‹ Le Château de Bagatelle, 1715-1908 d'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine et des mémoires manuscrits ou imprimésChapitre 15 sur 146 · Voir le Journnl de Muthien Murnis · texte numérisé non relu

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3. Voirie Recueil Mnurepus ouest eilé un dialof^ue en vers enire M. d'Averne, Mme d'Averne et M. dAlincourt : el les Mémoires pour servir h l'Histoire de In Cnlolle Maropolis, 17;;.). ii* parlie. p. 1 ; ainsi (jue les Mèlnncfes de Boisjounhiin. \'oii' appendice n" II.

iz iiisT(ni'>i: Dr (iiAïKM i)i; r.AC \i kijj:

clialo d'I^strécs iiomiru'c li.'i^.ilcllc. (jui est sui' le Ixjid du hois (l(î lioulogno, vis-;i-vis Teau cl la maison dit M. (le Ilurchi. Cette maison, (|uoique Bag-atelle, lui a coûté cent mille livres au moins, mais ils ont f^a^'-né des biens immenses. J(» soupais ce même jour, dans le bois, dans une maison voisiner ' : nous les vîmes tous passer. J'admirai la hardiesse du Itég-ent, (|ui sait ou doit savoir qu'il n'a pas donné sujet de l'aimer. Cependant, il était dans un carrosse tout ouvert, la maréchale k côté de lui, la d'Averne sur le devant. Deux valets de pieds sans un pag-e ni un garde. Cela ne peut pas s'appeler avoir peur. Avant de souper, ils se promenèrent sur l'eau-, nous entendîmes de dessus la terrasse des fêtes de musique. Et de là, il s'en alla coucher à Saint-Cloud. »

Mme d'Averne, tout en restant la maîtresse du Régent jusqu'en 1722, ne tarda pas à se donner de nouveaux

amants.

Pendant les années qui suivent, Bagatelle se passe d'histoire, jusqu'au jour où commencent les grandes galanteries de Louis XV, galanteries qui vont faire jaser les chroniques du bois de Boulogne.

D'Argenson disait du roi qu'il réunissait tous les défauts de nos princes du sang: a la bosse de M. le prince de Conti, la voix rauque de M. le duc, (et) la sauvagerie de M. de Charolais ». 11 aurait pu ajouter que certaines dames comme Mme la maréchale d'Estrées et Mlle de Charolais surent éveiller en lui des vices dont elles s'amusèrent et dont elles vécurent.

11 est certain que le château de Bagatelle se'rvit à abriter certaines amours de Louis XV. En lisant les mémoires du duc de Luynes qui suit pas à pas les personnages de l'époque attachés à la cour, on voit souvent que dans les fugues amoureuses du Roi, les dames vont coucher à Madrid dans la dépendance de Mlle de Charolais, et que, de la Vluette où lui-même couchait, il

1. L'uvocaL Harl)ier jivail la jouissance d'iinr maison ol d'un potaj^er dans les comniuns di^ Madrid.

1*. Sur la rivière de Seine. sLyle ancien.

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partait de grand matin et allait surprendre les daines au lit. Ces dames sont : Mme de Vintimille,Mme de Mailly, Mme d'Antin, Mme de Talleyrand, Mme de Saint-Germain; quant à Mme la maréchale d'Estrées. elle couchait chez elle. Les dames étant levées et habillées, le Roi rentrait à Versailles avec elles ' .

Ces visites de srrand matin étaient du reste chose facile. Une g-rande allée droite passant pai* la Croix de Jean de Schulemberi^-, ancien capitaine des chasses du bois de Boulogne, reliait le chàtejui de la Muette au ch iteau de Madrid. Une autre, avec un léger coude et passant par la (]roix de Catelan, reliait le château de la Muette au château de J3agatelle vers l'extrémité du jardin triangulaire formé par le mur du bois de Boulogne et la route de la Longue-(jueue.

