À's chàU'aux rtaiciil hahilc-s par le roi Stanislas
10 iiisioiiii; i)i; <;iiaii;ai: ni: iiA(.Aii:i,ij:
Le iiuxlf'lc; <l(;s Ijoiis rois !
Son replie s étctHJ sur l(;s ;imcs.
C'est le plus beau de ses droils.
El le })reniicr de ses objels l']sL le bonheur de ses sujets.
Ah ! la rareté mervx'illeuse La pièce curieuse !
Il ie[)rit cusiiite rexplicaiion : « Ah! vovez niaintenant la belle ville de Nanci ; remarquez cette place superbe ! Voyez au milieu, la statue de notre bon roi Louis XV. Ah î remarquez bien ce que vous allez voir : Voici le roi Stanislas qui vient de faire la dédicace de tous ces beaux monuments : lAmour et la Reconnaissance luy en ont élevé un autre dans tous les cœurs, qui ne périra jamais. Examinez l'ordre et la marche : Voyez tout ce peuple transporté d'admiration, qui suit le carrosse en s'écriant : Ah ! voilà notre bon roi. Ah 1 voilà notre bon père. » Et le Savoyard chanta ce nouveau
couplet :
Tout chacun le contemple^ On voit de toutes parts Fleurir par son exemple La science et les arts.
Il élève les âmes Dans cet heureux pays; Enfin jusques aux femmes Font nargue aux beaux esprits Que l'on voit à Paris.
lîeprenant l'explication il ajouta: (( Voilà maintenant l'académie de Nanci ; remarquez combien de sçavants et de beaux esprits y sont assemblés. Voici un académicien qui fait son discours de réception :
Cet orateur dans sa harangue A pris Stanislas pour objet Mais les richesses de la langue N'offrent rien digne du sujet.
Pour bien louer ce bon roi, ce grand homme, Tout simplement un mot, un mot sufht, Quand on le nomme Tout est dit.
FÊTES DONNÉES A RAGATELLE il
Et le Savoyard lermiiia rexplicatioii ainsi : « Nous voilà précisément transportés dans le bois de Boulogne. Remarquez bien le château de Bagatelle : vous y voyez une dame qui se donne une entorse » ; et il chante :
Kii vain, siu' la prudence on l'oncle
La conduite qu'on doit avoir :
Rien n'est assuré dans le monde
l'^t la raison n"y peut pourvoir.
Avec la tète la plus libre
Bien souvent on trébuche, hélas !
Un rien fait perdra l'équilibre ;
Tous les mortels en plus d'un cas Font des faux pas, Font des faux pas.
Jamais le destin chez les hommes
N'a tant fait de déran<;emens
Le siècle inconstant où nous sommes
Est celui des événements.
La triste Lisbonne culbute,
Les murs de Mahon sont à bas
\'A Monconseil fait une cluite!
Vraiment on ne s'attendait pas
A ce faux pas
A ce faux pas.
Mais bien souvent dans le mal même L'avantage })eut se trouver.
Si ce fait parait un problème.
On vient ici de le prouver.
D'une assez fâcheuse aventure Naît un bien qu'on n'espérait pas.
Qu'est-ce aujourd'hui qui nous procure Le bonheur de voir Stanislas?
C'est un faux pas,
C'est un faux pas.
Pour nous sa présence est un heaume Qui soulage dans un instant; Tronchin et tout lart de Saint Come Près de lui n'est qu'un charlatan; Le posséder, lui rendre hommage Fst un bien si rempli d'appas
48 iiisioii'.i: m; ciiatkai \>l ii\(;AiM.LK
^)ue LoiiLes ces daines, jf? ^^n^e, VoudréiicriL bien (inns un pyieil cna
Faire nii \'n\i\ j)as,
P\iiiX' nn liinx j)as.
A ce luoiiKnil, lîijou, la seconde fille de Mme de Monconseil à peine à<^ée alors de (1 ans, h.ahillée en marmotte, s'approcha du roi de PolojL^ne, et chanta d(; sa voix frêle le dernier couplet en raccompagnant de ses gestes enfantins :
A chaque instant ma chère mère, Me dit en me faisant du doigt :
Vous avez déjà Tart de plaire wSong^ez, petite, à marcher droit.
Maman, vous m'apprenez à vivre, Cependant mon cœur dit tout bas Que votre exemple est bon à suivre Et qu'ici je ne serais pas,
Sans un faux pas,
Sans un faux pas.
Le roi de Pologne prit la petite Bijou par la main, l'embrassa tendrement ; puis, se levant, il passa dans les jardins suivi de toute sa cour et des nombreux invités. Là, dans les bosquets, on représenta la Fête d'amour'^ et aussitôt après le Savoyard chanta :
Pour tous les cœurs en ce grand jour
C'est la fête d'amour.
Stanislas vient en ce séjour.
Pour nous quel avantage I
C'est la fête d'amour
Quand on lui rend hommage.
Sa grandeur le fait adorer,
Ses talents admirer, Et son cœur le fait estimer
C'est un doux avantage
Ah ! qu'el' plaisir d' l'aimer
l^^t de lui rendre hommayre.
1, Pelit (jpci'a-coniiciuc (}ui dura environ trois quarts d'heure.
Bijou, pour la seconde fois prit son rôle dans la fùte en chantant le couplet suivant :
On dit que ce n'est pas mon tour
De connaître Tamour Mais ce que j'éprouve en ce jour
M'est un charmant présa<je.
C'est la fête d'amour
Quand on vous rend hommage.
