DUCHESSE D*>ARPAJON
Catherine-Henriette d'Harcourt de BeuvrOD, duchesse d'Arpajon, daine d'honneur de madame la dauphine (de Bavière), troisième fdle de François dUarcourt, deuxième du nom, chevalier marquis de Beuvron, lieutenant-général en Normandie, et de Renée d'Épi nay-Saint-Luc, dame d'Ectot, fille de Timoléon d Epinay, seigneur de Saint-Luc, maréchal de France; née vers 1622 ; mariée, le i[\ avril 1659, dans l'église de Saint-Pierre de Chaillot, à Louis duc d'Arpajon, chevalier des ordres du roi, lieutenant-général au gouvernement de Languedoc, fils de Jean troisième du nom , baron d'Arpajon et de Severac, et de Jacquette de Castelnau-Clennont- Lodève. Morte à Paris, le iï mai 1701, âgée de soixante-dix-neuf ans.
LE CARDINAL MAZAR1N.
( Peint d'après le portrait de Philippe de Cbampaigne, qui est au Palais-Koyal. )
Jules Mazarin, né à Piscina, dans l'Abruzze, le 1 4 juillet 1602, fut envoyé en Espagne pour étudier dans l'université d'Alcala. Après ses études, il prit le parti des armes; servit quelque temps dans la Valteline, sous les ordres du général Bagni, et revint à Rome trouver son père, que des affaires malheureuses avaient forcé de chercher un refuge dans cette ville. Il avait de l'esprit, de la grâce, et déjà même de la séduction; il sut plaire au cardinal Antoine , et fut nommé vice-légat d'Avignon. La première action qui le fit connaître en France décida de sa réputation. Le pape Urbain VIII
l'avait envoyé négocier la paix en Italie entre les Français et les Espagnols. Les efforts du gentilhomme romain furent long-temps inufdes. Les armées avan-
çaient toujours Tune contre l'autre. Enfin. elles se rencontrèrent sous les murs de Cazal , que les Espagnols assiégeaient. Déjà le canon tirait : les deux armées étaient prêtes à se mêler. Mazarin sort des retranchemens espagnols , et court à bride abattue vers les Français, faisant voltiger un papier blanc. En vain les soldats français s'écrièrent : Point de paix! point de Mazarin! Il essuie une décharge, parvient aux généraux, les détermine à conférer avec les Espagnols, et arrache à ces derniers les conditions les plus avantageuses pour la France. Quelques jours après, un général espagnol reproche au médiateur ce traité : Mazarin met l'épée à la main contre lui, et obtient une réparation formelle.
Le cardinal de Richelieu, charmé de son adresse, de ses manières et de ses talens, l'admit à sa confiance après la mort du père Joseph : il l'initia au secret de sa politique, et le recommanda à Louis XIII, qui le choisit par son testament pour un des membres du conseil de la régence. Cette nomination fit sa fortune. Anne d'Autriche, au milieu d'une cour turbulente, irritée, avait besoin pour conseil et pour appui d'un homme qui, par son habileté, servit à ménager les divers par-
tis ; à adoucir les ressorts du gouvernement, trop tendus par Richelieu ; à rassurer les grandes familles, et à consoler la France des échafauds qui lavaient ensanglantée. Anne d'Autriche crut avoir trouvé cet homme dans Mazarin, et la politique, autant que la galanterie peut-être , décida cette reine ambitieuse et coquette à remettre entre les mains du cardinal et sa destinée et les soins de la couronne. Mazarin , d'un caractère fin jusqu'à la fourberie, souple jusqu'à l'humilité, caressant jusqu'à l'adulation , avait adroitement glissé entre les ambitions secondaires qui se prosternaient avec complaisance devant cet autre maréchal d'Ancre ; mais les ambitions plus hautes , celles des Condé , des Conti , des Longueville , se raidirent contre la faveur de Y étranger : le Parlement partagea leur opposition; et Paris, et la cour, ei la France, furent livrés à la Fronde, cette misérable parodie de la Ligue i Y. Le rôle de Mazarin
(1) Tantôt on était d un parti, tantôt d'un autre. En 1661 , après une discussion au Parlement entre le prince de Coude e! le coadjuteur, ehaeun rassembla autour de soi ses amis.
