ANNE-MARIE-LOLISE D'ORLEANS
MADEMOISELLE DE MONTFENSIE*.
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Anne-Marie-Louise d'Orléans, mademoiselle de Montpensier, fille de Gaston (Jean-Baptiste) de France, duc d'Orléans, et de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, naquit le 29 mai 1627. Sa naissance coûta la vie à sa mère.
Cette princesse a laissé des mémoires très-curieux, dans lesquels on peut étudier sa vie, que son imagination romanesque a rendue fort dramatique. C'était la mode alors de tracer le portrait des personnages les plus remarquables de la cour : mademoiselle de Montpensier en a tracé plusieurs; le sien est du nombre. Nous croyons devoir le placer ici, nous bornant à donner quelques éclaircissemens sur les principaux faits qui ont servi à développer
son caractère, et surtout ce besoin de célébrité dont son âme inquiète était sans cesse dévorée.
« Je commencerai, dit-elle, par mon extérieur. » Je suis grande,^. ni grasse, ni maigre, d'une taille » fort belle et fort aisée. J'ai bonne mine, la gorge » assez bien faite ; les mains et les bras peu beaux , h* mais la peau belle ainsi que la gorge. J'ai la jambe »"droiteetlepiedbien lait; mesxheveux sont blonds » et d'un beau cendré; mon visage est long, le tour » e B *stbeau; \enez grand etaquilin; la bouche m » grande ni petite , mais façonnée et cF une manière » fort agréable; les lèvres vermeilles; les dents point » belles, mais pas horribles aussi : mes yeux sont » bleus, ni grands ni petits, mais brillans , doux et » fiers comme ma mine. J'ai l'air haut sans l'avoir » glorieux. Je suis civile et familière, mais d'une » manière à «'attirer plutôt le respect qu'à m'en » faire manquer. J'ai une fort grande négligence » pour mon habillement, mais cela ne va pas jus- » qu'à la malpropreté; je la hais fort; jje suis propre, » en négligé ou ajustée; tout ce que je mets est de » bon air; ce n'est pas que je ne sois incomparable- » ment mieux ajustée, mais la négligence me sied » moins mai qu'à une autre : car, san* me flatter, je » dépare moins ce que je mets que ce que je mets
» ne me pare. Je parle beaucoup sans dire des Sottises » ni de mauvais mots. Je ne parle point de ce que » je n'entends pas , comme fon( d'ordinaire les gens » qui aiment à parler, et qui, se fiant trop en eux- » mêmes , méprisent les autres. J'ai de certains ch£- » pitres où l'on me ferait volontiers donner dans le » panneau : ce sont de certaines relations de choses » dont j'ai eu quelque connaissance et quelque part;
» et, quoique bien d'autres y puissent avoir eu part » aussi bien que moi, etque j'en dise du bien quand » j'en parle, il semble que j'écoute plus volontiers » celui que l'on dit de moi, et que je cherche dâ- » vantage à m'attirer des louanges qu'à leur en don- » ner. Je pense que voilà seulement en quoi je suis » moquable (i). Je suis toute propre à me piquer » de beaucoup de choses , et je ne me pique de rien » que d'être fort bonne amie et fort constante en » mes amitiés, quand je suis assez heureuse pour » trouver des personnes de mérite, et dont Phu- » meur se rapporte à la mienne; car je ne dois pas » pâtir de l'inconstance des autres. Je suis la per- » sonne du monde la plus secrète, et rien n'égale
(1) Les Mémoires de mademoiselle de Montpensier viennent à l'appui de la généreuse sincérité avec laquelle elle avoue elle-même sa faiblesse. Le moi humain y joue un grand rôle , et le quorum pars magna fui accompagne presque toujours le récit des événemens.
