‹ Le Château de Bagatelle, 1715-1908 d'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine et des mémoires manuscrits ou imprimésChapitre 44 sur 146 · PI. IV · texte numérisé non relu

PI. IV

Portrait de Madame la Comtesse d'Artois, PAR François-Hubert Drouais

Collection de M. Wildenstein.

ÉTAT DES CUiNSTRUCTIONS DE 1750 A 1770 81

La lettrée marquise ne reprit sa plume que pour recevoir de M. de Marig^ny cette gracieuse lettre :

Versailles, le 27 lévrier 1703.

Si vous saviez, Madame, jusqu'où va lenvie que j'ay de l'aire (juelque choses qui vous soit a<;réahlc. vous seriez bien persuadée que s'il ue tenait qu'ù moy, il ne vous resterait bientôt plus rien à désirer pour les réparations de votre maison de Baj^atelle. Mais le Roy ayant considéré que la plupart des logements destiné originairement aux portiers du bois de Ijoulof^ne étaient devenus des maisons de plaisance qui coûteraient beaucoup, si leur entretien était à la cliarge de Sa Majesté, elle a résolu qu'à l'avenir leurs réparations se borneraient absolument à ce qui constituait le loj;ement du portier. Vous sente/ bien, Madame. cpTon ne pourrait s'écarter de cette règle en votre laveur, sans fournir à tous ceux qui ont des maisons comme la votre un prétexte de solliciter la même grâce. Cependant comme personne ne mérite mieux que vous une exception, je prendrais la liberté de la demander au ]{oi. s'il était question d'un objet moins considérable. Mais, suivant les rapports qui m'ont été faits, les réparations que votre maison exige monteraient à une somme si forte, qu'il me serait impossible d'y fournir dans la situation où se trouve la caisse des Bâtiments du Hoi. J'entre bien sincèrement. Madame, dans la peine que vous devez ressentir d'avoir acheté cette maison aussi cher que vous le dites et de la voir dans un état périclitant : mais vous savez que ce ne sont pas les Bâtiments du Roi qui vous l'ont vendue, et qu'ils ne méritent conséquemment aucun reproche à cet égard. Malgré toutes ces raisons, Madame, si les circonstances devenaient plus favorables, le désir de vous ol)liger l'emporterait sur toutes lesconsidérations, et je supplierais le Roi de vouloir bien vous accorder une somme pour que vous l'employassiés à réparer votre maison de Bagatelle de la manière que vous le jugeriez le plus à propos.

Marquis de Marigm.

Mme de Monconseil reprit espoir et écrivit à nouveau à M. de Marisfnv une lettre dii^ne de Mme du Deirand. Ne pouvait-elle mieux faire que de s'olFrir à avancer la somme nécessaire aux réparations, puisque les finances du Roi étaient obérées ? C'est ce qu'elle fit, insistant encore pour prouver que jamais BagateUe n'avait été une

82 iiisroiiu; m ciiaii^ai di; r..\(.Ari;i,Li,

porte (lu l)(>is, coininc celle; de Xcuilly cl cclK; <lc, Lon^cluunp, dont on était autorisé à louer les hâtinicMits. et que, dans ce cas, on était également rcsponsal)le d(;s réparations. N(; se trompait-elle pas ?

Je commence, Monsieur, p;ir vous témoigner la sensible reconnaissance que m'a inspirée votre lettre du mois passé, et je n'aurais pas dilFéré à vous en assurer, si je n'avais voulu, auparavant, me mettre en état de ré[)nndre à vos bonnes intentions par l'examen le plus scrupuleux et le plus borné des moyens nécessaires pour me mettre en sûreté dans ma maison de Ba^^atelle ; de sorte que, si vous êtes dans rinlenlion de me procurer une somme pour remédier aux plus ;^rands inconvénients, j'espère qu'avec cinq mille l'rancs, je m'en tirerai, comme je pourrais à la vérité, mais eniin c'est beaucoup d'être tranquille pour la sûreté; au surplus, Monsieur, je crois qu'on vous a mal informé, en vous faisant envisag"er Bafi^atelle comme porte du bois ; Où aurait abouti celte porte? et à quel usage aurait-elle pu servir ? je ne l'ai jamais ouï dire ; d'ailleurs les maisons qui ont été considérées comme telles jouissent de 600 1. de rentes, ce qui n'a jamais été à Ba',''atelle ; aussi, Monsieur, par toutes sortes de raisons j'ose me ilatterque vous voudrez bien me favoriser ainsi que vous m'en donnez l'espérance ; la reconnaissance que j'en aurais sera aussi sincère que les sentiments avec lesquels j'ay l'honneur d être, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.

