispenses de Rome : voyant toutefois <jue sà délicatesse pourrait devenir fatale à l'avenir de.k maison de Lorraine, elle se déroba la nuit à ses stirveillans , et alla trouver le prince son époux. Celui-ci , qui avait sans doute la conscience fort délicate, eut à son tour quelques scrupules ; il se fit apporter dans sa chambre les auteurs qui décidaient là qUestibtï, et, après en âvoir fait un long et grave exàmeri, il vint se remettre dans le lit nuptial, et l'avenir

de la maison de Lorraine cessa d'être compromis (i).

Le roi, voyant son espoir déçu, obligea le duc François à se rendre à Nancy, pour y attendre ses ordres; mais le duc, instruit que le premier de ces ordres était de l'arrêter, songea à se sauver avec son épouse. Le premier ami, dès qu'on ouvrit les portes de la ville, la duchesse, déguisée en pauvre femme de village, portant une hotte de fumier sur le dos, sortit conduite par son mari. Une paysanne, qui venait des champs à la ville, les reconnut et le dit à un soldat de la garde qu'elle connaissait; çe soldat le redit à son officier qui n'en fit que rire, « croyant que c'était Je poisson daoril que pçtte » paysanne donnait au soldat. Cependant le comte de Brassée, gouverneur de la ville, se rendit luimême dans la chambre du duc, ouvrit les rideaux du lit, et, n'y trouvant personne, fit courir sur les traces des illustres fugitifs; mais on les poursuivit sur la route de Bruxelles, tandis qu'ils avaient pris celle de Besançon , où ils arrivèrent en vingt-quatre heures. La princesse eut une peine incroyable a supporter les fatigues de cette journée; un gentil-

(1) Le fait est raconté à peu près de la même manière dans les Mémoires de Richelieu, tome vm.

homme, monté en croupe sur son cheval, fut obligé de la soutenir pendant toute la route.

« La princesse avait perdu une jarretière de soie » à la dernière barrière; cette jarretière fut ra* » massée'et reconnue par un bourgeois de Nancy; » sur quoi on composa ces vers :

« Quiconque tous soyez sous ces habits champêtres , » Bel couple d'ouvriers, faites-nous bientôt naître

» Quelque chose de doux.

» La vigne où vous allez travailler par ensemble, » Cultivez-la si bien que le fruit vous ressemble

» Et soit digne de vous (1). »

Elle accompagna son mari en Italie, resta avec lui trois années à Florence , et de là vint à Vienne, en Autriche, où elle mit au jour deux, princes et deux princesses. Sa dernière couche hii coûta la vie: elle mourut dans cette ville, le i août 1648. C'était une princesse sage et vertueuse, bonne et charitable , et dont l'âme savait s'élever au-dessus du malheur. Elle aimait tendrement son époux et ses enfans. Sa piété la conduisait souvent dans le couvent des carmélites de Vienne; elle y pratiquait les exercices les plus humilians du cloître; elle lavait elle-même les écuelles à la cuisine (2). « Son » corps , embaumé et mis dans le cercueil, fut ex- Ci) Don Calroel.

(2) Lettres et mémoires du temps.

» posé, couvert d'un drap d'or, sous un dais de » velours noir, dans une des salles du palais de » l'impératrice, tendue de deuil, avec les marques » d'honneur dues à son rang. Toute la cour et pres- » que toute la ville alla lui jeter de l'eau bénite; » de là il fut porté par six gentilshommes de l'em- » pereur dans l'église des Carmélites, où il fut mis » en dépôt (i). »

(1) Don Calmet.

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