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REI\E DE FRANCE

Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne , fille de Philippe IV, roi d'Espagne, et d'Elisabeth de France, naquit le 20 septembre i638.

Louis XIV était dans sa vingtième année, son cœur n'avait encore parlé que pour Marie de Mancini, nièce du cardinal Mazarin, qui avait peut-être porté ses rêves ambitieux jusqu'à l'alliance de sa famille avec le sang royal; mais Anne d'Autriche, qui s'était hautement expliquée contre ce fol amour, désirait unir le roi son fils avec sa nièce Marie-Thérèse, infante d'Espagne. Mazarin préférait pour cet hymen la princesse Marguerite de Savoie. La duchesse de Savoie , mère de cette princesse , conduisit sa fille à Lyon, où elle eut une entrevue avec la

cour de France. Marguerite n'était pas belle, mais

elle avait tous les agrémens qui peuvent suppléer à la beauté : le jeune monarque montrait quelque impatience de l'épouser ; mais Philippe IV, roi d'Espagne , instruit de ces projets de mariage , envoya sur-le-champ à Lyon Antonio l'une n tel , un de ses conseillers , pour offrir la paix et la main de l'infante. Les négociations avec la cour de Savoie furent rompues; tous les vœuxie tournèrent vers l'Espagne. L'île des Faisans et la Bidassoa devinrent bientôt célèbres par les conférences de Mazarin et de don Louis de Haro; le mariage fut arrêté; on prit pour modèle du contrat celui d'Anne d'Autriche; Philippe IV donna cinq cent mille écus d'or à sa fille; et le maréchal de Grammont, le seigneur le plus galant de la cour de France , fit la demande de l'infante. Il entra à Madrid, magnifiquement vêtu en courrier, ainsi que toute sa suite, pour marquer l'impatience de son maître. « L'amirante de Castille » lui donna un superbe festin, mais plus fait pour » les yeux que pour le palais. On y servit sept cents » plats aux armes de l'amirante. Tous les mets » en étaient safranés et dorés. Ils furent reportés » comme ils étaient venus, sans que personne en t» pût tâter, dit un témoin oculaire, quoique le dîner » durât plus de quatre heures, avec la plus grande

» gravité. » Le mariage fut célébré à Fontarabie, par le patriarche des Indes, grand^auinônier d'Espagne.

Don Louis de Haro épousa l'infante pour le roi de

France. Le vendredi, 4 juin, Louis XIV envoya son présent à la nouvelle reine; c'était une cassette remplie de diamans et de pierreries : elle fut présentée parle duc de Gréqui. La reine n'ouvrit point la cassette , elle la donna à sa dame d'honneur, et en mit les deux clefs dans sa poche. A deux heures après midi du même jour la reine-mère arriva à l'île de la Conférence, avec Monsieur, frère du roi. Le roi d'Espagne et la jeune reine y arrivèrent un peu après. Philippe IV pencha la tête vers les chevaux de sa sœur; quoiqu'il ne l'eût point vue depuis vingt-cinq ans, il. ne l'embrassa point, parce que la coutume d'Espagne s'y oppose. La jeune reine se jeta aux pieds de la reine sa tante : Monsieur salua l'infante. Bientôt on vit arriver le roi de France au galop. Il avait ôté son ordre, de peur d'être connu du roi d'Espagne. Il demeura à la porte , et, passant sa tête entre les épaules de don Louis de Haro et du cardinal Mazarin , il regarda l'infante un bon quart d'heure. Le dimanche, 6 juin, fut le jour de l'entrevue des deux rois. Philippe IV arriva une demiheure avant Louis XIV. Le roi de France salua le roi

