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remilies, car il couche lorijoiirs dans le lit conjuj^al, cl louL le jour il est à son bureau à travailler. Ce}3enclant il se l'ait eiirermer le soir (juand l'audience est retirée, et on le croit occupé à dépécher (pielque courrier pressé. Il n"a eu de la Monconseil que quelques petites menues laveurs. Sa\'oir pourquoi il s'en est tenu là est une question à éclaiix'ir. On a remarqué qu'il aime les grandes femmes sèches et allonj^ées ; il aime beaucoup sa femme pour cette raison, et, dans le même principe, il a eu une longue passion pour la comtesse de Chamillard. Je sais, de femmes qui ont été à son audience, qu'il a coutume de leur relever le j^ant pour baiser le bras. Un de mes amis a vu de ses lettres d'amour à la Monconseil : il m'a dit qu'elles n'étaient j)as sur le bon ton. Les grands ministres sont j)édants en amour. Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires, tance beaucoup de cela le cardinal de Hichelieu.
La Monconseil ne voulait pas se rendre à M. le Garde des sceaux ; sa mère Mme de Cursay, et Brossoré, l'amant de la dite dame de Cursay, l'ont persécutée et menacée de l'envoyer en Périgord si elle ne faisait bien les choses ; à la lin elle a obéi. Ce Brossoré est un méchant homme, capable de noirceurs, donneur de grands dîners et crevailles : au fond peu d'esprit, mais fort instruit des intrigues de la cour '.
En vérité, évitant l'exil, sans pour cela faire crier au scandale, Mme de Monconseil sut s'arranger de façon à être et à ne pas être. Elle s'était du reste débarrassée de son mari, épris des armes et de la guerre, de la façon la plus naturelle, c'est-à-dire en favorisant ses goûts.
A peine marié, le marquis commanda, en effet, son régiment au camp de la Saône du 21 août au 2i') septembre 1727, au siège de Gerra-d'Adda, de Pizzighitone, du château de Milan en 1733, de Novare, des villes et château de Tortone, puis à la bataille de Parme, à celle de Guastale, au siège de \i\ Minuidole en 1734. Pendant le siège de cette dernière place, il fut détaché à Révéré pour observer les ennemis qu'il lit attaquer par le chevalier de Trets ; obligé de céder au nombre, il se replia sur M. de Maillebois, qui leva le siège de la Mirandole.
Malgré cet échec, il obtint le grade de brigadier le 18 octobre 1734.
1. Journai et Mémoires du inniuiuis d'Arçiensuiu vd. de la Si)cic'Lc de rilist(^irc de France, t. I, p. I4U. en janvier 1733.
31 JiisKHr.i; 1)1 ciiAiivM m; i'.aj.aikmj:
L'aiiuéc suivanlc, iioiiiiiié iiispccleur ^éiiûial d iulaiiterie par coiniiiission du *i() jaiivi(;r 17.'i*'), il continua de servir à l'arinée d'Italie, coiicouiuL a la prise de (îoiizag-ue, de Ue^i^'-iolo, de lîévéré et ik; rcnilra (mi 1' rance avec son rég"iinent qu au mois d'octobre I7.*i().
De cette époque, jusqu'à la iin de raririé(; \li2, il resta tant à Paris' qu en Saintonge, soccupant spécialement d'augmenter son crédit à la cour et d'arrondir son domaine en terres. Il cherchait surtout à vendre son régiment et à être nommé maréchal de camp. M. le duc de Luynes, dans ses Mémoires, rapporte ces faits à la date du mardi 28 août 1742 : « Il y a quehjues jours que l'on sait que M. de Monconseil a la permission de vendre son régiment ; c'est un régiment d'infanterie de iO.OOO livres. C'est M. de Tresnel, petit-fils de M. Leblanc qui en a obtenu l'agrément ; mais on a fait entendre d'ici k Mme de Tresnel qu'il fallait le payer beaucoup plus cher que la taxe ; elle le paye effectivement 75.000livres. M. de Monconseil a été pag-e du Roi et depuis introducteur des ambassadeurs. Il est brig-adier et inspecteur d'infanterie ; ou lui conserve son rang* et sa charge ; il demeure dans le service avec promesse d'être avancé à son tour. »
En effet, il reçut ses lettres d'emploi en Languedoc le 1®^" octobre 1742, et fut nommé maréchal de camp par brevet du 20 février 1743. C'est alors que la vente de son rég-iment fut définitivement conclue. Le L'" août de la même année, il rejoignit Farmée de la Haute- Alsace commandée par le maréchal de Coigny, concourut k la défaite de 3.000 ennemis qui avaient passé le Rhin dans l'île de Reignac, et fut appelé à Strasbourg par lettres du 1^'^' novembre. Il y passa l'hiver 1743-1744.
Le 1^'" avril 1744, il fut employé k l'armée du Rhin, conmiandée par le maréchal de Coigny, concourut k la reprise deW issembouig- et des lignes de la « Loutre », se trouva k l'affaire d'(( Auguenum », passa le Rhin le 29 août sous les ordres du marquis de Clermont-Tonnerre, servit
1. Il liahiLait à Paris, rue Nciivc-tlcs-PeliLs-Chamj)s,cl,, en octobre 1740, cour des Princes, au château des Tuileries.
