ET SA FAMILLE, UREVET DE DON DE LA JOUISSANCE DE IJAGAIEI-LE
EN i7i(;
Le château de BaL»'alelle sans locataire passa entre les mains de Michel-Philippe Levesque de Gravelle, qui en obtint la jouissance au même titre ([ue Mme hi maréchale d'r^strées.
M. Levesque de (Iravelle était conseiller au Parlement depuis le 22 mai 1720 et naturellement son nom paraît dans VAlnuin<ich royal de 1721, comme attaché à la troisième Chambre des enquêtes, et demeurant rue Salle-au-Comte '.
Sa nomination au Parlement, en l'obligeant à une plus p^rande représentation^ le fit déménager et prendre un vaste appartement rue Saint-Magloire, où il resta jus- ([u'en 1729.
Les recherches auxquelles nous nous sommes livré afin de découvrir ce qu'était en réalité ce Levesque de Gravelle sont incalculables. Les renseignements que nous avons obtenus sont encore peu nombreux, mais nous espérons que les personnes ém inentes qui liront cet ouvrage y trouveront grand intérêL
Grâce aux quelques pièces que nous avons trouvées, nous pouvons suivre l'arbre généalogique de la famille de Levesque de Gravelle jusqu'au règne de Henri 1\', et en voici les extraits qui nous sont nécessaires :
1. C'est au coin tlo la l'ue Sallc-au-t^omtc et de la i-vio au\ Ours (juo se liM)u\ait riniaf;e de Nolrc-Danic de la ('aroUe. cette \ierfi(' appeU-e ainsi à cause tle sa danse très populaire au moyen i\^c. qu"on y dansait les jours de i'cte. \oiv Piganiol, t. III. p. 37:2. et t. IV, p. 23.
2. C'était une ferme qui appartenait vers 1550 à Gilles Dcdroissez et que lui avait achetée Fiacre Uouvet, qui, avec son frère Jean, faisait le conuiierce de l^ois.
18 iiisToiin; r)i: ciiailai. iik |{A<.a'h:i-i,i.
Jean Levcsquo, vcndcîur (;l coût... de poisson irais' et salé à Paris, paraît être né vers 1(>00. Il avait épousé Denise de Fossé, (pii, née en KJOl, mourut en mars H'jH'.^ et fut inhumée le 15 du même mois à Saint-Nicolas-des- Ghamps, sa paroisse, en présence de ses lils, I^iilippe et Denis Levescjue.
Déjà, son fils aîné Philippe Levesque dirigeait l'importante maison de son père depuis l()7i,et il est ainsi connu comme vendeur de poisson de mer. (Quelque temps après la mort de sa mère, et la même année, il devint quartenier de la ville de Paris. Sa demeure était alors rue Gomtesse-d'Artois.- G'est quelques années plus tard qu'il vendit son commerce de poisson frais et salé et que, possesseur d'une belle fortune, il chercha à entrer au Parlement. Déjà, liOuis Levesque, son frère, était conseiller au Ghâtelet depuis 1683.
Philippe Levesque acheta roHice de conseiller secrétaire du roi, devint échevin de la ville de Paris et administrateur de l'hôpital des Incurables et de l'hôtel- Dieu ; puis, cherchant à se rapprocher de la noblesse, péché mig-non de cette époque, il acheta la terre de Gravelle, le 6 octobre 1704, alors qu'il habitait, rue de la Tissanderie, paroisse Saint-Jean.
Tel le dit la minute du contrat de vente de cette terre '^ faite par la famille de Farivillières à Philippe Levesque, moyennant 120.000 livres'.
1 . Sa sœur Madeleine Levesque épousa Jacques Iluby, luiissicr au Parlement dont le fils Louis Huby, avocat au Parlement, épousa à Saint-Nicolas-des-Ghamps, le 22 février 1(391 (Madeleine Levesque était morte), Marie Chalmette, fille de Biaise Chalmctte. marchand bourji^eois de Paris, et de Marie Mij;nct.
