ROI DE FRANCE
( En habits royaux. )
Louis XIV, roi de France et de Navarre, fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, naquit le 5 septembre i638.
Sa minorité, sous la régence d'Anne d'Autriche, fut marquée par les victoires du prince de Condé, du vicomte de Turenne , du comte d'Harcourt , en Flandre, en Allemagne, en Espagne; mais, tandis que nos armées étaient victorieuses au dehors, des intrigues de cour et la haine qu'inspirait Mazarin occasionèrent en France cette guerre sanglante et burlesque qu'on appela la Fronde.
Louis XIV se fit sacrer à Reims le 7 juin i654 (r).
(1) Celte cérémonie avait été fliéeau 3t mai. Les médailles qui furent jetées au peuple avaient été frappées avec cette daté : ce qui a trompé quelques historiens. (Père Anselme.)
Paré de toutes les grâces de la jeunesse, ce prince commençait à être inquiet de son cœur. Une nièce de Mazarin, Marie Mancini, plus coquette que jolie, s'était promis cette conquête; mais la reine Anne d'Autriche songeait à donner à son fils pour épouse une princesse de Savoie. Déjà même l'entrevue avait eu lieu à Lyon, lorsque les conférences de l'île des Faisans s'entamèrent. Marie Mancini , obligée de quitter la cour, dit à Louis : « Vous » pleurez, vous êtes roi, et je pars! » La princesse Marguerite de Savoie retourna à Turin , et la fille de Philippe IV, roi d'Espagne , Marie-Thérèse d'Autriche, monta sur le trône de France, le 4 juin 1660. *
Ce mariage fut le dernier acte de la puissance de Mazarin. Dès que ce ministre eut fermé les yeux, Louis XIV s'élança au timon des affaires avec une sorte d'impatience. Lorsque Harlai de Chanvalon vint lui demander à qui il s'adresserait désormais pour les affaires, il répondit : « A moi. » Et la dissolution du parlement, en habit de chasse et le fouet à la main, révéla le monarque qui dirait un jour : « l'État, c'est moi! »
Il avait fait ses premières armes sous le maréchal Fabert, et la gloire avait pour lui des charmes.
La succession de Philippe IV éleva la guerre en Ire la France et l'Espagne , et Louis XIV, à la tête de ses troupes, se promena en vainqueur dans la Flandre, fit en un mois la conquête de la Franche- Comté, et dicta le traité d'Aix - la -Chapelle, le i mai 1668.
Les Hollandais, effrayés de la rapidité des victoires du monarque français, avaient déterminé l'Angleterre et la Suède à signer contre lui le traité de la triple alliance; mais ce prince, à son tour, par l'affectueuse intervention de Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, frère du roi Charles II, détermina le monarque anglais à s'unir avec lui contre la Hollande; et le passage du Rhin (12 avril 1672) fut le premier acte des hostilités et le plus brillant exploit de cette campagne.
Le traité de Nimègue, en 1679, termina une guerre où Condé , Turenne , Vauban , Luxembourg, ornèrent tour à tour de lauriers la pompe triomphale qu'un roi jeune et galant mêlait à l'appareil des combats.