MADAME DE MONCONSEIL A liAGATELLE 35
au siège et à la prise de Fribourg-, et fut employé eu Souabe par lettres du V'^' novembre, sous les ordres du maréchal de Coigny.
Le !'"'■ avril 17io, il fut appelé à l'armée du Bas-Rhia sous les ordres du prince de C^onti, (jui resta sur la défensive jusqu'au l'^' mai ITKi; il concourut cette même année aux sièges de Mous et de Charleroi. lîéuni à l'armée commandée par le maréchal de Saxe, il couvrit le siège de Namur, combattit à Kaucoux et commanda pendant l'hiver à lluningue par lettres du 1*' novembre J7i()'.
C'est à cette épocjue que la marquise de Monconseil devenait châtelaine de Bagatelle, et le marquis était nommé lieutenant-général des armées du roi par pouvoir du T'" janvier 1748.
La marquise n'était pas étrangère à cette nomination. Elle était très occupée alors à devenir la complaisante de Louis XV et à nouer des relations entre le lloi et Mme de Rol)ecq. Le marquis était donc en .Vlsace par lettres du L'" novembre 1719 et y commanda jvisqu'au [^ janvier 1751, jour où il cessa d'y être employé en qualité de lieutenant-général. Il allait revenir à Paris et jeter probablement le trouble dans la vie aimable et toute d intrigues (jue la marquise s'était faite dans sa petite maison du bois de Boulogne. Elle écrivit aussitôt au ministre de la guerre lettres sur lettres, dont voici la dernière - :
Ce samedi li janvier 1751.
EcouLez, monsieur, j ai une jurande consultation à vous faire. Premièrement Hsez la lettre ci-jointe, c'est la copie d'une que mon mari a écrite à M. d'Arj^enson et qui me paraît d'autant plus raisonnable qu'il semblerait (à ce qu'il me marque) par son ordre, que son commandement fut borné à Golmar et
I. Ministère (le l;i (jiierve cl Chroiwlonie hisloritiue milihtire, tiivc sur les originaux par M. Piuard, counuis au bureau de la i;uerre, t. IV. p. ;i(i!l.
'2. Arch. adui. tle la i;uerre. Il y a eu uolc de la main de Mme de Monconseil poui" allirnier son désir: « ()i)tenir le eoniniandenienl de Colmar et rester toute l'année employé sur la frontière depuis (>olmar .iusc[uà Iluniniiue. » A'oir aussi les Mémoires du dur de Luijnes. à la diile du 1^9 janvier ITM. t. XI. p. Ii\
36 iiisToiiu-: Di giiati:ai: di: ijac^a iklli;
w la ville cl lorLercsso (riluiiin;^ue ' . ()u est 1 incoiivciuenl quc son commaiidemcMl ait la même étendue que ci-devant-. S'il y a moyen de rendre la chose encore plus cimentée pai" une lettre, rêvez-y, et ne laissez échapper aucun expéflient fjui rende cet objet aussi stable pour toujours que Test le reste. C'est, monsieur, ce que j'exige de votre amitié avec toute la force possible et sur (|uoi je vous demande une réponse {)ositive, prompte et détaillée, et même si vous pensiez qu'il me reste quelques démarches à l'aire à cet ég"ard. je vous prie de me rindiquer. Je ne vous commettrai assurément pas, mais je vous prie de me conduire en tout point...
La réponse à cette lettre, datée du 15 janvier 17."jl, lui annonçait le bon du Uoi par commission du 14 janvier, et M. de Monconseil resta en Alsace'' jusqu'au moment où il fut envoyé en qualité de lieutenant-général au camp deGray, sous les ordres du maréchal duc de Randan (lettres du 13 juin 1753). Puis on lui donna le commandement en chef de la Haute -Alsace par commission du 1) septembre 1761. Il y commandait encore sous les ordres du maréchal de Gontades en janvier 176:^. puis il se retira en Saintong-e dans son château de Guinot^.
Pendant ce temps Mme de Monconseil avait été présentée à la cour'% et plus tard obtint même la permission de monter dans les carrosses de la Reine.
« J'ai" appris aujourd'hui que Mme de Monconseil (Gurzay) a obtenu la permission de monter dans les carrosses de la Reine. Ce n'est que depuis deux jours que
1. La demaiicle de Mme de Monconseil avait donc déjà abouti en ])artie, et le marquis ne semble pas avoir beaucoup insisté pour (piitler le service.
i. b]llc ne trouve pas les ivponses faites à ses lettres assez explicites.
:>. Il y lui très occupé d'une lutte (piil soutint contre les autorités cixiles du pays <pii lui disputaient un siège d'honneur dans la cathédrale de (^olmar. ^'oil• la France sons Louis XV, ])ar Jobez. (. IV. p. o7!>. Ses biens en Alsace lui rapi)oi'taien( 14.000 li\-i'es par an.
i. M. de Monconseil axait en Alsace deu.x petites nuiisons qu'il a\ ail dénommées : la Faxorile cl lîaj^atelle.