« Le marquis de Rouillac, fameux par son extravagance, qui était ac- » compagnie de beaucoup de valeur, se vint offrir à moi. Le marquis de » Canillac, homme de même earaclère , y vint dans le môme moment. Dè> » qu'il eût vu Rouillac, il me fît une grande révérenee , niais en arrière et •> en me disant : « Je venais, monsieur, pour vous assurer de mes servi- » res, mais il n'est pas juste que les deux plus grands fous du royaume
était difficile. Incapable [d'une grande résoiution, n'osant, comme son prédécesseur, attaquer de face un grand obstacle, il patientait, temporisait, promettait, leurrait par des espérances, et attendait de la ruse ce qu'il n'était pas en lui de demander au courage : il voulait avant tout rester au pouvoir, et il ne répugnait à aucun des moyens nécessaires pour le conserver. C'est ainsi qu'après avoir fait emprisonner le prince de Condé, son ennemi de tous les lieux, de tous les jours, il alla lui-même briser ses fers au Havre, et s'humilier devant son prisonnier. C'est ainsi qu'au lieu de braver Forage qui grondait sur sa tête, il aima mieux s'éloigner un moment pour le laisser passer, bien persuadé que le peuple de la Fronde était trop frivole pour bouder longtemps le pouvoir, et que, quand on chante dans l'esclavage, on est fait pour porter des fers. Aussi Mazarin, qui était parti à travers une grêle d'épigrammes (i), de vaudevilles, de malédictions, Maza-
» soient du même parti. Je m'en vais à l'hôtel de Coudé » Et vous re- ■ marquerez , s'il vous plaît, qu'il y alla. »
{Mémoires de Kbtz , tome n , page 499.) (1) Frondeur, sais-tu la comédie
Que Paris donne au cardinal ?
Quand le champ de la fronderie
S'est changé en salle de bal ,
L'on a vu l'homme de Sicile
Triompher dans VHôtel-de- Vil l<\
l in, dont on avait mis Ja tête à prix, n'eut pas plus tôt quitté son exil, que la cour et la ville, et le Parlement, vinrent prodiguer à cet heureux triomphateur les fêtes les plus pompeuses et les plus basses adulations. 11 reprit le timon des affaires, conclut le mariage de Louis XIV et le traité des Pyrénées. Le jeune monarque, dans lequel Mazarin disait avoir découvert quatre rois et un homme de bien y suivait les leçons du cardinal avec la docilité d'un pupille; et ce ministre, qui avait bouleversé toute la France, et que la France avait proscrit, mourut tranquille et tout-puissant, dans son lit, à Vincennes, le 9 mars 1661.
Sa mort eut la solennité des derniers 11 ioniens des rois. Dès qu'il tomba malade, on ordonna les prières de quarante heures, et tous les plaisirs de la cour furent suspendus. Cependant il cherchait à dissimuler son mal; et, jaloux de son pouvoir jusque dans les bras de la mort, il s'occupait des affaires, donnait audience,distribuait des grâces, ven-
Monter dessus un échafaud, Mais non pas sur celui qu'il faut.
Si Conti , Beaufort , Longueville , Ont lait choix de l'Hôlel-de-ville .
