Mss. de l'Arsenal
52 IIISTOIUK DL' CIIATKALI \)E l{A(;ATr:LLl-:
Taiilnl parmi le inonde à vous voir empressé Sire, je vous suivais el je voyais la lerre Faire naître des Heurs où vous aviez passé. Cela m'a fait souvenir d'une histoire Qu'étant enfant je ne j)ouvais pas croire. Ce fait est cependant une réalilé.
Le voici mot pour mot comme on me Ta conté. 11 était un grand roi, compatissant, affable.
Qui n'admettait de <;ioire véritable Que celle dont l'objet était Ihumanité. De son règne tout d'or, chaque instant mémorable
Etait marqué par un trait de bonté ; Il voulait le cacher, mais un jour une fée Trahit sa modestie et son humilité
En imaginant un trophée.
Elle faisait naître une fleur
A chaque action du monarque.
Sans cesse sur ses pas on voyait cette marque Qui décelait le bien qu'avait fait son bon cœur. Ou je suis bien trompée, ou je crois le connaître Vous êtes découvert, je ne m'y méprend pas.
Dès que je vous ai vue paraître
J'ai cueilli des Heurs sur vos pas.
Sire, vous supplier d'en agréer l'hommage C'est vous olfrir le don de votre propre ouvrage.
Ensuite, parut une troupe de paysans, sonneurs et carillonneurs guidés par le magister du village (Pré ville) qui prononça une harangue ^ pour engager Sa Majesté à honorer de sa présence la foire du village. Cette harangue fut suivie par un petit carillon en musique qui dura quatre ou cinq minutes. Cette harangue (( lit beaucoup rire, dit Fréron, par son caractère de vérité et par le ton et les gestes du rustique orateur. On y donnait au Roi des louanges grossières en apparence, ingénieuses en effet. Lorsque Préville eut fini, le carillonneur et sa femme, représentés par Chanville-, acteur delà Comédie-
1. Voir cette harangue et les couplets qui suivirent aux appendices, no 11.
2. Duhus, dit Chanville ou Soli, remplissait les rôles d'amoureux au Théâtre-Italien. Son lils a joué les troisièmes rôles à la Comédie- Française pendant près de vingt années, et obtenait un g-rand succès dans Pourccaugnac.
Italienne, frère de Préville, et par l'inimitable Mme Favart ^ chantèrent quelques couplets et exécutèrent un duo H symphonie, parodie de Tariette des cloches de NineUe\
« On servit le dîner V\ plus sompteux et le plus délicat, après lequel le lloi, suivi de la cour, passa sur la terrasse des petits bosquets de Bagatelle. On voyait des deux côtés de petites tentes garnies de marchandises que l'on étale aux foires de village, et, dans le fond, une grande boutique de limonadier où Ton servit au Roi et à toute sa suite le c/i/fc el les rafraîchissemens. A quelque distance de la table de Sa Majesté, il y en avait une autre occupée par trois nouvellistes ridicules, qui s'échauftaient sur la guerre présente, lisaient la gazette, et formaient des projets extravagans. L'un plaçait le Weser en Asie, l'autre en Afrique, etc.. ' ».
{. La jolie et p:raciciisc Mlle du Ronccray, fille du musicien de la chapelle du roi Stanislas et d'une cantatrice de cette même chapelle, avait épousé, le 1:2 décembre l~4o, (Charles-Simon Favart.
2. Ninelte à la cour ouïe Caprice amoureux, comédie en trois actes et en vers, mêlé d'arieltes, parodie de Bcrtolde à lu cour, paroles de Favart, musi(iue de Saint-Amans, représentée pour la première l'ois par les comédiens italiens, le mercredi 12 février IToo.
3. Le Grand (Café de lîaj^atelle est un des premiers exemples de ces cafés qui « prirent avec une vivacité prodifiieuse ». Mme d'Epinay donne une description charmante d'un café dans le tome III, p. 3;)(), de ses Mémoires (édit. de 1818, 3 vol. in-8).