» la. fidélité et les égards que j'ai pour mes amis : » aussi veux-je que Ton en ait pour moi, et rien ne » me gagne tant que la confiance, parce que c'est » une marque d'estime : ce qui est sensible au der- » nier point à ceux qui ont du cœur et de l'hon- » neur. Je suis fort méchante ennemie (i), étant » fort colère et fort emportée ; et cela , joint à ce que » je suis née , peut faire trembler mes ennemis ; mais » aussi j'ai l'âme noble et bonne. Je suis incapable » de toute action basse et noire : ainsi je suis plus » propre à faire miséricorde que justice. Je suis mé- » lancolique; j'aime à lire les livres bons et solides; » les bagatelles m'ennuient, hors les* vers; je les » aime, de quelque nature qu'ils soient (2), et assu-
(1) Malgré la différence de son âge avec celui de Louis XIV , elle avait été flaltée par Mazarin de l'espoir d'épouser le jeune monarque. Lorsqu'elle vit ses espérances déçues, elle ne pardonna point au cardinal de l'avoir abusée; et c'est pour se vengef de lui qu'elle se jeta avec emportement dans le parti de la Fronde.
(2) On s'occupait beaucoup dans le cercle de mademoiselle de Monlpensier de petits vers , d'épigrammes, de madrigaux. Elle aimait aussi à faire jouer la comédie. Elle fit représenter cbez elle le Tartufe dans toute sa nouveauté, dans une Tête qu'elle donna au grand -duc de Toscane , son beau -frère. Segrais était le bel-esprit de sa société. 11 a consacré des vers à sa louange , et peut-être n'étaieut-ce pas ceux que la princesse aimait le moins : elle les a conservés dans ses Mémoires (tome vm). Après avoir dépouillé en sa faveur Diane, Pallas , Vénus, toutes les déesses de la Fable; après avoir vanté sa main divine, Y agréable structure de son pied, la figure de sa jambe, il apostrophe ainsi Apollon :
« C'est alors qu'adorant ton ouvrage achevé, » Tu reprendras ta lyre, et d'un ton élevé
» renient je juge aussi bien de ces choses-là que si » j'étais savante. J'aime le monde et la conversation » des honnêtes gens; et néanmoins je ne m'ennuie » pas trop avec ceux qui ne le sont pas, parce qu'il » faut que les gens de* ma qualité se contraignent, » étant plutôt nés pour les autres que pour eux- » mêmes : de sorte que cette nécessité s'est si bien » tournée en habitude en moi, que je ne m'ennuie » de rien, quoique tout ne me divertisse pas. Çela » n'empêche point que je ne sache discerner les » personnes de mérite; car j'aime tous ceux qui en » ont un de particulier en leur profession. Par-des-
Tu chanteras sa gloire, ou par mille cantiques Vanteras son courage et ses laits héroïques.
Tu diras que ce cœur, si fier, si généreux, Ne se laisse émouvoir qu'aux pleurs des malheureux; Est sûr en sa promesse, et sensible, et fidèle Aux secrets, aux ennuis qu'on partage avec elle. Tu diras que, sincère en ses affections, Elle ne connaît point d'indignes passions; Que, d'une juste main dispersant ses Sa façon de donner redouble ses largesses ; Qu'elle fait au mérite un gracieux accueil , Civile sans bassesse, et fière sans orgueil; Sans que cette douceur, savante en l'art de plaire, Inspire aux plus hardis un penser téméraire.
Tantôt tu chanteras , dans un air concerté,
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De ce fécond esprit la vive activité, Les rapides élans qui s'élèvent de terre, Percent la région où se fait le tonnerre, Lui font voir d'un clin d'œil les siècles les plus vieux , Et la font pénétrer dans les secrets des dieux. »
» sus tous les autres, j'aime les gens de guerre, et » à les ouïr parler de leur métier (i); et, quoique » # j'$ie dit que je ne parle de rien.que je ne sache et » qui ne me convienne, j'avoue que je parle volon- » tiers de la guerre : je me sens fort brave (2); j'ai
(1) Elle avait la plus haute estime pour le grand Condé. Elle en parle toujours avec admiration. Les éloges qu'elle en faisait avaient donné l'idée qu'elle avail le dessein de l'épouser. Au combat de Saint-Antoine, 2 juillet 1052 , elle décida Gaston , son père, à faire ouvrir les portes de Paris, pour sauver les débris des troupes de Condé, et lit tirer le canon de la Bastille sur les troupes du roi , commandées par Turenne.
En 1653 , Condé voulait se défaire de Ret2. 11 allait émouvoir Paris. Les princes tenaient une assemblée à FHÔtel-de- Ville. Un trompette vipt dè la part dn roi pour ajourner l'assemblée à huit jours. La populace s'enflamma de fureur. On fit feu sur l'Hôlel-de-Ville.... La consternation était dans Paris. Mademoiselle alla elle-même , accompagnée de M. de Beaufort , à la Grève , où elle trouva quelques restes séditieux , qu'elle écarta.