d'Espagne et l'infante, mais il ne l'embrassa point, quoiqu'elle fût déjà sa femme. Après quelques complimens, ils jurèrent la paix et la signèrent. Le lundi , 7 juin, toute la cour de France alla chercher l'infante à la Conférence. Philippe s'y était rendu avec elle. 11 fallut se dire adieu. L'infante se jeta aux pieds du roi son père, et répandit beaucoup de larmes : le roi de France s'excusait au roi d'Espagne de la peine que ce mariage lui avait donnée en le faisant venir de Madrid. « Je serais venu à pied, s'il eût été » nécessaire, » répondit le roi d'Espagne. Toute la cour retourna à Saint-Jean-de-Luz. L'entrée qu'y firent LL. MM. fut magnifique. Le carrosse du roi coûtait soixante-quinze mille livres. Enfin , le mercredi 9 juin , le roi et l'infante firent de nouveau bénir leur mariage dans cette ville par l'évêque de Rayonne. Le roi ne voulut ni comédie ni bal, et, comme il témoignait le soir quelque impatience, Marie-Thérèse dit à ses femmes de chambre : « Al- » Ions, vite, allons, le roi m'attend! » La cour de France partit le i4 de Saint-Jean-de-Luz pour retourner à Paris.

Mademoiselle de Montpensier et madame de Motteville, qui étaient présentes à cette cérémonie, en ont fait, dans leurs Mémoires, de pompeuses rela-

tions. Madame de Motteville admira surtout l'éclat de la jeune reine. « Je la trouvai , dit-elle , beaucoup » plus belle que tous les portraits que Ton avait vus » en France. Elle a les yeux bleus , pas trop grands, » mais fort brillans et fort agréables, et ils parais- » saient pleins de joie. Elle a le front grand, et, » comme sa coiffure le découvre fort, cela lui fait » paraître le visage un peu plus long qu'il ne parai- » trait sans doute si elle avait quelques cheveux » abattus. Son nez est assez beau et point trop gros. » Elle a la bouche belle et fort vermeille; elle a le » teint parfaitement beau , elle est fort blanche , elle » a les joues grosses par en bas, et met du rouge, » mais pas tant que le reste des dames. Ses cheveux » sont d'un blond admirablement beau, mais ceux » qu'elle avait ce jour-là étaient postifos, renoués » avec quantité de rubans; elle n'est pas grande, » mais elle paraît assez bien faite dans sa taille. »

Une solennité sérieuse avait présidé aux cérémonies espagnoles : en France, les fêtes prirent aussi l'empreinte du caractère national; elles furent partout animées de la gaîté la plus franche. Le peuple était ivre de joie, surtout à l'entrée du roi dans sa capitale. « La reine était dans un char triomphal, » plus beau que celui que l'on donne faussement

» au soleil. Elle était habillée d'une robe noire en » broderie d'or et d'argent, avec quantité de pier- » reries d'une valeur inestimable. Le roi était tel j> que les poètes nous représentent les hommes » qu'ils ont divinisés. Son habit était en broderie » d'or et d'argent; il était monté sur un cheval » propre à le montrer à ses sujets. La grandeur a qu'il faisait voir en sa personne et la paix qu'il » venait de donner à la France avec cette belle » princesse le firent admirer de tous. » La marche dura toute la journée du 26 août. Madame Scarron, qui plus tard devait jouer un si grand rôle, confondue dans la foule, admirait ce magnifique spectacle, et le lendemain elle écrivait à une de ses amies : La reine dut se coucher hier au soir assez contente du mari qu'elle a choisi,

La vie de cette princesse ne fut pas heureuse. Les fastueuses infidélités du roi retentissaient sans cesse à ses oreilles, ou venaient importuner ses yeux (1);

(1) Les amours du roi avec madame de La Vallière excitèrent à la cour de vives jalousies. Madame ( Henriette d'Angleterre) et la comtesse de Soissons (Maneini), le marquis de Vantes et le comte de Guiche se liguèrent pour déranger cette union. A ce dessein , ils fabriquèrent une lettre en espagnol qu'ils firent remettre à Marie-Thérèse par Molina , sa femme de chambre. Cette femme remit la lettre à Louis XJV, qui , dans ses emportemens, exila le comte de Guiche en Pologne, envoya de Vardes prisonnier à Montpellier, éloigna de la cour la comtesse de Soissons et montra beaucoup de froideur à Madame.

mais , douée d'une patience angélique, elle pardonnait tout à un époux qu'elle adorait , et cherchait à se composer un intérieur aussi simple, aussi tranquille (i), que Tétait peu l'orgueil voluptueux de Louis XIV.