^'oici ce que dit le duc de Luyncs : « Au bout de l'allée était une espèce de petit cabinet entouré de châssis de verre et couvert d'une toile sur la((uellc était écrit : Au Grand Café de Bagatelle. 11 y avait au milieu de ce cabinet un fauteuil vis-à-vis une table sur laquelle était un beau cabaret de porcelaine. Les deux petites filles dont j'ai parlé (Mlles de Baye et de Monconseil) approchèrent du roi de Polojcnc, et lui présentèrent lune une tasse et l'autre un sucrier. On lui versa du café, et on en donna en même temps à toute la compagnie. Dans le fond du ca})inct était une espèce d'enfoncement, en demi-cercle formé par une planche {jui était censé l'endroit par où on distribuait le café; là étaient des gens destinés pour ce service entre cet enfoncement, un peu siu' la droite, et en a\ant de la table qui était de\ant le l'oi de Pologne. <in avait placé une table dllombrc ' autour de la((uelle étaient ti'ois hommes, dont un habillé de noir avec une grande perruque comme à la comédie; les deux autres étaient vêtus de gris et paraissaient faire une conversation fort vive, mais tout bas; c'étaient des nou\ellistes (jui raisonnaient sur les atl'aires du (emps.
=• On lit dans Trévoux : « .leu de cartes. Il se joue à deux, ou à trois ou à cinq personnes ; mais prescjue toujours à trois. Honnius-Ludus. On donne neul" cartes à cliacun et cchii (|ui joue doit faire cin(| levc-cs. ou (|uaU•(^ lorsque les
54 histoi!;j: di; cfi aidai; di: hAGATiOM.i:
Du reste, voici celle scène (jui fil beaucoup rire parla façon comi(|ue el naturelle avec Laquelle elle fut exécutée par les scL'urs Préville, Halelti et Deshrosses,les deux acteurs de la Comédie-Italienne dont nous avons déjà parlé :
LE CAFFi:
Le chevalier de Vanlillac, M. (>raquet, et .M. (joljeiiiouche sont autour d'une table sur le devant. La maîtresse du (lafTé est dans son comptoir dans le fond de la boutique. D(;s garçons vonl et vi''inK'nt pour servir les [tersonnes <pii sont dans le CalTé.
Î,E CHEVALnCK DI- NAMIIJ.AC
Holà hé, garçon! Un verre d'eau au chevalier de \'antillac. Oui, monsieur Craquel et monsieur Gobemouche, je vous soutiens, qu'il n'y a rien de plus aisé qu'une descente en Angleterre.
CRAQUET
Bon! bon!
GOBEMOUCHE
Patapouf.
LE CHEVALIER
Sandis, je m'en ferais fort, moi qui vous parle.
CRAQUET
Gomment feriez-vous?
GOBEMOUCHE
Voyons, voyons.
LE CHEVALIER
Eh donc! Vous souvenez-vous qu'Essercès fît construire un pont de vaisseaux sur la mer Gaspienne pour aller combattre les Grecs?
cinq autres sont partagées, en sorte que l'un des deux autres en ait deux, l'autre trois. L'Hombre vient des Espagnols : il faut le jouer avec le flegme de ceux dont il tire son origine. Le jeu de lllonibre signilie le jeu de l'homme, car lioinbrc signifie homme en espagnol. » Boileau en parle dans sa satire X, vers '2-29 :
Puis sur une autre table, avec un air plus sombre.
S'en alla méditer une vole au jeu d'ombre ;
S'écrier sur un as mal à propos jeté ;
Se plaindre d'un gano '' qu'on a point écouté !
Ou querellant tout bas le ciel qu'elle regarde,
A la bète gémir d'un roi venu sans garde.
'' « (lano, terme indéclinable du jeu dhombre qui veut dire : Laissez-moi venir la main, ne joue/ pas sur moi. Astiiie sine nw. »
CKAQIKT
Corl)Ieu, je m'en souviens!
(lOBKMOirciIE
Ah ! ah !