Cette première moitié du règne de Louis XIV est la plus brillante et la plus mémorable. Le commerce languissait, il le porta jusqu'en Asie par l'établissement des compagnies des Indes , et les se-
cours donnés à nos colonies naissantes de l'Amérique , le fit circuler librement dans l'intérieur du royaume par les rivières qu'il rendit navigables et les grandes routes qu'il ouvrit, creusa le canal du Languedoc, qui réunit les deux mers; il établit des manufactures en tous genres, enleva à Venise ses glaces, à la Flandre ses tapisseries , à la Turquie ses tapis; il créa la marine, rendit sa protection utile au commerce et sa force redoutable aux ennemis, encouragea l'agriculture , réforma le droit français, corrigea les lois, en établit de nouvelles. Les académies de peinture, de sculpture et d'architecture, lui doivent leur origine. Il fit venir à grands frais des modèles de Rome, et y forma une école où ses sujets allaient se perfectionner. De leurs ateliers sortirent des chefs-d'œuvre qu'il payait noblement, et dont il embellissait ses palais et ses jardins. 11 favorisa les savans, leur assigna des récompenses, voulut être le protecteur des académies française , des belleslettres et des sciences. Enfin l'astronomie lui doit l'Observatoire, le Louvre son pérystile, Paris sa police, les troupes leur discipline, nos côtes les ports de Toulon , de Brest, de Rocbefort; nos frontières plus de cent cinquante citadelles, et la nsK
tion entière l'hôtel des Invalides, monument d'huui. 13
inanité, où les victimes de la patrie, entretenues dans un repos honorable, bénissent encore au- ^ jourd'hui sa mémoire. Ajoutons à ces monumens de sa gloire la préséance assurée à la France, et solennellement reconnue par l'Espagne, Alger bombardé, ses corsaires et ceux de Tunis réprimés et punis , le royaume agrandi , et le nom français honoré dans tout l'univers !
Mais à dater de l'année 1 685, trop célèbre par la révocation de l'édit de Nantes,le malheur, qui jusqu'alors avait respecté le grand roi, osa toucher son trône, que madame de Main tenon enveloppait de sa mystique et funeste influence. Guillaume, prince d'Orange, blessé, dit-on, de la proposition que Louis XIV lui avait faite d'épouser une de ses filles naturelles, avait juré au monarque français une haine implacable. Après avoir détrôné son beaupère Jacques II, dont le catholicisme avait indisposé les Anglais (i), le prince d'Orange, devenu roi d'Angleterre, songea à réunir toutes les puis-
(1) On fit courir alors cette épigramme :
« Quand je veux rimer à Guillaume , » Je trouve aussitôt un royaume, » Qu'il a su mettre sous ses lois; « Mais , quand je veux rimer à Jacques , » J'ai beau rêver , mordre mes doigts , » Je trouve qu'il a fait ses pâques. »
sances contre le roi de France , et la ligue d'Augsbourg, en iti88, fit lever l'Europe en armes.
Louis XIV se met lui-même k la tête de ses troupes; Luxembourg gagne, en 1690, la bataille de Fleurus; Tourville et Château -Renard battent la même année les flottes anglaise et hollandaise , à la hauteur de Dieppe; Catinat défait le duc de Savoie à Stafïarde. Mais les Français , envoyés en Irlande pour rétablir Jacques II, sont défaits à leur tour; la victoire de La Boy ne, gagnée par le prince d'Orange, ôte tout espoir à son compétiteur. En 1661, le roi prend Mons et Namur ; mais la défaite de La Hogue répand la désolation dans le royaume.
En 1693, le roi institua l'ordre militaire de Saint- Louis , virtutis bellicœ prœmium : récompense de la valeur. Cette nouvelle institution jeta la plus grande émulation dans l'armée française. Luxembourg battit le prince d'Orange à Nervinde. Le maréchal de Catinat eut le même succès à Marsaille contre le duc de Savoie; Tourville se vengea de La Hogue à Cadix, et Jean-Bart, à la hauteur du Texel , en 1694, défit les Hollandais, *qui s'étaient emparés d'un convoi de blé nécessaire à la France. Ces avantages jetèrent de la désunion parmi les alliés.
Le duc de Savoie fut le premier à se détacher de la
ligiie; il donna sa fille Adélaïde au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, et devint généralissime des troupes françaises. La paix de Riswick, en 1697, mit fin à la guerre. Le principal article du traité fut la reconnaissance de Guillaume comme roi d'Angleterre.
Le testament de Charles II, roi d'Espagne, mort le r r novembre 1700, ralluma la guerre dans toute l'Europe. Louis XIV, malgré l'épuisement de ses forces , crut de sa dignité de soutenir Philippe et son petit-fils sur le trône de Madrid.