2, C'est en 1410, que Jean sans Peur ajouta aux dél'enses déjà très l'oi'les de son vaste liotel de Bouriiofine. « ([ui lui était échu huit ans auparaAant dans le partaj;e des biens de sa mère, Marguerite, cette bonne comtesse d'Artois dont l'extrémité de la rue Montorgueil }j:arda si longtemps le nom ». Edouard Fournier. Chroniques el Léc/endes des rues de J\iris. Paris, Dcntu, 18!)o, p. !)0.
.'). \'oir l'acti; de vente de cette terre, appendice n" IV .
i. Bibl. uat. mss. ])iéces originales, 1705, j). 171. A'oir cette pièce appendice n" 4. Cette pièce est suivie de deux quittances : dans la première, du 2(i janvier 1707, on voit (jue Messire Pierre Philippe Levesque de Gravelle habite rue Salle-aux-(]omptes, paroisse Saint- Leu, ce ((ui corroborrc VAImnnacli royal de 1720 (mss. pièces originales 170ij, p. 177), et lautre est une quittance « passée par devaut
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Philippe Levesque mourut le 22 janvier 170G. En 1()72, il avait épousé Marguerite Bazin, sœur de Toussaint- Simon Bazin, vendeur de marée et reçu échevinle 16 août 16î)3; veuve, Marg-uerite Bazin vendit l'otrice de secrétaire du roi, charge dans laquelle son mari était mort, à Jean- Baptiste de Tourneur, qui en fut pourvu le 20 février 17()().
La sœur de Philippe Levesque, Marguerite, avait suivi la lii^-ne de conduite îuiibitieuse de son frère : elle avait épousé Pierre Guillois, conseiller du Boy, contrôleur des décimes du diocèse de Baveux et grelïier du dépôt civil du Chàtelet à Paris. Ils eurent un lils, Claude (ruillois, qui devint payeur de rentes et qui épousa à Saint-Xicolasdes-C^hamps, Marie-Françoise llavallet' ; et une hlle, (ieneviève-Michelle Guillois, dont nous parlerons plus loin.
Philippe Levescpie - n'eut de son mariage (pi'un fils. Pierre-Philippe Leves([ue, seigneur de Gravelle, de la Tour d'Auvers, de \ augrigneuse et de Chafloup "', substitut du ])r()cureur général de Paris, puis maître des
iiKty K' -d octobre 17 H* rluiit ensuite d'un conti'ul do constitution du 2() juillet 1718 de 480 livres de rentes au principal de 12.000 livres par Mcssirc Pierre Philippe I^evcsque, seifiiieur de Gravelle, maître des comj)tes et dame Genc\iève-Michclle (îuillois, son ci)ouse sollid. au profil de Pierre (iuiiinard de la Sollais, hourj^eois de Paris... » Le château de (iravcUe renianiuable i)ar ses eaux, ses canaux et ses jardins... proche du château de (rillevoisin ([ui appartint à Aniyol. précepteur de Henri III et au président Brisson ([ui l'ut pendu pendant la Lifiiio. — était sur la paroisse d'Auvers-Saint-(ieorj;es, à 10 kilomètres tlKtampes. Voir une vue du château de Gravelle et ([uek[ues détails histori([ucs 'dans l'ouvrage de M. Maxime Legrand, Elunipes pittoresque ; 2* partie, II (11)07), p. 888.
1. Pierre Guillois et sa femme assistèrent au mariage d'Antoine du Fayot, écu^'cr, seigneur de Guisy. avec Marie-Anne Le A'cnnier, lîUe de François Le \'ennier. chevalier, seigneur de la Grosselière et de l'eue Louise-Klysabcth Tallemant, ([ui eut lieu le 24 janvier 1672 à Saint-Xicolas-dcs-Champs.