Cependant le secret sentiment de sa position secondaire, l'humilia tion de ne recevoir, jamais que de froids égards en échange d'une vive tendresse , les jalouses sollicitudes que le cœur d'une femme ne peut pas dévorer, finirent par porter atteinte à la santé de la reine. Elle succomba le 3o juillet i683 (2). a C'est le premier chagrin qu'elle

Le commerce galant du roi avec madame de Montespan ne causa pas moins d'ennuis à la reine. Louis XIV chercha d'abord à le cacher à sa femme; mais, las de ce mystère, il fit venir à la cour mademoiselle de Blois et le comte de Toulouse , les deux derniers en fans qu'il avait eus de la duchesse. Marie -Thérèse, à qui ils Turent présentés , dit en les caressant, et le coeur pénétré de douleur : « Madame de Richelieu me disait » toujours qu'elle répondait de tout ce qui se passait : voilà les fruits • de ce cautionnement. »

Il est vrai de dire pourtant que Louis XIV a fait toujours respecter la reine par ses maîtresses.

(1) Sa grande distraction était le jeu : mais, comme elle perdait quelquefois , et qu'elle n'avait que les mille écus par mois alors assignés aux reines pour leurs menus plaisirs, elle se trouvait souvent embarrassée pour satisfaire à la fois à ses plaisirs et aux aumônes qu'elle aimait à faire. Aussi fut-elle extrêmement piquée lorsque Mazarin , au lieu de lui faire douze mille écus d'étrennes comme à Anne d'Autriche, ne lui fit envoyer que dix mille livres.

(2) La princesse Charlotte de Bavière, duchesse d'Orléans, ditqueFagon, médecin du roi , précipita la mort de Marie -Thérèse par une imprudente

saignée.

» m'ait causé, » dit Louis XIV en parlant de sa mort ; et c'est le plus bel éloge que l'on puisse faire de Marie-Thérèse.

Mademoiselle de Montpensier raconte que cinq ou six jours avant que la reine ne tombât malade, Madame lui conta qu'elle avait fait un songe horrible : a J'étais, dit-elle, entrée dans une église que je ne connaissais point, qui était toute tendue de » noir : on a ouvert une cave à un des côtes de » l'autel, on y est descendu, et ces gens-là ont dit : » // n'y a point de place. Ils ont rangé les bières, et » ils ont dit qu'ils avaient trouvé le caveau plus » long qu'ils ne croyaient, et qu'ils y avaient mis *> le corps de Madame, et je m'éveillai là-dessus fort » étonnée. » La reine dit : « C'est pour moi assuré- » ment ce songe. »

Cette princesse avait une raison éclairée et ne manquait pas de finesse dans l'esprit. Lorsqu'un seigneur de la cour apporta à l'infante la première lettre de Louis XIV , elle lui faisait beaucoup de complimens pour la reine-mère. « Mais, madame, » dit l'envoyé , n'avez-vous rien à me dire pour » le roi? — Eh! mon Dieu, répondit l'infante, » vous avez tort : ne vous ai-je pas dit trois fois » que vous dissiez à la reine ma tante que je

» meurs d'envie de la voir : allez, dites cela seu- » lement. »

Elle avait de la noblesse et de la fierté dans le caractère : on connaît sa réponse à une carmélite qui lui demandait si en Espagne dans sa jeunesse, avant d'être mariée, elle n'avait point eu envie de plaire à quelques-uns des jeunes seigneurs de la cour du roi son père : « Oh! non, ma mère, dit- » elle; il n'y avait point de roi. »

On a dit qu'en mourant, touchée de quelques tardives marques de tendresse que lui donnait Louis XIV, en lui parlant espagnol, elle lui dit : « Je meurs sans regrets s'il est vrai que vous m'ai- » miez encore; » et qu'ensuite elle mit sa bague au doigt de madame de Main tenon.... C'était préparer ou pressentir l'avenir!

LA MÊME

LE MÊME

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