« Ces misérables, dit le cardinal de Retz , n'avaient pas rendu tant de
• respect au Saint-Sacrement , que le curé de Saint-Jean leur présenta pour » les obliger d'éteindre le feu qu'ils avaient mis aux portes de l'Hôtel-de- » Ville. »
(2) La Fronde (en 1652) tenait beaucoup à conserver la ville d'Orléans, tant à cause de son importance même que comme point de communication avec la Guienne, où s'était rendu le prince de Condé. Comme on craignait qu'elle n'ouvrît ses portes aux troupes du roi, on engagea Monsieur (Gaston) à se réndre dans cette ville; mais ce prince, toujours irrésolu , aima mieux en confier la mission à sa fille , Mademoiselle. « Et cependant,
• disait-il, cette chevalerie serait bien ridicule si le bon sens de mesdames » de Fiesque et de Frontenac ne la soutenait. » ( C'est à ces dames que Gaston écrivit : A mesdames les comtesses maréchales de camp dans l'armée de ma fille contre le Mazarin.) Ce ne tut pas sans peine que Mademoiselle entra dans Orléans , où les magistrats de l'Hôlel-de-Ville ne paraissaient pas disposés à l'accueillir. Elle fut obligée de gagner un batelier , et de s'exposer à mille petits dangers pour atteindre et faire briser la porte brûlée. « Quand je la vis rompue, dit cette princesse dans ses Mé-
• moires, et que l'on eut ôté deux planches du milieu , Grammont me fit » signe d'avancer. Comme il y avait beaucoup de boue, un valet de pied
» beaucoup de courage et d'ambition; mais Dieu » me Ta si hautement bornée par la qualité dont » il m'a fait naître, que ce qui serait défaut en
» une autre est maintenir ses œuvres en moi. Je » suis prompte en mes résolutions, et ferme à les
• me prit, me porta et me fourra par ce trou , où je n'eus pas sitôt la tête » passée, que l'on battit le tambour. Je donnai la main au capitaine , et je » lui dis : Vous serez bien aise de vous pouvoir vanter que vous m'avez fait » entrer. Les cris de Vive le roi, les princes, et point de Mazarin, re- » doublèrent. Deux hommes me prirent et me mirent sur une chaise de
• bois. Je ne sais si j'étais assise dedans ou sur les bras, tant la joie m'avait » mise hors de moi-môme. Tout le monde me baisait les mains , et je me » 'pâmais de rire de me voir en un si plaisant état. Il marchait devant moi
• une compagnie de la ville , tambour battant, qui me faisait faire place. > Mademoiselle de Montpensier se rendit à l'Hôlel-de -Ville , où elle prononça un discours qu'elle a rapporté tout entier dans ses Mémoires; après être restée quelque temps à Orléans, elle revint à Étampes, où elle passa l'armée de la Fronde en rerue, et de là à Paris, « où, dit encore made- > moiselle de Montpensier , tout le peuple sortit hors de la ville pour me » saluer. Je trouvai le chemin une lieue devant bordé de carrosses; tout le
• monde portait sur le visage la joie que l'on avait de mon retour et du bon » succès de mon voyage. »
Dans le parti de la cour , cette expédition chevaleresque fut chansonnée selon la mode du temps ; voici une complainte qui eut quelque succès :
• Or écoutez , peuple de France , » Comme en la ville d'Orléans ,
• Mademoiselle, en assurance, » A dit : Je suis maître céans!
» On lui voulut fermer les portes , » Mais elle a passé par un trou ,
• S Venant souvent de la sorte :
• Il ne m'importe pas par où.
