SCENE III
Les Mêmes, PICHARD.
riciiARD, entrant.
Air : Lorsque It Champagne.
Au diabP la sagesse , ÎNarguons le déclin
L' chagrin ; Rien, n' chass' la tristesse, Comme un gai refrain.
Soyons comm' Grégoire Jamais d'humeur noire , Ne songeons qu'à boire , Trinquons, rions, chantons :
La mélancolie Abrège la vie , Tandis qu' la folie Est le Dieu des lurons...
Au diabl' la sagesse, etc.
Grâces, gentillesse, Amours et jeunesse, Amis et richesse , Tout passe; tout s'éteint ; Tandis qu' plus constante, Plus sûr', plus puissante, Toujours consolante , La gaîté nous soutient.
Au diabl' la sagesse, Narguons le destin,
L' chagrin ; Rien n' chass' la tristesse Comme un gai refrain.
(A Jérôme.) Àh! ah! te v'ià, toi, l'homme des bois?
JÉRÔME. Homme des bois!..
PICHARD, riant. Eh ben ! oui, un charpentier... comme moi qui suis un homme de plâtre... bonjour ma Fifine.
FIFINE. Bonjour mon petit oncle. (Elle l'embrasse.) Tenez, vl'à vot' soupe, ça vous réchauffera.
PICHARD , prenant un poêlon quelle lui donne et y plantant une cuiller. Pas plus épaisse que ça ? excusez, en v'ià une de limousin!.. (Mangeant. ) Gare là-dessous... (Il rit.) Si ce potage-là ne me tient pas au corps, j'aurai du malheur , c'est comme un mastic.
JÉRÔME. Satané père Pichard , va! il est toujours joyeux, toujours riant!
PICHARD. gaiment. Toujours morbleu! à l'ouvrage comme au repos; matin comme soir; un jour comme l'autre: j'ai encore de la monnaie, quéque tu veux donc que je change?
Air : Est-ce ma faute dà , s'il m'a fait comm' ça.
( Rapidement et sans refrain, excepté au dernier couf)le(
Chacun son système , Sa manier', son goût-;
Rire est ce que j'aime,
Et je ris de tout.
J' suis original ,
C'est possibl' tout d'même ,
Qu'on 1' trouv* bien où mal
Ça m'est bien égal.
Sans fuir' la grimace , Lorsque j' suis en train , J' bois puncb et d'mi tasse Par d'sus bierre ou vin :
On dit qu' ça fait mal, Mais puisqu' tout ça passe Parle mêm' canal , Ça m'est bien égal.
Jamais la critique N'eut pour moi d'appas , J' ris d' la politique Et n' m'en mêle pas Fut-c' le pont royal Qui mèn' la boutique Si n' la mèn' pas mal
La métempsycose
Me console encor ,
C'est un' fameus' cbose ,
D' survivre à la mort.
Qu' m'importe au total
La métamorphose ,
Être cbien , où ch'val
Ça m'est bien égal, ter,
JEROME, bas à Fi fine. Non, il n'est pas philosophe, c'est le chat!
PICHARD. Ah! dites donc, une bonne nouvelle; ma femme qui va s'en aller dans l'autre monde.
FIFINE, vivement. Ah! mon Dieu!
PICHARD. Oui, oui, on m'a assuré qu'elle partait pour la grande loupe.
FIFINE et JÉRÔME. Quéque c'est que ce pays là ?
PICHARD. Ah! je n'en sais rien; c'est en Russie, en Afrique, je ne sais où!., elle va être demoiselle de comptoir, dans un estaminet ; en v'ià une de place qui lui convient ! vivre au milieu des flacons de liqueurs... par exemple , gare là-dessous!..
FIFINE. Et vous souffrirez...
PICHARD. N'y a pas de souffrance, c'est pour son bonheur; qu'elle file, qu'elle file, plus ça sera loin, plus ça m'arrangera; mais l'heure se passe, je vas finir mon potage, et puis...
FIFINE, bas à Jjérome. Là, vous allez le laisser aller s'en sans lui avoir rien dit.
JÉRÔME. Laissez donc faire, il n'est pas encore parti.
PICHARD, se remettant à manger. Diable de Fifine , va , ta soupe à l'oignon est furieusement panade!
* JÉRÔME. Eh! parbleu! laissez-la; voyons, voulez vous perdre un tiers de jour ? je vas poser mon bouquet, je touche les noyaux, et je reviens manger ici, jusqu'à la démolition totale d'une pièce ronde , j'ai justement à vous causer de quéque chose, et moi , n'y a rien comme un verre de vin pour me délier la langue ; est-ce accepté ?
PICHARD. Une ribotle?.. non, non, non, j'ai déjà fait c'te semaine un lundi qu'a duré trois jours, c'est assez comme ça... d'ailleurs , est-ce que je ne devine pas le motif de ton colloque? Tu vas me la demander en mariage, n'est-ce pas? nigauds, faut ben que vous soyez las d'être heureux!., savez-vous ce que c'est que le mariage? c'est le père de la débine, le frère des embarras, le cousin-germain des soucis; où ben pour me servir d'une comparaison plus simple, c'est comme qui dirait la liberté dans une souricière... où une chandelle avec un éteignoir dessus.
JÉRÔME. Eh ben ! elle est jolie vot' comparaison !
PICHARD. Ah! elle est philosophique.
FIFINE. Laissez donc , mon oncle , si le mariage vous a écœurré, faut pas en dégoûter les autres !
JÉRÔME. Voyons, père Pichard, consentez...
PICHAKD. Ah! ce que j'en disais, c'était seulement pour la chose, mais si vous y tenez tant, je le veux ben, moi; etcomme dit la chanson : Gai, gai, mariez-vous.. .
FIFINE, avec joie. Ah! mon bon petit oncle!
PICHARD, d Jérôme. Par exemple, tu paies à déjeûner?., car toi, mam'selle Fifine, pour ta pâtée, vois-tu... (Vidant le poêlon par la fenêtre. ) Gare là-dessous!
FIFIKE ET JÉRÔME.
Air du galop de Gustave, Ah ! quel plaisir 1 ah 1 quel bonheur \ D'amour, je sens battre mon cœur ;
Nous l'emportons ,
Nous triomphons ,
Plus de soucis
Nous s' rons uni*.
limon*.
i' pars, vite et tôt , J ' cours au galop , C'est 1* magot Qui paira l'écitf :
J' planl' uion bouquet Et quand c's'ra fait , Je r'viens d'un trait l'ics d' mon objet.
ENSEMBLE
Ah! quel plaisir etc.
Jérôme sort.