Vendôme gagna en Italie la bataille de Luzara; le duc de Bourgogne prit en Flandre le commandement d'une armée d'observation; Villars remporta en Allemagne la victoire de Fredelinghen; mais, en 1704, le prince Eugène et Marlborough gagnèrent la bataille d'Hochstedt sur les armées réunies de France et de Bavière. Villeroi perdit en 1706 la bataille de Ramil lies, Marsin celle de Turin; enfin, eu 1709, la bataille de Malplaquet jeta la consternation dans toute la France. Les alliés, profitant de 4a détresse de Louis XIV pour se venger de sa grandeur passée, lui dictèrent des propositions humiliantes. 11 les rejeta avec une noble fierté. La disgrâce inattendue de Marlborough,
la mort de l'empereur Joseph , qui laissait la couronne à son frère Charles , décoré en même temps que Philippe V du titre de roi d'Espagne, les dispositions amicales d'Anne, reine d'Angleterre, enfin la célèbre victoire de Denain , remportée par Villars en 1 7 1 1 , amenèrent la paix de Rastadt en 1 7 14 , et Louis XIV respira.
Mais, s'il n'était plus tourmenté par les guerres étrangères, il fut dans son intérieur accablé de malheurs domestiques. 11 vit tomber sous ses yeux toute sa famille; et les Jésuites et les querelles théologiques vinrent encore attrister sa vieillesse. C'était un triste spectacle que de contempler ce monarque jadis si fier, si magnifique, si heureux, devenu sombre et dévot, élevant sa tête blanchie au milieu de ces tombeaux où la mort avait englouti toutes ses espérances. Elle le réclama luimême le i* r septembre 1715. Madame de Maintenon, non contente d'avoir obtenu l'édit du 1 août 1714, qui appelait à la couronne les enfans légitimés du roi, à défaut d'enfans légitimes, tourmenta Louis XIV mourant pour améliorer par son testament le sort du duc du Maine , en bornant les pouvoirs du régent, de Philippe d'Orléans. Louis XIV fit son testament sur cette base, et,
quand il le remit entre les mains du premier président, pour n'être ouvert qu'en présence des pairs assemblés, il lui dit : « Voici mon testament; » l'exemple des rois mes prédécesseurs, et du roi » mon père, ne me laisse pas ignorer ce qde celui-ci » pourra devenir; mais on l'a voulu, on m'a tour- » menté, on ne m'a laissé ni paix ni patience qu'il » rte fût fait : j'ai donc acheté mon repos. Prenez-le, » emportez-le; il deviendra ce qu'il pourra; mais » au moins je serai tranquille , et jé n'en entendrai » plus parler. »
Cela fait, il ne songea plus qu'à mourir. Couché sur son lit de mort, il fit à sa cour I'avèu de ses
fautes, paria au dauphin des inconvénient tfë la guerre. « Ne la faites jamais, dit-il, que pour vous » défendre, ou pour défendre vos alliés, ù
On le trouva revêtu d'une multitude de reliqries. Madame de Mâintenoii s'exprime ainsi dans une lettre du i5 septembre 1716 : <t J'ai eu le courage » de voir les relkfues que lè fol portait sur lui. Jè » Vous eti ëhvoie quelque fchdse : c'est y dit-on, dë » la vraië croix. » « On gëmit, dit M. Lëtflontey j de » voir la superstition 1 abaisser ce grand monarque » aux pratiques de Louis XI, et le rendre Si diffé- » rent de son ancien modèle, de ce brillant Péri-
» dès, qui souriait sur son lit de mort à la crédulité » des femmes dont la main attachait des amulettes » à son corps expirant. »
C'est le sort de tous les hommes qui ont joué un grand rôle sur la scène du monde, que d'être tour à tour jugés avec une sévérité extrême ou une admiration absolue : tel est ce monarque, qui, comme Auguste, a laissé son nom au siècle majestueux dont sa vie a presque égalé la durée. Les uns ont fait du règne de Louis XIV une sorte d'apothéose. D'autres l'ont appelé le siècle des dragonades et des madrigaux. Lorsqu'on se rend compte de ces divers jugemens, on trouve d'un côté la reconnaissance fastueuse des gens de lettres pour le prince qui a fondé ou protégé des académies; de l'autre, l'esprit de secte, qui n'a pu se défendre de juger, uniquement par le 22 octobre i685, soixante-dix ans de puissance, et de voir la révocation de l'édit de Nantes jusque dans le vainqueur brillant qui , après avoir agrandi notre territoire et la gloire de nos armes, revenait sur son trône
recevoir les hommages de l'Europe suppliante et de l'Asie étonnée, présidait au perfectionnement de nos lois, encourageait les progrès de l'industrie nationale, accordait aux arts une protection solen-
nelle, et répandait partout l'éclat et la vie, comme le soleil, dont il avait adopté le magnifique emblème.
