‹ Le chateau d'eu notices historiquesChapitre 52 sur 76 · GRANDE— DUCHESSE DE TOSCANE · texte numérisé non relu

GRANDE— DUCHESSE DE TOSCANE

Elle est représentée avec ses denx sœurs, mademoiselle d Alencon el

mademoiselle de Valois. )

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Marguerite-Louise d'Orléans, mademoiselle d'Orléans, fille de Gaston (Jean- Baptiste) de France, duc d'Orléans, et de Marguerite de Lorraine sa seconde femme, naquit le 28 juillet i645.

Charles de Lorraine, pendant son séjour à Paris, lui avait rendu des soins, et mademoiselle d'Orléans avait paru les accueillir avec plaisir. Il l'accompagnait dans toutes ses promenades, soit qu'elle montât à cheval pour visiter les environs de Paris, soit qu'elle allât à la chasse; et lorsqu'elle le vit porter tantôt auprès de mademoiselle de Montpensier, sa sœur aînée, tantôt auprès des Mancini, nièces du cardinal de Mazarin, les hommages qui lui

étaient d'abord adressés, elle voulut bien, dans son dépit, écouter les propositions de mariage qui lui furent faites de la part du grand-duc de Toscane, Côme III de Médicis. M. de Béziers, ambassadeur extraordinaire du grand-duc , conduisit cette négociation : l'humeur capricieuse de mademoiselle d'Orléans, dont le cœur ne s'était pas entièrement détaché du prince de lorraine, retarda les fiançailles; cependant elles se firent dans la chambre du roi : le duc de Guise avait la procuration de Médicis. Le lendemain la cérémonie du mariage fut faite dans la chapelle du Louvre par l'évêque de Béziers. Lorsqu'elle fut finie, Mademoiselle demanda à Monsieur s'il voulait aller à Saint-Cloud; et elle partit avec lui pour s'épargner la fatigue de recevoir les visites d'usage. On lui envoya de Toscane une boîte de pierreries; elle était de deux cent mille livres; il y avait aussi le portrait de son mari. Ennemie du cérémonial, elle voulait aller à la chasse , le jour qu'elle avait pris pour recevoir les complimens des ambassadeurs. Mademoiselle de Montpensier lui fit quelques observations : « Je » ne verrai que trop d'étrangers, dit-elle, et j'en » suis si lasse, que je n'en puis plus. » Sa sœur lui lit dire qu'elle ne pouvait lui prêter ses chevaux

; parce qu'ils étaient boiteux : elle alla elle-même aux écuries , et fit enfoncer les portes pour prendre les harnais. Mademoiselle de Montpensier y courut à son tour, la fit descendre de cheval, et la ramena dans son appartement, où elle reçut les ambassadeurs. C'était mademoiselle de Montpensier qui, debout, derrière sa chaise, faisait pour elle les réponses dans cette audience solennelle.

Le roi lui donna un ameublement , de la vaisselle d'argent, une toilette, de fort beaux habits : il paya sa dépense, et lui donna des pages, des valets de pied, et un de ses carrosses jusqu'à Marseille. Lorsqu'elle prit congé du roi et qu'elle dit adieu à la reine, elle ne jeta pas une larme. Elle alla coucher à Montargis. Elle n'avait pas voulu qu'on apportât son lit; elle coucha avec mademoiselle de Montpensier , qui l'accompagnait dans son voyage « Elle s'endormit la première, dit cette princesse » dans ses Mémoires , et ce fut une bonne fortune » pour moi , parce qu'elle se mit à rêver , et elle me » sauta à la gorge, et je pense que, si j'avais été en- » dormie, elle m'aurait étranglée. La crainte que » cela ne lui arrivât une seconde fois m'empêcha de » dormir toute la nuit. » Le lendemain, elle fut toute la journée a cheval, et ne revint qu'à deux

heures de nuit, enchantée de ses promenades dans les bois , et riant de la peur que son équipage avait causée. Les paysans les avaient pris pouT des gens de guerre. L'évêque de Béziers, dont le caractère grave ne 's'accommodait pas avec ces étourderies, était dans de mortelles inquiétudes : il croyait toujours que la princesse était retournée à Paris. Une autre circonstance vint encore alarmer la sollicitude de M. l'ambassadeur. Le prince Charles de Lorraine vint à Montargis faire de nouveaux adieux à mademoiselle d'Orléans. 11 l'accompagna jusqu'à Cône, où elle devait se séparer de sa sœur. Cette séparation fut touchante, le cœur de la princesse Marguerite était déchiré; elle jetait des cris épouvantables , et versait un torrent de larmes qui n'étaient pas tou tes pour mademoiselle de Mon tpensier.

Le grand -duc vint au-devant d'elle, avec le prince son fils à une lieue au-delà de Florence, où elle resta jusqu'au moment où tout fut prêt pour son entrée solennelle. Pendant ce séjour, elle eut à se plaindre de l'indifférence de son mari, qui resta trois jours entiers sans la venir voir : ce défaut d'empressement laissa dans son cœur une impression qui ne s'effaça jamais. Cependant la réception qui lui fut faite en 1661 fut magnifique; on dansa

des ballets, on joua des comédies, et partout l'élégance et le luxe se réunirent pour embellir les fêtes. Les réjouissances publiques ne furent pas moins vives lorsqu'elle accoucha d'un fils. Mais ces plaisirs et ces grandeurs ne la rendaient pas heureuse. « Elle m'a juré (dit la princesse palatine, » duchesse d'Orléans) que le jour même qu'elle est » arrivée à Florence , elle n'a pensé à autre chose » qu'aux moyens de s'en retourner; ce qu'elle a » fait aussi le plus tôt qu'il lui a été possible. II »est très -plaisant de lui entendre conter son » histoire; elle convient elle-même qu'elle a vécu » à Florence comme en un paradis. « Savez- vous » bien ma cousine, lui disais-je souvent, que vous » parlez contre vous-même?» Elle me répondait : a Je ne m'en soucie guère; pourvu que je ne voie » pas le grand-duc et que je sois contente, peu » m'importe le reste. »

Lorsqu'elle revint en France, le roi l'accueillit à Versailles avec bonté. « Sa beauté, disait une » femme de la Cour, n'effrayait pas, et l'on se fai- » sait une belle âme de la plaindre et de la louer. » Son existence n'était pas brillante, et le grand-duc, qui disait lui-même « qu'en remettant sa femme » entre les mains du roi il avait ôté de son esprit

» tout le soin de sa conduite, » profitait de cette indifférence pour ne point payer exactement à sa femme la pension qu'il lui avait promise. On prétendait que M. de Louvigny était amoureux et aimé de cette princesse. « Mais, dit madame de Mont- » morency dans une de ses lettres au comte de » Bussy, madame la grande-duchesse n'a aucune » galanterie ; ce sont les amis de madame de Mon- » tespan qui l'ont chargée de cette douce iniquité, » pour dégoûter le roi, qui ne traitait pas mal cette » princesse; et sur cela j'admire le monde, qui » trouvait, avant ceci, madame la grande-duchesse » une personne achevée : aujourd'hui qu'elle n'est » pas amie de madame de Montespan , on la trouve » toute pleine de défauts. »

Marguerite-Louise d'Orléans , grande-duchesse de Toscane , mourut le 1 7 septembre 1 ni 1 .

2 |0 bis .

LA MEME

( Avec ses deux sœurs.)

210 ler .

LA MÊME

( Avec ses deux sœurs. ) . ,

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