ABBESSE DE MONTMARTRE
Cm M.
Francoise-Renée de Lorraine , abbesse de Monlmartre, fille de Charles, duc de Guise, et de Henriette-Catherine de Joyeuse, naquit le 10 janvier 1621. « Elle est célèbre par le beau traité signM! » sa grille et avorté aussitôt après, qui donnait la » Lorraine au roi, et substituait la couronne à la » maison de Lorraine après les princes du sang, et » avec le même rang : ce qui produisit tant de va- » carme et fit dire par le chancelier Séguier au roi, » qui il ne pouvait faire des princes du sang qu'avec » la reine (1). »
C'est le marquis de Lionne, ministre de Louis XIV ,
(!) Mémoires de Dangeau, publiés par M. Lemonley.
\A mol rappelle celui de la duchesse d'Orléans-Conli à sou épOUX : - .I»' » vaux bien mieux que vous, car vous ne pouvez pas faire des princes sans - moi, et moi
qui avait formé le projet d'enlever à la maison de Lorraine les États dont le duc Charles IV jouissait. Il profita .du mécontentement que ce prince témoigna du mariage de son neveu Charles, fils du duc Nicolas- François, avec mademoiselle de Nemours, pour le pousser à conclure ce traité avec le roi; il fit naître lui-même plusieurs obstacles à cette union; il opposa à cette héritière de la maison de Vendôme mademoiselle de Montpensier, dont Charles IV eût préféré la main pour son neveu; enfin il sut mêler avec tant d'art dans ses intrigues l'adresse, la séduction et même la menace, le duc de Lorraine, malgré les instances et la protestation du duc Nicolas-François et de son fils (i), se rendit le 6 février 1662 à Montmartre, et que là, en présence du duc de Guise, qui avait pris fort à cœur ce projet, et de l'abbesse de Montmartre, sa sœur, il signa ce fameux traité dont voici les principaux articles : « Ledit sieur duc a cédé et transporté à S. M. la propriété de ses États et duchés de Lorraine et de Bar, leurs dépendances et annexes, pour en jouir après son décès en tout droit de souveraineté, pour être uni et incorporé
(1) Voir cette protestation dans l'histoire de Lorraine par don Catmet, qui donne beaucoup de détails sur ce traité de Montmartre.
à la couronne de France, à jamais et aux conditions suivantes : ledit sieur duc jouira sa vie durant desdits duchés de Lorraine et de Bar, en tout djroit de souveraineté, à. la manière qu'il aurait fait (Hi pu faire avant le présent traité; et, en considération de cette concession, S. M. déclare dès à présent tous les princes de la maison de Lorraine habiles et capables de succéder à sa couronne, les agrégeant à sa famille royale et les adoptant à cet effet; veut qu'ils y soient appelés selon leur rang de mâle en mâle après l'auguste maison de Bourbon ; qu'ils marchent devant tous les princes issus de maisons souveraines étrangères, ou enfans naturels des rois et leurs descendans , et jouissent des privilèges et prérogatives des princes de son sang; à condition néanmoins que, dans les lieux où les pairs du royaume ont rang et séance en qualité de pairs, les princes de ladite maison de Lorraine ne s'y pourront trouver en plus grand nombre que quatre, selon l'ordre et le rang de leur aînesse, pour y prendre leur rang comme lesdits princes du sang. » Les princes français , le duc de Vendôme, le prince de Courtenay, les ducs et pairs, tous ceux qui se croyaient blessés dans leurs intérêts ou^ans leur dignité par les honneurs
accordés aux princes lorrains, firent des représentations au roi; le Parlement, de son côté, fit des remontrances; Louis XIV se rendit au sein de cette assemblée, escorté de quatre mille hommes armés, et fit enregistrer militairement le traité.
L'abbesse de Montmartre mourut le 4 décembre 1682 : a Après sa mort et celle de mademoiselle de » Guise sa sœur, il ne resta plus de mâle ni de fe- » melle de la branche de Guise, et il est à remarquer » qu'encore que les quatre premiers ducs de ce nom » aient eu chacun beaucoup de fils, toute leur pos- » térité s'est éteinte à cette époque , hormis celle de » René de Lorraine, duc d'Elbeuf, huitième fils de » Claude, premier duc de Guise. »