M. Lemontey, dans son ingénieux et brillant Essai sur la monarchie de Louis XIV, a fait eutrer la santé du monarque pour beaucoup dans les destinées de la monarchie. « Avec les infirmités, » dit-il, qui, depuis l'âge de quarante-sept ans , in- » fluèrent sur la santé du roi jusqu'à sa mort, ar- » rivèrent les dragonades, le jansénisme, les con- » fesseurs, l'obsession de la gouvernante... Il y a
loin du souverain qui dictait la paix de Nimègue, » creusait le canal du Languedoc et faisait repré- » senter le Tartufe, au dévot amoureux qui trans- » porte l'empire dans la chambre de la veuve de » Scarron. » Certes, dans une monarchie absolue, où le roi prononça un jour: VÉtal, c'est moi! dans une monarchie où un livre de droit public, composé par ordre du prince régnant pour l'instruction du prince appelé à régner, contenait ce principe : La nation ne fait pas corps en France ; elle réside tout entière dans la personne du roi! (i); il
(1) On lit aussi dans les instructions de Louis XIV pour le dauphin : « Celui qui a donné des rois aux hommes a voulu qu'on les respectât » comme ses lieutenans, se réservant à lui seul le droit d'examiner leur « conduite. Sa volonté est que quiconque est né sujet obéisse sans discer- » nement. •
est impossible que le caractère, les goûts, les habitudes, les passions, les faiblesses, le tempérament même du monarque, n'aient pas une prodigieuse influence sur la marche du gouvernement comme sur les mœurs delà nation. Les premières années de ce grand règne avaient eu un de ces éclats extraordinairesqui ne peuvent pas être d'éternelle durée. L'orgueil d'un prince enivré de l'encens des victoires et des cours, avait amassé la vengeance dans le cœur des autres souverains; ses guerres, toutes glorieuses qu'elles eussent été, avaient affaibli ses armées; la magnificence des palais qu'il avait fait construire, la richesse des fêtes qu'il avait données, ses nombreuses libéralités avaient épuisé ses finances; ses plus célèbres généraux étaient morts; le siècle lui-même paraissait las d'avoir porté tant de gloire. On n'ignore pas d'ailleurs que, par suite des goûts chevaleresques et galans de sa jeunesse, c'était un besoin pour l'âme de Louis XIV de sacrifier aux illusions de l'amour non moins qu'aux prestiges de la puissance. Cette faiblesse devint fatale à ce monarque, lorsque, éloignant les grâces de Montespan, elle prit pour objet une prude artificieuse et dévote, qui, a moitié concubine et moi- » tié directeur, avait vaincu le prince dont elle
«ri
à irritait les sens et troublait la conscience. » Mais il iie sèrait pas juste de rendre Louis XIV âeul responsable de la seconde moitié* de sa vie : il faut aussi y reconnaître cëttè inconstance du sort, qui ne permet à la longue ni grandeur sans faiblesse, ni bonheur sans mélange, ni gloire sans revers; et on aurait mauvaise grâce à ne point retrouver une âme grande et forte dans le généreux élan qui , en 1709, au sein des plus affreux revers, porta le vieux roi, entouré de débris et de dangers, à rejeter les honteuses propositions de La Haye et de Gertruydemberg, et à ne point désespérer de l'honneur français.