2. Ce (jui pi'ouve ((ue Picrre-Philip|)e acheta de nou\cllcs terres dont il devint seigneur.
3. A'^oir le testament de la dame veuve Le\es(pie i\c Gravelle, (jrcneviève-Michclle Guillois, veuve de Messire Pierre-Philippe de Gravelle. demeurant à Paris, rue Sainte-Magloire, paroisse Saint-Gilles, qui institue son pclit-lils .M. de (îravelle légataire universel, à « l'exception néanmoins de tout mon mobilier qui se trouvera m'ai)i)artcnir en telle nature qu'il soit, leciucl sera partagé légalement avec Madame de CoUandre sa sceur, à la charge de payer aussi chacun par moitié la dette du legs de ma succession ». Arch. nal. ((. oS, 1'" 2.
20 iiiSToiiu; 1)1 (;iiati:ai di; 15A(.,\ iklij:
coiupUîs à l^iris, apicîs sa réccplion du 30 niai 1(>8(>, cl l'un (les conseilleurs do la (lliarnhrc d(î juslicc, ci'éée par édil de mars 171(>. 11 mourut le 1 i{ mai 1740, â^é d(î 83 ans (ce qui le fait naître en l(j;J7j, doyen des maîtres des comptes. Il avait épousé en premières noces... Maiie- Elisaheth Iluerne, morte le î) septembre j 095, et inhumée à Saint-Nicolas-des-Ghamps le lendem.ain iO, âj^ée de 28 ans et un mois. Elle était fille de Philipjx* Iluerne, auditeur des comptes à Paris, et sœur de Philippe Iluerne, avocat. De leur premier mariage, il eut une fille, Marie- Geneviève, née le 20 décembre J690, baptisée le 28 du même mois à Saint-Nicolas-des-Ghamps, et morte jeune. Pierre-Philippe Levesque se remaria le 30 septembre 1697, avec Geneviève-Michelle Guillois, sa cousine, fille de Michel Guillois '% conseiller auGhàtelet, ancien éche vin deParis, et de Gatherine Doyneau. G'est de ce second mariage que naquit Michel-Philippe Levesque, qui acheta Bagatelle en 1746.
Michel-Philippe Levesque, seigneur de Gravelle, ^'augrigneuse' et Grignouville, resta fils unique, futreçu conseiller au Parlement de Paris à la 3"^ Ghambre des enquêtes, le 22 mai 1720. Il épousa, le 15 février 1729, Marie-Barthelemie Thoynard, fille aînée de Thoynard, fermier général. De ce mariage naquit, Philippe-Barthélémy Levesque, dit de Saint-Félix, le 5 juin 1731, et N... Levesque, née le 4 janvier 1735, baptisée à Saint- Roch, le 10 du même mois, qui épousa le marquis de Gollandre.
En 1739, Michel-Philippe Levesque quitta sa demeure de la rue Saint-Magloire pour venir habiter rue Xeuve- Saint-Eustache. Il garda cette demeure jusqu'en 1747, et ne la quitta que pour venir loger derrière Saint-Leu, rue Neuve-Saint-Magloire-, où il mourut en 1752.
A cette époque, où chacun faisait ses efforts pour se rapprocher des nobles, afin d'être moins écrasé par eux, on comprend très bien la vanité de Michel Le-
1. Vaiif;Tij;ncusc, lie de France, à 31 kilomètres de RumbouilleL, canton de Limeurs.
2. Sur la situation de ces rues, nous recommandons entre autres l'atlas de Dulaure, de 18:23.
MICIIEL-PIIILIPPR LEVESQUE ET SA KA:sI1LM-: '21
vesqiie deux fois noble : noble de robe el noble de fief.
On sait que les conseillers au Parlement étaient tenus notoirement pour nobles en vertu de leurs olHces « ores qu^il n'y en ay aucun Kdict que ie sache »'. Pourtant Louis XIII donnîi un nrrèt en l;)4() afin détenir les conseillers au Parlement pour nobles, et Louis XIV par édits de novembre i()4() et de juillet Kiii, confirma la noblesse du Parlement.
