LE DUC DE BEAUFORT
(Peint sur bois)
Beaufort (François de Vendôme, duc de), né à Paris en 1616, était fils de César de Vendôme et petit-fils de Henri IV. En i635, dès l'âge de dixneuf ans, il montra, à la bataille d'Avein , qu'il avait hérité du courage de son aïeul. Il se fit encore remarquer les années suivantes aux sièges de Corbie, de Hesdin , d'Arras. Quand Louis XIII , faisant ses dernières dispositions à Saint-Germain , déclarait qu'il donnait à la reine le titre de régente, à Gaston celui de lieutenant-général, et au prince de Condé celui de chef du conseil, il fut un des partisans d'Anne d'Autriche, et vint lui offrir le secours de la maison de Vendôme. Aussi, lorsque, le 12 mai 1 643, le roi était dans le plus grand danger, et que Gaston et Condé appelaient à Saint-Germain leurs
amis en armes, Aime effrayée confia ses eufans à la garde du duc de Beaufort, enjoignant aux troupes de lui obéir. Le roi mort, elle le chargea d'agir auprès du Parlement pour qu'on lui donnât la régence pleine et entière ; sa négociation réussit, et le Parlement cassa le testament de Louis XIII. Le duc aspirait à faire éloigner Mazarin ; mais la régente, sentant bien l'incapacité de Beaufort, lui persuada adroitement que Mazarin seul pouvait diriger le conseil, tout en lui promettant que rien ne se ferait sans son avis. Beaufort, bientôt détrompé, et furieux de l'éloignement de sa maîtresse, madame de Montbazon, qui venait d'être exilée à Tours par Mazarin pour avoir déplu à la maison de Condé, se jeta dans la cabale des i/nportans, brava orgueilleusement Mazarin, et alla même jusqu'à reprocher en public à la régente son ingratitude. Mazarin, profitant de l'audace étourdie de Beaufort, dit à la reine que le duc avait le projet de le faire assassiner. Beaufort fut arrêté au Louvre le i septembre i643, et enfermé au château de Viucennes. Madame de Motteville dit dans ses mémoires : « 11 fut mal content de se voir trompé et déchu de » ses belles espérances; mais, comme il avait du » cœur, il fit bonne mine dans son malheur. » Cinq
ans après, il s'échappa de sa prison, en 1648. Lorsque le prince de Conti, se dérobant de Saint-Germain avec le duc de Longueville, accourut se mettre à la tête des frondeurs dans Paris, en 1649, Beaufort ne tarda pas à venir le joindre, et à être déclaré général sous ses ordres. Il se fit absoudre par le Parlement des accusations portées contre lui durant son emprisonnement, et dut à sa force physique, à ses manières vulgaires, à son esprit trivial , ainsi qu'aux anciennes persécutions de Mazarin, la faveur populaire et le surnom de roi des halles. Pendant cette guerre civile il fut très-utile aux princes, et hasarda plusieurs fois sa vie avec courage. Lorsque la paix se traita, Beau fort, mécontent de ce qu'on lui offrait, et toujours irrité contre le cardinal , essaya d'exciter de nouveau Forage, et demanda le renvoi de Mazarin. N'ayant pas réussi, il se soumit enfin, mais sans se réconcilier. Quelque temps après Beaufort, ayant été saisi d'une colique violente, se crut empoisonné, ou feignit de le croire, et prit publiquement du contrepoison, pour ranimer l'affection que la populace avait pour lui. 11 ne manqua pas son but. Voici ce que dit madame de Motteville : « Le peuple de » Paris fut voir ce prince malade, et la foule devint
» si grande chez lui, qu'à la fin il fallut ouvrir toutes » les portes qui allaient à sa chambre, hausser les » rideaux de son lit et l'exposer à la vue du public. » Ce grand concours et les flatteries de quelques- » uns de ses amis achevèrent de le rendre irrécon- » ciliable avec le ministre. »
Quand le prince de Condé, en i65s&, se fut séparé de la reine, et, cédant à ses amis, eut levé l'étendard de la révolte, Beaufort fut son lieutenant, ainsi que son beau-frère, le duc de Nemours. Ces deux princes, par suite d'un différend qui avait laissé dans le cœur de Nemours une haine invincible , se battirent en
duel derrière l'hôtel de Vendôme (i), et le duc de Beaufort tua son beau-frère d'un coup de pistolet qui lui perça le cœur. L'autorité royale ayant été généralement reconnue en i653, Beaufort vécut dans l'exil; il montra beaucoup de constance et de grandeur d'âme , en ne recherchant point grâce auprès du ministre. Mais, en i658, le duc de Vendôme, son père, ayant proposé son retour à Mazarin, le cardinal y consentit, et, traitant Beaufort comme un ami, lui donna la survivance de la charge d'amiral de France, qu'avait son père.
(1 ) La place Vendôme a éCé bâtie de 1685 à 1701 , sur le lerrain de cet
hAtol nuit i.
En r664, le duc de Beaufort difigea contre les corsaires d'Afrique une expédition qui n'eut pas de succès. Mais l'année suivante il battit deux fois les Turcs sur mer. Envoyé en 1669 avec des troupes françaises au secours des Vénitiens, dans l'île de Candie , il retarda les progrès de l'armée ottomane, fit des prodiges de valeur, et fut tué dans une sortie le 1 5 juin de la même année. Il est probable que Jes Turcs, suivant leur usage, lui coupèrent la tête, car l'on ne put le reconnaître parmi les morts.
Voici le portrait qu'en trace La Rochefoucauld dans ses Mémoires : « Le duc de Beaufort était » bien fait de sa personne, grand, adroit aux exer- » cices et infatigable; il avait de l'audace et de l'é- » lévation, mais il était artificieux en tout et peu » véritable; son esprit était pesant et mal poli; il » allait néanmoins assez habilement à ses fins par » des manières grossières ; il avait beaucoup d'envie » et de malignité ; sa valeur était grande, mais iné- » gale: il était toujours brave en public, et souvent » il se ménageait trop dans les occasions particu- » lières. Nul que lui, avec si peu de qualités aima- » bles, n'a jamais été si généralement aimé qu'il le » fut dans le commencement de la régence et de- » puis dans la première guerre de Paris. »
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