Louis XIV se présente aux yeux de là postérité
entouré oTun cortège de héros et de génies. « Ge
» monarque , a dit l'abbé Maùry, eùtk k tête de
» ses armées, Turénne, Condé, Luxembourg , Cati-
» nat, Créqui, Boufïïers, Montesquiou, Vendôme
» et Villars. Duquesne, Tourville, Duguay-Trouin,
» commandaient ses escadres. Colbert, Louvois,
»Torcy, étaient appelés à ses conseils. Bossuet,
» Bourdaloue, Massillon, lui annonçaient ses de-
» voirs . Son premier sénat avait Molé et Lamoi- » gnon pour chefe, Talon et d'Aguesseau pour
« organes. Vauban fortifiait ses citadelles; Riquet
» creusait ses canaux ; Perrault et Mansard con- » sfruisaîetit ses palafe ; Puget , Gif ardôtl , Le Poûs- » sin, Le Sueur et Le Brun ies embellissaient; Le » Nôtre dessinait ses jardins; Corneille, Racine, «Molière, Quinault, La Fontaine, La Briryèrè, »Boilèau, éclairaient sa raison et amusaient ses » loisirs ; Mon tau si er , Bossuet, Fénelon, Hùêt, Flé- » chier, l'abbé dèFlèury, élevaient sés enfans. »
Un siècle qûi rërid fidèle un si brûlant tableati est une de ces rares épotques sur lesquelles l'esprit humain ne se lasse jamais de ramener son orgueil et ses méditations ; et, dans cè concours majestueux de toutes les gloires, on aime à en faire hommage au souverain qui parut avoir créé tous les chefsd'œuvre que séfc nombreux bienfaits ou ses nobles plaisirs, contribuaient à faire riaitrè, ét? toutes lès grandeurs qu'il avait si bien su mettre à leur place.
La nature s'était plu à douer Louis XIV dfe toattjs ses faveurs. Sa figure était noble et bellé; il dtsllt le front haut; les yeux noirs, le ne* âquilin , la 1 bc^Étehe pëtitee* àinèè dés plW jolies 1 dénis J ùn^t&fflë dvanfameuse; tin tempérament robuste et sâin. H excellait dans tous les exercices; jouait très-bien à tous les jeux qui demandaient de l'adresse; dansait à merveille les danses graves, et se faisait distinguer
dans les carrousels par l'aisance de ses manières et par cette grâce majestueuse qui n'appartenait qu'à lui. 11 figurait comme un demi-dieu de la fable dans ces fêtes qui, presque toujours, étaient des hommages rendus à l'amour et à la beauté; et, tandis que Marie-Thérèse y présidait comme reine, la tendre La Vallière, Paltière Montespan ou la naïve Fontanges (i), apprenaient par un regard de Louis qu'elles en étaient les véritables héroïnes; Versailles était le temple de la galanterie et de la magnificence; et tous les arts s'y donnaient rendezvous pour embellir des fêtes que le roi animait toujours de sa présence. Sans avoir reçu une éducation soignée, il avait puisé dans les entretiens de sa mère cette aménité d'esprit, cette fleur de bon goût qui devint le ton de la cour de Louis XIV; il avait une excellente mémoire; personne n'avait plus que lui bonne grâce à s'exprimer; personne ne s'étudiait plus à dire des choses flatteuses et surtout à ménager les amours-propres; personne n'avait une politesse plus recherchée, et, lorsqu'il était débarrassé de la pompeuse étiquette de Versailles, et qu'il
(1) Le duc et pair qui avait négocié la défaite de mademoiselle de Fontanges fut place par le roi à la tête de ses chasses : ce qui fit dire • Que la
• charge de grand-veneur était bien due à celui qui avait mis la bête dan*
* les loiles. .
allait se délasser de ses grandeurs à Marly, ce n'était plus le monarque dont l'orgueilleuse impatience avait dit à son écuyer, au bas de l'escalier de Versailles : « f ai failli attendre! » c'était un homme doux, aimable, familier, se promenant sans suite dans ses jardins, causant avec bonté avec Ses ouvriers, saluant les plus humbles de ses gens avec autant de bienveillance que les premiers de ses ofïiciers. 11 aimait la musique, et jouait agréablement de la guitare; il aimait la poésie, et il a composé lui-même quelques chansons; il se connaissait en peinture , et se plaisait au milieu des beaux tableaux qui ornaient sa galerie. Il n'avait d'ordinaire à sa table que la famille royale. Il faisait deux repas par jour, aimait la bonne chère, mais sans excès. Il avait l'habitude de faire servir toujours devant lui une corbeille de petits gâteaux , qu'il mangeait avec des fruits. Il était passionné pour la chasse.