» Deux belles et jeunes comtesses , » Deux maréchales de camp,
» tenir. Rien ne me paraît difficile pour Servir nies » amis, ni pour obéir aux gens de qui je dépends. Je » ne suis point intéressée; je suis incapable de toute » bassesse, et j'ai une telle indifférence pour toutes » les choses du monde, par le mépris que j'ai des » autres, et par la bonne opinion que j'ai de moi, o que je passerais ma vie dans la solitude plutôt » que de contraindre mon humeur fière en rien, y » allât-il de ma fortune. J'aime à êjfl? seule; je n'ai » nulle complaisance, et j'en demande beaucoup; » je suis défiante sansjne défier de moi; j'aime a )> faire plaisir et à obliger; j'aime aussi souvent à » picoter et à déplaire. Comme je n'aime point les » plaisirs, je ne procure pas volontiers ceux des » autres. J'aime les violons plus que toute autre mu- » sique; j'ai aimé à danser plus que je ne fais, et je » danse fort bien; je hais à jouer aux cartes, et » j'aime les jeux d'exercice; je fais travailler à toutes » sortes d'ouvrages, et ce m'est un divertissement » aussi bien que d'aller à la chasse et de monter à
» Suivirent sa royale altesse,
d Dont on Taisait un grand cancan.
> Fiesque , notre bonne comtesse ,
> Allait baisant les bateliers,
» Et Frontenac , quelle détresse!
» Y perdit un de ses souliers. »
» cheval. Je suis beaucoup plus sensible à la douleur » qu a la joie, connaissant mieux Tune que l'autre; » mais il est difficile de s'en apercevoir, car, quoique » je ne sois ni comédienne, ni façonnière , et qu'on » me voie «d'ordinaire jusqu'au fond du cœur, j'en « » sûis toutefois si maitresse, quand' je veux, que je » le tourne connue il me plaît, et n'en fais voir que » le càté que je veux montrer. Jamais personne n'a » éu tant de jifiiyoir sur soi, et jamais esprit n'a été. » si maître de son corps : aussi en soufï'ré-je.quef- » quefois. Les grands chagrins que j'ai eus (i) au-
(1) Mademoiselle Me Montpensier veut parler sans doute de toutes les alliances qu'elle a manquée», rêvées ou dédaignées pour finir par la folie- Lauzun: IPfut question pour elle d'épouser :
*' 1 • Le comte de Soissons , tué à la bataille de Marrée ; 2° Lo u i s XI V ; 3° le cardinal- infant ; 4° le roi d'Espagne ; 5 U le prince de Galles ; depuis Charles II ; 6° l'empereur ; 7° Monsieur , frère de Louis XIV ; 8° le roi de Porlagal; 9° le ducd'Enghien; 10» le duc dTorck; 11° le fils de la duchesse de Longueville.
Kestéej veuve de toutes ces promesses, demandes ou espérances de mariage , elle écouta les veeux du duc de Lauzun , un des plus aimables seigueurs de la cour. U prit un tel ascendant sur son cœur, qu'il la décida à l'épouser. Louis XI V avait donné son consentemeat; mais tout ce qni l'entourait parla si haut contre ce mariage, la reine en prit tant d'humeur, le prince de Condé dit si énergiquement : « J'irai au mariage de cadet Lauzun » pour lui casser la tête d'un coup de pistolet , » que le roi retira sa parole , et que , malgré les cris et les pleurs de mademoiselle de Montpensier , il fit conduire et enfermer dans le château de Pignerol Lauzun, qui avait éclaté avec violence contre madame de Montespan , à qui il attribuait le refus du roi. Madame de Sévigné avait donc raison de dire , dans sa fameuse lettre du 15 décembre 1670, à M. de Cou langes : « C'est une chose qui se fera • dimanche, et*qui ne sera peut-être pas faite lundi. — Je vais, lui écri- » vait-elle à cette occasion , vous mander la chose la plus étonnante , la plu*