."i. Mémoires du duc de Lufjues, vcndi-edi "i juin IToO et t. X. p. '2:2[)'
(>. Id., t. X, 1). %V^.
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la Reine en a parlé au Roi, et il n'y a p;is encore eu d'occasion pour qu'elle pût jouir de cet honneur ; elle a déjà celui de mang-er avec la Reine : je dois l'avoir marqué dans le temps, mais on sait que monter dans les carrosses est plus diiïicile à obtenir (jue man<>;-er avec S. M. ».
Ayant suivi l;i cour à (^ompiègne en juillet 17^)^), Mme de Monconseil put profiter de l'honneur qu'on lui avait donné. Le samedi I^() juillet, la Reine décida d'aller à l'importante abbaye de l^ernardins d'Ourscamps, dont le nom se prononçait Orcamp, et le duc de Luynes le relate dans ses Mémoires '.
« Nous partons à trois heures pour Ourscamps. Mesdames vont avec la reine et je n'en serai pas plus à mon aise parce qu'il faudra être à la portière. Dans le second carrosse, il y aura Mme de Villars et Mme de Tessé, Mmes de Flavacourt et de Périgord, de semaine, Mmes de Monconseil et de Mérinville qui ont demandé avec instance de profiter de l'occasion de monter dans les carrosses, n'y ayant point encore été. La Reine a demandé à Mme Adélaïde de se charg-er de Mme de la Tour du Pin ; cel.i fera le même effet que si elle allait dans les carrosses de la Reine. Mesdames pourront la mener à la chasse tant qu'elles voudront. »
Nous terminerons ce paragraphe en rappelant que le frère de Mme de Monconseil, M. de Cursay , commanda en Corse, eut toutes sortes de dilHcultés avec son commandement et fut arrêté par ordre du roi pai- M. de (^ourcy ; dans les circonstances suivantes :
M. de Cursay avait indisposé le gouvernement français par son obstination à alïirmer qu'il avait amené les Corses- à la soumission envers la république de Gênes, lorsqu'il était constant, au contraire, qu'ils avaient refusé, dans la consulte de \ alle-Rustie, le rèo-lement envové par la France. Pour ce motif, et aussi sur les plaintes du marquis de (^irimaldi, commissaire g-énéral des Génois en Corse, le ministère ordonna l'arrestation de M. de Cursay et confia l'exécution de cet ordre k M. Chauve-
1. Mémoij'es du duc de Liii/nes. à la date du samedi ~2i\ juillet 17iJ5, (^ompièj^ne. t. Xl\ , p. 2(Y.).
i. Ce commandement lui rapporlait .SO.OOU livres.
38 IIISKUr.K 1)1 (.IIAlKAr DK l'.AflATKUJ;
lin. (A'iui-ci, à cet cIVeL^ (îiivoya sccrctcincut un ollicier à M. (le (^ourcv, coloncîl du réf^inient de Tournaisis, 2;)0urqu'il eiiL à prendie le conunandeinenl à la ])lac(î de M. de Gursay et à s'assui'er de la personne de ce derniei'. M, de Gourcy qui se trouvait alors à (]orte, se rendit ;• Bastia dans le plus j^rand mystère, y arriva à liniproviste le 9 décembre au milieu de la nuit, arrêta le général et le fit partir pour la France. M. de Cursay débarqua à Antibes le 30 décembre, et il fut enfermé dans le Fort-Carré, où il subit d'al)ord une captivité très rigoureuse, jusqu'à avoir, dans sa chambre même, des sentinelles avec la baïonnette au bout du fusil. Mais cette sévérité dura jDeu, et le 19 janvier 1753 le prisonnier fut transféré dans la citadelle de Montpellier. Les charges qui pesaient sur lui s'évanouirent sans doute ', car, dès Tannée suivante, M. de Gursay fut employé en Bretagne ; il y commanda le camp de Saint-Malo en 1756, remplaça ensuite le duc de Rantzau dans le commandement de la Franche-Gomté, de 1757 à 1759, fît en Allemagne les campagnes de 1760, 1761, 1762, et mourut lieutenantgénéral à Paris, le 27 mai 1766 -.
Une des sœurs de Mme de Monconseil, N... de Gursay, épousa eu 1738 François, dit Francillon, de Polignac, dont elle eut tiois enfants; et l'autre, Gécile -Elisabeth, épousa son cousin-germain François Berthelot de Baye. Mme de Monconseil présenta Mme de Polignac à la cour le 4 juin 1739 •'.
La première aventure galante à laquelle Mme de Monconseil fut mêlée à Bagatelle fut celle de Mme de Robecq.
Fille du maréchal de Luxembourg, et toute jeune mariée, Mme de Robecq presqu'une enfant, était finement jolie.
1. 11 l'auL voit" là l'aniitir do M, Chauvelin pour Mme de Gursay, chez qui il avait de ooiisLauLs rendez-vous avec des personnes qu'il ne \oulait pas rece\()ir ou\erlenienL dans son cabinet, el i)our Mme de Monconseil.