Son caractère était noble et sûr; sa probité inaltérable. « L'Europe ni la France, dit Voltaire, n'ont » jamais douté de sa parole. »
Comme conquérant, des critiques sévères ont fait une arme contre lui de cette flatterie de Boileau :
« Se plaint de sa grandeur qui l'attache au rivage. •
On lui a reproché aussi cette pompe théâtrale qu'il donnait à ses expéditions militaires , cette confiance hardie de promener dans un même char, à la face de l'armée, sa femme et ses maîtresses; mais la nation, ivre ajors de son roi, pardonnait à ce demidieu la licence des mœurs mythologiques.
Comme souverain , Louis XIV avait de ses pouvoirs une trop haute idée. « Il est, disait-il lui-même, » de certaines fonctions où, tenant la place de Dieu, » nous semblons être participant de sa connais- » sance aussi bien que de son autorité. » Mais quel autre que lui n'aurait pas eu peine à se défendre de cet orgueil, lprsque la magistrature s'était dissoute à la voix d'un jeune prince entrant au Parlement comme on va à une partie de chasse; lorsque cette vieille aristocratie, que Richelieu n'avait pu dompter par les échafauds, venait s'humilier devant un regard du roi, et quittait les magnificences féodales du château de leurs pères pour briguer un petit appartement à Versailles, ou une promenade à Marly ; lorsque Louis voyait les plus grands hommes s'honorer d'être ses courtisans, et le servir à genoux, les femmes les plus belles ambitionner ses hommages, les plus grands génies lui prodiguer leurs louanges, et les lettres, et les arts, et toute la na-
ture, concourir à l'accabler de leurs faveurs et de leurs merveilles. Certes, au milieu de ce nuage d'encens, il pouvait se croire au-dessus de l'humanité; et, lorsqu'il représentait Apollon, il ne tenait qu'à lui de s'imaginer qu'il était en effet un dieu (i). Le même prince qui donnait tant d'instans au plaisir s'occupait des devoirs de la monarchie avec un zèle infatigable. Il présidait tousses conseils (2), et les immenses travaux de son règne attestent que personne n'a été sur le trône plus administrateur que Louis XIV. L'Hôtel-de-Ville lui donna, en 1680, le surnom de Grand. L'Europe a confirmé cet hommage avec jalousie, la France avec orgueil, la postérité avec justice.
(1) Voici les vers que Bensérade lui adressa sous ce costume .•
« Je doute qu'on le prenne avec vous sur le ton
» De Dapnné, de Phaëton; » Lui trop ambitieux t elle trop inhumaine; • Il n'est point là de piège où vous puissiez donner :
Le moyen de s'imaginer » Qu'une femme vous fuye, ou qu'un homme vous mène! »
(1) On dit qu'il ne manqua qu'une fois le conseil. C'était un jour qu'il y avait peu d'affaires. 11 dit en parodiant sur-le-champ un air d'un opéra de Qninaull etdeLulli:
« Le conseil à ses yeux a beau se présenter;
» Sitôt qu'il voit sa chienne, il quitte tout pour elle.
» Rien ne peut l'arrêter ,
n Quand la chasse l'appelle. »
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LE MEME
(Un bâton de commandement à la main.)
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LE MEME
( Une canne à la main. ) C. M.
LE MÊME
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LE MÊME
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LE MÊME
(Orale.)
20£septim© # LE MÊME ET SA FAMILLE.
( Peint par Mignard , réduction du grand tableau original qui est dans le palais de Versailles. )