Le maréchal d'Estiées mourut en \1'M -.

Mme la maréchale d'Estrées conserva la propriété de l^agatelle et ne changea en rien ses façons de vivre, soit à la cour près du Roi, soit dans Tintimité galante de personnages qu'elle recevait dans sa maison du bois de Boulogne.

Il est vrai que, de ce moment, les voyages de Louis XV à la Muette se multiplient, et ce sont les mêmes dames qui l'accompagnent. Nous nous bornerons ici à citer pour mémoire les dates ^ de ces voyages ; car les mêmes faits s'y reproduisent. A chacune de ces absences de Versailles, les hommes couchent à la Muette, et les dames, soit à Madrid chez Mlle de Charolais, soit à Bagatelle chez Mme la maréchale d'Estrées. C'est à Bagatelle que le Roi se retire le plus volontiers avec ses maitresses.

1737. — Mars, lundi gras et 0 août.

1738. — 1''^' décembre ; samedi () décend:)re et dimanche 7.

Ce jour-là : « Le roi monta dans ses carrosses

I. On trouvera des détails sui* ces l'ails dans notre Ilisloirc de Mlle (le (JJinvulais

:2. 2.500 actes, etc.. parle niarcjuis deSurj^ères. Sépulture de ^'iclor- Marie duc d'Estrées. pair, maréchal de France et vice-amiral de France, décédé le -1 décembre ITi»", âj;é d'environ 77 ans. L'acle est daté du oO (.lécembre.

o. Toutes ces dates sont prises dans les mémoires du duc de Luynes*

11 iiisKjiiu; 1)1 ciiAiiiAi i)i: ii\(.Aii;ijj;

vX alla souper à Madrid chez Mademoiselle : elle y était dès la veille avec Mlle d(* (îlermont et Mlle de la Uoche-sur-'^ On. Les daiiuîs sont : Mme dcî Mailly, Mme de Heuvron et Mme la maréchale (ri^sti'ées. » Samedi l 'j et vendredi 2i) décend)re.

\1A\). — Mercredi 7 janvier; 2 lévrier; Ki, 17, 18 (;t 21 avril ; 7 juin ; mardi 2 août ; 23, 27 et 29 décembre.

J740. — Le 2 et le dimanche 28 mars ; 24, 29 et 30 avril. Cette dernière date coïncide avec la revue des fj;-ardes françaises dans la plaine des Sablons.

1741. — Jeudi 19 janvier; 8 et IG mai.

1742. — Jeudi29avril ; mardi 13août ; mercredi 3 octobre.

On remarquera que c'est le temps des amours du roi avec les demoiselles de Nesle. C'est un peu le sujet de notre Histoire de Madrid et de notre Histoire de Mlle de (.'Juirolais ., c'est pourquoi nous n'insistons pas ici.

D'Arg-enson, toujours un peu mordant, dit de Mme la maréchale d'Estrées à ce sujet: « La maréchale d'Estrées joue un prétendu grand rôle à Bagatelle, dans le même bois de Boulogne et en tire grande vanité » ', et il la juge plus sévèrement encore en disant : « La maréchale d'Estrées servait aussi de complaisante au roi ; elle reçoit la cour et Mme de Mailly à Bagatelle et s'en tient fort honorée. »

Elle avait cédé déjà son logement de Versailles à la même dame de Mailly -. Ce logement, situé d'un côté sur la cour des Princes et de l'autre sur la rampe, était merveilleusement placé pour les petits soupers que le roi se plaisait à donner aux dames, ses complaisantes et ses maîtresses.

On peut dire ainsi, que de 1737 à 1742, Bagatelle fut le temple d'amour de Louis XV. C'était le mystère, tandis qu'à Versailles et surtout à Marly c était le vice étalé.