Mlle Favart, qui avait été élevée à la cour du roi Stanislîis, s'approcha à son tour et chanta les deux derniers couplets qui terminèrent le divertissement :
Un si bon roi doit tout charmer
Ah ! qu'el' plaisir d l'aimer Sitôt que je puis m'exprimer
Mon cœur me tient ce langage
Ah 1 qu'eT plaisir d' l'aimer
Et de lui rendre hommage
A sa cour, on me vit former A qu'el' plaisir d* l'aimer D'un regard il sut m'animer
Sa bonté don' courage
Ah ! qu'el' plaisir d' l'aimer
Et de lui rendre hommage.
Pendant que se jouait la Fcte d'amour et que se chantaient les derniers couplets, le roi Stanislas prenait le café qui lui était servi par des personnes invitées, costumées en villageois et villageoises. Puis, la petite fête terminée, il partit pourLusancy.
Le roi de Pologne qui s était beaucoup amusé à cette petite fête, et qui paraît avoir eu beaucoup d'amitié pour Mme de MonconseiP, resta à ce point fidèle au souvenir de la fête qui lui avait été donnée, que, l'année suivante,
1. Par testament, le roi de l\)lugne laissa à Mme de Monconseil une pension de 2.000 livres.
r)0 iiiSTOim-; i)i; <;ii,\ti:ai: dp, r,Ar;ATi:Li.K
le 5 septembre \ll\l ^ il se rendit à iiouveMU à I^a^atelh; rendre visite ;i l'ancicnine daint; d'atours de la feue reine de Polo^'-ne.
Si on ne trouve aucun détail sur cette fête dans Barlner, pas plus que dansGrininiet même dans le Mercure, leduc de Luvnes dans ses Mémoires et Fréron* dans 1 Vin a^y/c llf-
tcraire lui consacrent quelques pages. Nous ne donnerons pas ces fêtes en entier, nous nous contenterons cette fois de prendre le récit de Fréron et de le compléter par quelques couplets ou discours empruntés aux manuscrits de l'Arsenal, et par le récit du duc de Luvnes.
(( Il faut. Monsieur, dit Fréron, de l'invention, de la délicatesse et du goût, pour donner une fête ; et, lorsque des allusions fines et naturelles la rendent analogue et propre à la personne qui en est l'objet, on doit la regarder comme un ouvrage d'esprit. C'est, selon moi, une des parties où le génie et la gaieté de notre nation se montrent avec le plus d'éclat. De plusieurs fêtes que j'ai vues, ou dont j'ai lu et entendu les descriptions, peu m'ont paru aussi heureusement imaginées, aussi agréablement exécutées que celle qui fut donnée le lundi 5 de ce mois, au roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, par Mme la marquise de Montconseil en son château de Bagatelle dans le bois de Boulogne. Je suis en état de vous en rendre compte, ayant eu l'honneur d'y suivre Sa Majesté^ et le plaisir d'être témoin de tous les amusements ingénieux qu'on avait préparés pour la recevoir. » « Le roi de Pologne- n'attendait que l'arrivée de Madame infante pour partir ; il a coutume d'être tous les ans à Malgrange la veille de la fête de la Nativité pour faire, le jour de cette fête, ses dévotions à la chapelle de Bon-Secours qu'il a bâtie, comme l'on sait, et où est enterrée la reine de Pologne. Il partit donc le lundi matin, 2 de ce mois, et devait aller diner chez Mme de Monconseil. Le roi de Pologne, qui se plaît à faire des plaisanteries à ses amis, envoya, dans le moment qu'il partit, un homme à cheval à Bagatelle dire à la maîtresse de la maison
\. (ii'itique, ennemi de Voltaire, né à Quimper, 1719-1770. t. llécit du duc de Luynes.
qu'il était bien fâché de ne pouvoir partir en ce moment. On crut la nouvelle vraie et ce fut une occasion de trouble et d'inquiétude, qui furent dissipés, un quart d'heure après, par l'arrivée du roi de Polog-ne'. » « Il fut reçu (cependant) au milieu des acclamations d'un peuple immense et les transports de joie des habitants de Bagatelle, par deux enfants de sept ans, vêtues en jardinières, et qui lui présentèrent les fleurs et les fruits de la saison- ». Ces deux enfants étaient Bijou et sa cousine Mlle de Baye, qui chacune firent leur compliment :
MADEMOISKLLE DF, nAVK AU ROV
Je le vois donc ce roi que l'ubivers admire, Qui, d'un peuple quil aime est lumière et soutien, N'ouvre la main que pour faire du bien Et la bouche que pour en dire.
De son esprit sul)lime on vante la douceur; 11 répand ses bienfaits sur toutes les familles Et veut bien quelquefois donner comme à ma sœur De fort jolis maris aux lilles.
Que sensible à mes vœux ardents Le ciel pour m'assurer d'heureuses destinées A ce monarque auj^uste accorde autant d'années, Que dans un jour il rend de cœurs contents. Et pour lors, il pourra marier mes enfants.
Mlle de Monconseil, Bijou, vint à son tour faire un compliment ({ui a pour titre : Vers, pour Bijou, dont 1 amour est fou.
AU ROV
Sire, que Votre Majesté
Dai<;ne jeter un regard de bonté
Sur la petite bouquetière.
.1 ai de lleurs et de fruits rempli ces deux paniers
De ce séjour je suis la jardinière, l^t je ne manque pas de f^^arçons jardiniers ; Mais, je vous dois ici révéler un mistère : Ces trésors n'étaient point l'ornement d'un parterre.