Us ont agi fort prudemment:
C'est afin de ne point descendre, Et de voir plus commodément Le Mazarin que l'on va pendre.
dait des charges. On prétend même qu'il se faisait mettre un peu de rouge pour persuader qu'il allait beaucoup mieux. Le comte de Fuensaldague, ambassadeur d'Espagne, l'ayant vu dans cet état, se tourna vers le prince de Condé, et lui dit d'un air grave : a Voilà un portrait qui ressemble assez à M. le » cardinal. » Ce fut le curé de Saint-Nicolas-des- Champs qui lui administra les derniers secours de la religion. « Je suis un grand criminel, répétait-il » souvent; je n'ai d'espérance qu'en la miséricorde » divine. » 11 fit amende honorable, et supporta les souffrances de son agonie avec un admirable courage. Selon l'expression de madame de Motteville, il fit bonne mine à la mort. Entouré de flatteurs pendant sa vie, il en eut encore à sa dernière heure. Quelques courtisans se plaisaient à lui dire qu'il paraissait une grande comète dont le présage les effrayait ; il leur répondit en souriant que la comète luijaisait beaucoup trop d'honneur. Son testament fait foi de ses immenses richesses, qui s'élevaient, dit-on, à cent millions; elles furent réparties entre les Mancini et les Martinozzi , ses nièces, dont les plus grands seigneurs et même des monarques avaient brigué l'alliance. Il légua à la couronne dix-huit gros diamans, que l'on nomma les
dix-huit Mazarins; à la reine-mère, le gros diamant appelé la rose d Angleterre ; à Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, un bouquet de cinquante diamans, et trente émeraudes au duc d'Anjou. C'était par le jeu , la vénalité et son insatiable avarice, qu'il avait acquis cette fortune prodigieuse. On cite un mot qui peint l'opinion qu'on avait de sa cupidité : M. de Liancourt proposait à M. de Mortemart d'aller rendre une visite au premier ministre, qui venait de perdre son père. « Il en est fort affligé, lui » disait-il. — 11 a raison, reprit Mortemart : c'est peut- » être le seul homme qui pouvait mourir sans qu'il » en héritât. » Madame de Motteville, qui a cou sacré plusieurs pages à reprocher à Mazarin son avarice, dont les reines et leurs maisons avaient quelquefois à souffrir, paraît trouver quelque consolation a citer plusieurs épigrammes dont le public salua ta
mort du cardinal.
« Mazarin sortit de Mazarc ,
• Aussi pauvre que Lazare , » Réduit à la nécessité ;
» Mais, par les soins d'Anne d'Autriche ,
» Ce Lazare ressuscité
» Est mort comme le mauvais riche. »
« Je n'ai jamais pu voir Jules sain ni malade. » J'ai reçu mainte rebufTadc
• Dans la salle et sur le degré ;
» Mais enfin je l'ai vu dans son lit de parade , » Et je l'ai vu fort à mon gré. » ,
Pendant que la ville chansonnait l'illustre défunt, le roi , les reines et toute la cour lui rendaient un hommage royal en prenant le deuil.
Voltaire, dans sa Henriade, a comparé Richelieu et Mazarin, dans ces beaux vers qui ont été dictés par la muse de l'histoire :
« Henri dans ce moment voit sur les fleurs de lis
• Deux mortels orgueilleux auprès du trône assis :
• Us tiennent sous leurs pieds tout un peuple à la chaîne ; » Tous deux sont revêtus delà pourpre romaine;
• Tous deux sont entourés de gardes, de soldats :
» Il les prend pour des rois : Vous ne vous trompez pas, » Ils le sont , dit Louis , sans en avoir le titre.
• Du prince et de l'État l'un ei l'autre est l'arbitre. » Richelieu , Mazarin , ministres immortels ,
» Jusqu'au trône élevés de l'ombre des autels,
» Entons de la fortune et de la politique ,
» Marcheront à grands pas au pouvoir despotique.
» Richelieu , grand , sublime , implacable ennemi;
» Mazarin , souple , adroit , et dangereux ami.
» L'un fuyant avec art, et cédant à l'orage ;
» L'autre aux flots irrités opposant son courage ,
■ Des princes de mon sang ennemis déclarés ;
» Tous deux hais du peuple, et tous deux admirés;
• Enfin, par leurs efforts , ou par leur industrie,
• Utiles à leurs rois , cruels à la patrie. •
Son corps fut déposé dans la chapelle du collège des Quatre-Nations, et son cœur au couvent des Théatins, deux monumens de sa fondation.