Mme la maréchale d'Estrées conserva la propriété de

l. Journal et Mémoires (lu marquis (lArf/enson, Socic''lé de Tllisf. de France, t. II, p. i^i.

i\ Mémoires du dur. de J.uijncs, l. VI, p. 34G.

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Bag-atelle jusqu'à sa mort qui survint le i\ janvier 1745. Elle succombait à une fluxion de poitrine. Voici ce que dit le duc de Luynes : a Lundi dernier, Mme la maréchale d'I^^strées mourut à !) heures du matin à Paris ; elle avait plus de soixante ans ; elle était lille de Mme la maréchale de Noailles, qui vit encore ; elle n'a jamais eu d'enfants. C'était un caractère d'esprit léger et frivole ; elle avait voulu plusieurs fois se mettre dans la dévotion, et elle n'avait pas entièrement réussi dans ce projet ; elle était naturellement fort ^jç-aie et même plaisante, peu d esprit, mais parlant de tout et de cent choses différentes tout de suite sans s'arrêter à aucune. Elle s'était appelée longtemps la marquise de Cœuvres et avait été dame du palais de Mme la duchesse de Bourgogne, qu elle amusait beaucoup. Elle est morte fort chrétiennement ; elle n'a voulu voir personne de sa famille que le maréchal et le comte de Noailles. On la croyait hors d alfaire la surveille de sa mort '. »

Plus loin, le duc de Luynes dit simplement : - c L enterrement de Mme la maréchale d'Estrées s'est fait hier (14 janvier) sans cérémonie ; c'est M. le maréchal de Noailles qui est son légataire universel. »

Celle qui s'était amusée à se jouer du cliancelier d'Aguesseau — avec sa sagesse, il a donné dans le panneau ; il se laisse aj>peler : mon folichon... ' — et qui avait quitté son amant le président llénault pour prendre le comte de Roussillon, ce (pii lit dire qu'elle avait fait « tout d'un coup un gnuid saut du llainaut en Roussillon... >» '' n'avait pas craint, n'étant plus d'âge à faire tourner les tètes, de se faire la complaisante du Roi, et c'est ce qui lui valut la faveur dont Louis NV l'honora jusqu'à sa mort.

Telle fut la lin de la première période galante.

Au mois de novembre 1838, on mettait un cercueil

1. Méi)ioires dti duc de Lui/iies. à la dalc du mercredi i:J janvier 174.'). -. Mémoires du duc de /vf/j//ie.s, à la dalc du vendredi l;>jan\ier ITi'i. I). Journal de Mulhieu Murais, l. II, p. :i:»N. 4. Jour nul de MuUiicu Maruis, (. \\. p. 301.

H» iiisroiiîi: di; (Jiaij:ai; ui: umjxïiaaa:

{\v plomi) il (K'couN {'il, provciiaiil (K's iouillcs aulorisiM-s dans la cour d uikî maison de la vuv. (Cassette, sur 1 (îiiiplacemeiil de l'ancien couvent des filles du Saint-Sacrement. On ci'oyait (jue c était celui de la vénérable mère Mecthidde du Saint-Sacrement. 11 renfermait, suivant son inscription, les restes de Lucie-Félicité d(; Xoailles, morte en 1745. Le duc de Xoailles la réclama et la fil porter à Maintenon, dans la sépulture de sa famille.

La maison où les recherches avaient lieu appartenait au grand peintre M. Hersent', qui ne les avait autorisées que sous condition dune abondante aumône au profit des pauvres du quartier-.

1. Hersent (Louis), né à Paris le M) 'mars 1777. mort à Paris le '2 octobre 18(50. Elè\ c de Hegnault. Membre de rAcadémie des 15eaux-Arls »ii 18:23 et professeur à rEcolc. Deux de ses tableaux sont à A'ersailles et son Narcisse changé en fleurs (1802) est au musée de Cambrai.

2. Inscriptions de la France. Bibl. nat. n° 246, 43, 1 (dans la salle de travail de la Bibliothèque nationale).

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