i» raient tué une autre que moi ; mais Dieu m'a si » bien proportionné toutes choses, et les a ïten- » dues si soumises les unes aux autres, qu'il m'a » donné une santé et une force non "pareilles; riçn » ne m'abat, rien ne me fatigue , et il est difficile de » connaître les événemens de ma fortune , et les d£- » plaisirs que j'ai, par mon visage; car il est rare-
» surprenante , la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triom- » phaute, la plus étourdissante , la plus inouïe, la plus singulière, la plus'
• eitraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la » plus petite , la plus rare , la plus commune, la plus éclatante , la plus nril-
• lanle, la plus digne d'envie, une chose qui se fera dimanche, où ceux > qui la verront croiront avoir la berlue , une chose qui se fera dimanche et
• qui ne sera peut-être pas faite lundi. Devinez-la; je vous la donne
• en trois; jetez-vous votre langue aux chiens? Eh bien! il faut vous
• la dire. M. de Lauzun épouse mademoiselle , mademoiselle de 11
• épouse, ma foi, par ma foi, Mademoiselle, la grande Mademoi-
• selle, etc., etc. •
Mademoiselle de Montpensier était au désespoir. « Après la rupture de
• son mariage, dit madame de Main tenon , elle se mit au lit et reçut des
• visites comme une veuve désolée. Elle s'écriait dans son désespoir, eu t montrant la place vide : 11 serait là pourtant! il serait là! »
N'ayant pu fléchir le roi par ses larmes , elle essaya , auprès de madame de Montespan , d'un autre moyen pour obtenir la liberté du duc de Lauzun. Elle imagina de faire le duc du Maine son héritier. On exigea sur-le-champ par écrit te legs de la principauté de Dombes , dn comté d'Eu , et de la plus grande partie de ses biens; et, lorsqu'elle eut signé et remis cet acte, on abusa de sa confiance; on la laissa long-temps encore sans la délivrance de son cher prisonnier. Enfin il revint près d'elle. Mais, soit qu'il n'eût cherche à s'unir à la petite-fille de Henri IV que par vanité, soit que dix ans de prison eussent refroidi ses feux , le duc de Lanzun fit payer cher à mademoiselle de Monlpensier (qu'il n'appelait jamais qu'Henriette de Bourbon) la foUe tendresse qu'elle avait pour lui. Elle finit par l'oublier, lorsqu'il partit comme ambassadeur pour l'Angleterre.
(Voir les Mémoires de mademoiselle de Montpensicr, les Amours des Gaules , etc., etc.;
Itéré. J'ai oublié que j'ai un teint de sânté » qui répond à ce que je viens de dire : il n'est pas délicat, mais il est blanc et vif. Je ne suis point ;); je voudrais bien l'être, et déjà je suis » dans une fort grande indifférence pour le monde; 1 mais je crains que ce qui me le fait mépriser ne » m'en détache pas, puisque je ne me mets pas du » nombre de ce que j'y méprise, et il me semble » que l'amour-propre n'est pas une qualité utile à » la dévotion. J'ai grande application à mes affaires; » je m'y attache tout-à-fait, et j'y suis aussi soup- » çonneuse que sur le reste. J'aime la règle et l'ordre » jusqu'aux moindres choses. Je ne sais si je suis » libérale; je sais bien que j'aime toutes les choses » de faste et d'éclat, et à donner aux gens de mérite » et à ceux que j'aime; mais, comme je règle cela » souvent selon ma fantaisie , je ne sais si cela s'ap- » pelle libéralité (a). Quand je fais du bien , c'est de » la meilleure grâce du monde , et personne n'oblige
(1) Elle le devint sur la fin de ses jours.
(2) Mademoiselle de Montpensier avait une fortune immense, et elle en faisait un noble usage. Elle dotait ses demoiselles d'honneur, faisait beaucoup d'aumônes, fondait des maisons de cbarité, donnait en même temps de brillantes fêtes , décorait avec magnificence ses châteaux d'Eu , de Saint- Fargeau , de Chois y Elle a eu des procès avec son père; mais il eût été bien difficile de les éviter avec un caractère tracassier comme celui de Gaston.
