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LA COMTESSE DE FIESQUE

Anne Leveneur, comlesse de Fiesque, de Lavagne et de Bressuire, dame d'atours de Madame, duchesse d'Orléans , et gouvernante de mademoiselle de Montpensier; fille de Jacques Leveneur, comte de Tillières, chevalier des ordres du roi,etde Charlotte Chabot; née en i5o,3; mariée, en 1609, à François de Fiesque , fils de Sinibalde de Fiesque et d'Alphonsine Strozzi; morte à Saint-Fargeau, le i5 octobre i653, âgée de soixante ans.

Après la mort de madame de Saint-Georges , première gouvernante de mademoiselle de Montpensier, Gaston, duc d'Orléans , son père, plaça auprès d'elle madame la comtesse de Fiesque. a Je » la reçus fort bien, dit Mademoiselle dans ses » Mémoires (1), et, malgré mon peu d'inclination » pour elle , je lui témoignai beaucoup de joie

(1)Tomc 1.

» d'être entre ses mains. Les premiers jours se pas- » sèrent bien doucement : elle y contribuait par les » agrémens de son esprit, car, quoique vieille, elle » est d'aussi agréable entretien que personne du » monde. » Lorsque mademoiselle de Montpensier forma sa maison , elle conserva madame de Fiesque au nombre de ses dames, l'admit dans sa plus grande intimité, et l'associa même à ses exploits guerriers, car elle était une de ses maréchales de camp (i) au siège d'Orléans. Mais il paraît qu'il n'était pas facile de mener avec mademoiselle de Montpensier une vie exempte de ces orages trop fréquens dans la familiarité des grands. Voici une de ces scènes, que raconte Mademoiselle ellemême (2). a Un jour la comtesse de Fiesque entra » chez moi d'une furie terrible et avec un air éva- » poré, et elle me dit : « Il y a long-temps que je sou- » haite sortir d'ici; je ne savais où aller, sans cela » je n'y serais pas demeurée.... Il n'y a rien qui se » puisse faire contre vous que je ne fasse, et je se- » rais fort fâchée si vous ne vous plaigniez pas de » moi: je ferai des manifestes par tout le monde » contre vous. » Je lui répliquai avec beaucoup de

(1) Voir la notice de madame de Frontenac, n. 223.

(2) Mémoires, tome 3 , édition de Petilot.

» douceur : « Si vous me déclarez la guerre, vous » n'y avez aucun avantage : tout ce qu'il y a de » princes dans l'Europe me sont si proches, qu'ils » n'abandonneront pas mes intérêts pour les vô- » très. » Depuis cette sortie, madame de Fiesque fit cause commune avec madame de Frontenac contre mademoiselle de Montpensier, qui parle de cette ligue avec amertume, et semble se plaire à rappeler les circonstances où ces deux dames reçurent dans les fêtes de la cour un accueil peu gracieux , notamment de la part de la reine qui ne les aimait pas (i). C'est dans la même intention qu'elle raconte la présentation de la comtesse à la reine de Suède : « Quand je la présentai* à la reine de » Suède ^ dit-elle, cette reine me dit : a La comtesse » de Fiesque n'est pas belle pour avoir fait tant de » bruit... Le chevalier de Grammont est-il toujours » amoureux d'elle ? »

Malgré ces picoteries et ces brouilles inévitables avec le caractère original de mademoiselle de Montpensier, la comtesse de Fiesque finit par rentrer en grâce, et vint mourir à Saint-Fargeau, auprès de la princesse qu'elle avait élevée.

(1) Mémoires de mademoiselle de Montpeosier, tome ni , p. 281

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