Ce poste de conseiller était des plus recherchés. Les conseillers jouissaient du ban et arrière-ban, du logement des g-ens de guerre et de la suite du roi, etc. Ils avaient droit d'indust et de franc-salé, portaient la robe roug-e et le chaperon hermine dans les cérémonies-,
11 était enfin no])le de (ief, puisque dans V Armoriai f/cnéral"' nous lui trouvrons ses armes : Paris, Gàtinais. (]oupé : au I d'a/ur à une grue d'argent avec sa vigilance d'or ; au 2 d'argent à trois cceuvs de gueule, enflammée de même.
Voici le brevet de jouissance de Bagatelle que lui donna le roi :
Brevet (/ni accorde au sieur Levescfue de (iravelle la jouissance d'un locjenieni appelé Bacjatelle, scis près d'une des portes du hois du lioulogne.
Aujourd'hui G juin I74(), le roy étant à Auvers s'est lait représenter son brevet du 17 aoust 17:20 par lequel Sa Majesté aurait agréé la cession faite au sieur maréchal duc d'Estrées et à la dame son épouse par les sieur et dame Bellanger de la jouissance leur vie durant d'un loj;ement apellé Bagatelle scis près une des portes du bois de Boulogne entre le château de Madrid el la porte de Longchamp et de cours et jardins eu dépendant, lequel logement étant vacant par le décez du sieur maréchal duc (Pl']strées el de la dame son éjDOuse se Irou-
i. Cinq livres du Droit des o/Jices, par (Charles Loyseau, parisien. A Paris, chez Anthoinc de Sommaville. au Palais, en la j;allerie des Prisonniers, M. D('. XX, chap. IX, p. loi.
:2. liéj)i'rlolre universel el raisonné de jurisprudence civil, criminelle. ciinoni(iue. Ouvraj^-e de plusieurs jurisconsultes mis en ordre M. Guyot, écuyer. ancien maj^istral . A Paris, chez Visse, libraire, rue de la Harpe, près de la rue Serpente. M. 1)(](^ LXXXIV. l. IV. N'oii- au mol (Conseiller.
o. Armoriai f/énérul. J.-U. Uietslap, t. I, p. G3i.
22 iiiSTonu: r»r rjiATKAr ni: r.Af; atkfjj-:
vanl réversible au siciii- uiarrjuis de Heriii';hen comme gouverneur (lu château de Madrid et capitaine des dits parcs, le d' sieur de Bci'in^hcn aurait cùâù el transporté le dit lo<;enient cours, jardins et dépendances cy-devant désignés et dont ont joui le d' s''maréclial duc d'Mstrées et la d^ son épouse au sieur Levesque de Gravelle, conseiller au Parlement de Paris, poui-quoy il aurait suplié S;i Majesté d'ai^réer celte cession et transport et en conséquence aurait consenti par acte signé de Luy et y attaché un nouveau brevet qui fut accordé par Sa Majesté au dit sieur Levesque de Gra^'elle pour jouir sa vie durant du dit
log'Gment sans néanmoins que luy et son décès arrivant son
épouse, enlans ou héritiers puissent prétendre aucun remboursement, lequel cas arrivant le dit marquis de Bering^hen ou ses sucesseurs en la capitainerie rentreront en possession des dits logements...
Bagatelle ne resta en possession de Levesque de Gravelle que du G juin 1745 au 28 may 1747 et n'y laissa aucun souvenir. Comme nous l'avons dit précédemment. Michel Levesque mourut en 1752 et voici le billet de part qui fut envoyé à ses parents et à ses amis^
(( Vous êtes priés d'assister au convoi et enterrement de Messire Michel-Philippe Levesques, conseiller au Parlement, seigneur de Gravelle, décédé en son hôtel, rue Saint-Magloire : qui se fera ce aujourd'hui, mardi vingt-cinq janvier 1752, à six heures du soir, en l'église de Saint-Leu-Saint-Gilles, sa paroisse, où il sera inhumé.
« Un De profiindis.
(( De la part de Monsieur Levesque de Saint-Félix, son hls, et de M. le marquis de CoUandre, son gendre. »
o. Bibl. na(. mss. pièces originales 1705, p. 108.