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HENRI DE LORRAINE

COMTE D'HAHCOUKT.

Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, second fils de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, et de Marguérite de Chabot, naquit le 10 mars 1601. Son éducation fut toute dirigée vers les armes, et de bonne heure il signala son courage à la bataille de Prague, où il accompagna Charles IV, duc de Lorraine. Il devint un grand capitaine , et les sièges de Sain t-Jean-d' Angely, de Montauban , de La Rochelle , l'attaque du Pas-de-Suze, en 1629, la journée de Quiers, en 1639 (1), et le siège de Turin (2), firent

(1) On raconte que le général espagnol , qui venait de se laisser battre avec vingt mille hommes par d'Harcourt , fit dire à ce général que, s'il était . roi de France, il lui ferait couper la tête pour avoir hasardé une bataille cootre une armée beaucoup plus forte que la sienne. « Et moi, répondit

» d'Harcourt, si j'étais roi d'Espagne, je ferais couper la tète au général » espagnol pour s'être laissé battre par une armée beaucoup plus faible que > la sienne. •

(2) Les François manquaient de vivres : on proposa à d'Harcourt une

éclater sa vaillance et son habileté. Louis XIII, pour le récompenser, lui accorda le collier de ses ordres et la charge de grand-écuyer. En i643, il fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire en Angleterre , où se manifestaient les symptômes de la révolution qui conduisit Charles I à l'échafaud ; sa mission n'eut aucune influence. Nommé vice-roi de Catalogne en i645, il se distingua par plusieurs avantages remportés sur les Espagnols, soit à la bataille de Llorens, soit à Balaguier, dont il s'empara; mais il fut moins heureux à Lérida (i). a On » espérait, dit madame de Motteville, qu'on chan- » terait un Te Deum à Notre-Dame ; mais le marquis » de Léganès fit lever le siège à ce prince de Lor-

» raine, qui , de sa personne, y fit des merveilles

» Il fut blâmé de tout le monde , tant il est aisé de » perdre ce peu de fumée qui coûte si cher! » Le siège de Cambrai , qu'il crut devoir lever sans l'ordre du roi, deux ans plus tard, lui attira des reproches de la part du cardinal Mazarin , qui avait compté sur

, trêve : il répondit que, « quand ses chevaux auraient mangé toute l'herbe • qui était autour de Turin, et que ses soldats auraient mangé lous les » chevaux de son armée, il lèverait le siège. • C'est à l'occasion de cette campagne que Jean de Wert disait qu'il aimerait miçux être d'Harcourt qu'empereur.

(1) Si quelque chose put consoler d'Harcourt, c'est que l'année suivante (en 1647) Condé éprouva le même revers devant la même place.

l'expédition de Flandre pour anéantir les forces espagnoles. Cependant ce général, dans les troubles de la régence, embrassa d'abord avec chaleur le parti de la cour. Envoyé par Anne d'Autriche pour se saisir de la ville de Rouen , qui servait de boulevart aux intrigues du duc de Longueville, le Parlement endormit sa vigilance; et, trompé par d'artificieuses négociations, il fut contraint à se retirer, laissant la ville de Rouen sous la domination des frondeurs (i). Lorsque les princes furent transférés de leur prison de Marcoussy au Hàvre-de-Grâce, ce fut le comte d'Harcourt qui fut chargé de les escorter, et ce fut à cAc occasion que le prince de Condé, que sa gaîté n'abandonnait jamais, fit cette chanson si connue :

« Cet homme gros et court

» Si fameux dans l'histoire ,

• Ce grand comte d'Harcourt

» Tout rayonnant de gloire, » Qui secourut Casai et qui reprit Turio, » Est maintenant recors de Jules Mazarin. •

Ce couplet opéra dans le comte d'Harcourt une telle révolution , qu'il résigna tout-à-coup son commandement, et quitta les couleurs de Mazarin. Cependant, quelque temps après, il rentra en grâce

(1) Mémoires de madame de Motteville, tome v.

auprès du roi , qui lui donna le gouvernement de l'Anjou, où il se retira. Il mourut subitement dans l'abbaye deRoyaumont,lea5 juillet 1666. On l'avait surnommé Cadet-la-Perle , parce qu'il était le cadet de la maison de Lorraine-Elbeuf, et que, dans le partage des biens de sa famille, il n'avait eu pour sa part qu'une perle précieuse qu'il portait à l'oreille. Il fut le chef de la maison de Lorraine-Harcourt- Armagnac. Il avait épousé, en 1629, une proche parente de Richelieu, Marguerite dg Cambout. Le cardinal contribua de ses deniers à la dépense d'un ballet qui fut dansé pour ce mariage à Saint-Germain et à Paris. L'évêque de^fchartres, nommé par le pape pour travailler à la réformation des mœurs des évêques, régla l'ordonnance de cette fête au Palais-Cardinal, et obtint le suffrage de la cour. « Le » comte d'Harcourt, dit Perrault (1), a été un des » plus braves et des plus heureux capitaines qu'il y » ait jamais eu. La victoire le suivait partout , et , hors » le siège de Lérida, où il n'eut pas de l'avantage, il » sortit toujours supérieur de tous les combats où il » se trouva. 11 était généreux, intrépide , et aussi bon » à ses soldats que terrible à ses ennemis. »

(1) Vies des hommes illustres du siècle de Louis XIV.

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