» si bien que moi. Je ne loue pas volontiers les au- » très, et je me blâme rarement. Je ne suis point » médisante, ni railleuse, «quoique je connaisse » mieux que personne le ridicule des gens, et que » j'aie assez d'inclination à y tourner ceux qui me » semblent le mériter. Je peins mal, mais j'écris bien , » naturellement et sans contrainte (i). Quant à la ga- » lanterie, je n'y ai aucune pente; et même l'on me » fait la guerre que les vers que j'aime le moins sont » ceux qui sont passionnés, car je n'ai point l'âme » tendre (a); mais, quoique^ dise que je l'aie aussi » peu sensible à l'amitié qu a l'amou^ je m'en dé- » fends fort, car j'aime tout-à-fait ceux qui le méritent » et qui m'y obligent, et je suis la personne du monde » la plus reconnaissante. Je suis naturellement so- » bre , et le manger m'est une fatigue ; même ce m'en
(1) Gaston lui écrivit pendant son séjour à Orléans une lettre qui se termine ainsi : « Faites-moi écrire par la main de votre secrétaire les clio- » ses importantes pour les raisons que vous savez. » — « Cette raison , dit
• mademoiselle de Monlpensier? est que j'écris si mal , qu'on a toutes les
• peines du monde à lire mon écriture. »
11 existe au château d'Eu trois petits dessins faits par le grand dauphin , fils de lx>uis XIV, où Mademoiselle a écrit de sa main : fa tel par monsieur le do fin. Mais , si elle n'était pas forte sur l'orthographe, son style ne manquait ni de charme , ni de naturel , ni de mouvement. Ses mémoires, quoiqu'un peu personnels , ont beaucoup d'intérêt.
(2) On voit pourtant au château d'Eu un petit escalier dérobé, que l'on dit avoir été confident de plus d'un mystère, auquel l'amour et Lauzun n'étaient pas étrangers.
» est unetfevmrceuxqui y prennent trop de plaisir. » J'aime davantage à dormir; mais la moindre chose »'oii il est nécessaire que je m'occupe m'en distrait t» sans que j'en sois incommodée. Je ne suis point » intrigante; j'aime assez à savoir ce qui se passe » dans le monde, plutôt pour m'en éloigner que » par l'envie jde m'en mêler. J'ai beaucoup de mé- » moire, et je ne manque pas de jugement. J'ai à » souhaiter que, si quelques-uns en font de moi, ce » ne soit pas sur les événemensde ma fortune; car » elle a été si malheureuse jusqu'ici, au prix de ce » qu'elle aui#it dû être, que leur réflexion ne me » serait peut-être pas favorable. Mais assurément, » pour me faire justice, l'on peutdireque j'ai moins » manqué de conduite que la fortune de jugement, » puisque, si elle en avait eu, elle m'aurait sans » doute mieux traitée. »
Après avoir fait la triste épreuve de l'inconstance et de l'ingratitude du duc de Lauzun , mademoiselle de Montpensier vécut et mourut dans la retraite le 5 avril i6g3. Par un premier testament, elle avait constitué le duc de Lauzun son héritier; mais le souvenir de ses mauvais procédés la décida, au lit de mort, à changer les dispositions qu'elle avait faites pour sa fortune. Elle laissa à Philippe d'Or-
léans, frère de Louis XIV, lout ce qui n'avait pas été compris dans les dons faits au duc du Maine. La principauté de Dombes, Sceaux, le comté d'Eu, ayant passé depuis au duc de Penthièvre, à défaut d'héritiers directs des enfans du duc du Maine, la maison d'Orléans se trouvait , avant la réffclution, en possession de tous les biens qui avaient appartenu à mademoiselle de Montpensier. C'est aux soins de cette princesse, à son goût pour les tableaux, et surtout à son désir d'avoir sous les yeux l'image de tous les princes de sa famille , et ceux des personnages les plus célèbres de son temps, que l'on doit une partie de la collection de portraits, qui, restaurée et considérablement augmentée par S. M. Louis-Philippe > décore aujourd'hui le château d'Eu (i). Ce monarque a également conservé tout ce qui retrace le souvenir de cette illustre princesse; et l'on voit encore, dans son ancien boudoir, divers objets qui lui ont appartenu, entre autres un écran qu'elle a brodé de sa propre main.
(1). Voir la notice sur le château d'Eu , en lête du premier volume de cet ouvrage.
209 bU .
LA MEME
9 En pied, assise, tenant le portrait defln père.)
209 ter .
LA MÊME
( Far Mignard. ) C. M.
209 qualer .
LA MÊME
( En pied, avec les attributs de la chasse. )
Cm Hf.
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209 <,uinto .
LA MEME
( Enfant , peint A sur bois.) C. M.
sexto
(En bergère. )
Derrière ce portrait , la notice suivante est écrite de la de mademoiselle de Montpensier.
f BERGÈRE ALENT A LA FAITE DU VILAGE.... 1664. »
2()9septimo
LA MÊME
( Écrivant ses mémoires. )
209 ottavo .
LA MÊME
209 nono .