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LA COMTESSE DE FRONTENAC

Anne de Lagrange Trianon, comtesse de Frontenac, mariée au comte de Frontenac, gouverneur du Canada, était une des dames de mademoiselle de Montpensier.

Voici ce que cette princesse en dit dans ses Mémoires (i) :

« Madame de Frontenac menait à Saint-Fargeau » la plus plaisante vie du monde : elle ne se levait » que lorsqu'on lui disait que j'avais demandé ma » viande. Elle venait dîner déshabillée, et souvent » échevelée. Elle me disait : « Je ne me soucie » pas que les personnes qui viennent voir Made- » moiselle me voient ainsi : les honnêtes gens

(1) Tome m, édition de Petitot.

» attribueraient cette familiarité à faveur, les sots » me prendraient pour une fol le, don t je ne me soucie » guère. » 11 fallait l'envoyer quérir vingt fois pour » manger, et tout ce qu'il y avait de pages et de va- » lets de pied dans le logis venaient après elle ; et » quelquefois trois ou quatre pages lui portaient la » robe; elle riait de tout cela. Elle aime à veiller » les soirs; dans sa chambre, la nuit, elle se mettait » à jouer à de petits jeux avec ses femmes, mes » pages et mes valets de chambre , et quelquefois » elle faisait de petits repas jusqu'à cinq heures » du matin. »

Madame de Frontenac accompagnait mademoiselle de Montpensier partout dans ses voyages, dans ses parties de plaisir, comme dans les expéditions aventureuses où la jetèrent son caractère romanesque et les folies de la Fronde. C'est ainsi qu'en i652 elle monta à l'échelle, sur les pas de mademoiselle de Montpensier, pour entrer dans Orléans lorsque cette princesse prit possession de cette place au nom de Gaston son père. Elle était avec la comtesse de Fiesque. Monsieur leur écrivit ce billet célèbre : « k mesdames les comtesses, » maréchales de camp, dans l'armée de ma fille » contre le Mazarin. » Et la cour fit publier à cette

occasion une complainte où ces deux héroïnes étaient chansonnées :

Deux belles et jeunes comtesses , Deux maréchales de camp Suivirent sa royale altesse Dont on faisait un grand cancan.

Fiesque notre bonne comtesse

AUait baisant les batelier» ,

Et Frontenac, quelle détresse!

Y perdit un de ses souliers (1). , (<)<- .

Mademoiselle de Montpensier raconte dans ses Mémoires (2) que cette aventure avait tellement mis ces dames à la mode , que, lorsqu'elle revint avec elles d'Orléans à Étampes, Chavagnac, maréchal de camp, qui commandait son escorte, fit faire halte à un escadron d'Allemands qui marchait devant elle, et dit au colonel, le comte de Quinski, de saluer la comtesse de Frontenac la maréchale de camp. « Us mirent tous l'épée à la main, et la sa- » luèrent à l'allemande, et Quinski fit tirer tout » l'escadron pour lui faire honneur; entrant aussi » bien dans cette plaisanterie que s'il eût été Fran- » çais. »

Depuis cet exploit militaire, la comtesse de Frontenac rentra dans la vie privée, et coula des jours

(1) Recueil des pièces de la Fronde.

(2) Tome 11, (édition, de Peiilot.

heureux auprès de mademoiselle de Monlpensier, malgré quelques petites tracasseries, dont cette princesse rend compte dans ses Mémoires (i).

C'est à sa protection que Segrais dut d'être placé comme secrétaire auprès de mademoiselle de Montpensier. Madame de Frontenac mourut le 3o janvier 1707.

(1) Mademoiselle ne lui pardonnait pas d'avoir dit : « On ne peut plus

• manger avec Mademoiselle: toute la viande qu'on y sert sent le relan ,

• et elle a de si mauvais officiers qu'on ne peut pas vivre. » « A cause, ajoute » mademoiselle de Monlpensier, que je ne mangeais pas de ragoûts. D'or- » dinaire les tables des personnes de ma qualité ne sont pas servies comme » celles des bourgeois; et, comme elle en avait les goûts , tout ce qui ne l'était pas lui déplaisait. » (Mademoiselle de Montpbnsibr, tome m, édition de Pelitot. )

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