De Monconseu..

A Paris, le 23 mars 1763.

Hélas ! l'année suivante, elle n'était pas plus avancée, et alors elle adressa à M. le marquis de Marig-ny non une lettre, mais une véritable supplique, qui du reste n'eut pas un elFet immédiat :

Mme de Monconseil usufruitière de la petite maison de Bagatelle dans le bois de Bouloj^^ne suplie M. le marquis de Marigny de faire examiner celle maison pour éviter les accidents qui pourraient résulter des i^randes eaux, dont les lundations sont lavées soit par celles de la rivière lorsqu'elles sont à la hauteur actuelle, soil parcelles du bois de Boulogne à la suite des grandes averses.

Elle a d'autant plus lieu de craindre que, par l'examen qui en fut fail par le sieur Pluyelte pour lors Inpecteur des Bâti-

ÉTAT DES œNSTRLCTlO.NS Di: 1750 A 177G Ho

menls du Roy au château de la Muelle, a[)rès rinondaliou de 1740; il jui^ea et plusieurs autres persounes après lui (pi'il y avait tout àcraiudre d'uue seconde inondation.

Mme de Monconseil espère que M. le marquis voudra bien ordonner l'examen le plus scrupuleux pour cju'elle ne soit pas exposée à être écrasée sous les ruines de cette maison et ordonner en cas de nécessité les «grosses réparations nécessaires pour la conservation de la maison.

Dli MoNCONSEU..

15 lévrier 17()4,

Soulllot répondit à M. de Marig-iiv en marge de cette supplique le 8 mars 17(li, mais le résultat tant attendu de l'aimable châtelaine ne fut })as encore atteint.

Que faire? Elle se résigna à rendre visite à M. de Mai-igny, à user de toutes ses grâces et de son joli langage. Peine perdue, elle ne vit pas le marquis, prépara un mémoire et le lui adressji avec la lettre suiviuite :

J'ai déjà eu Thonneur, Monsieur, de me présenter plusieurs l'ois à votre porte et j'y viens encore avec le désir de vous présenter moi-même le mémoiie ci-joint; la vérité et la justice des laits cpi'il contient n'a pas besoin d'appui auprès d'un homme aussi équitable que vous, Monsieur; je vous supplie donc d'en ordonner l'examen et la vérilication, bien certaine qu'ensuite vous ne me refuserez pas la «^ràce que je vous demande et celle d'être persuadé des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.

i)K Monconseil.

A Paris, ce i3 avril 17()i,

Là-dessus, M. de Marii'iiv envova le 19 avril le mémoire à Soulllot en le priant de l'examiner avec soin : « \ ous voudrez bien examiner les raisons qu'elle allègue et me mettre à portée déjuger de leur valeur. »

Le jour même, il répondait à Mme de Monconseil ([u'il allait examiner son mémoire et ferait ce qu'il pourrait pour la satisfaire, — son idée était vraisemblablement d'amener la question au (Conseil du Roi, et c'est pour cela qu'il demandait un rapport de Soulllot sur les raisons de Mme de Monconseil. afin de les mettre en lumière.

H'\ iiisroii'.i. 1)1 ciiAiiwU ))i; \'.\(,\\\.\aa:

SouilloL adressa ce inéiiioirc; a M. le marcjUis de Maiij^ny le 22 juin ITIii et raccompagna dune lettre dont nous extrayons le passage ci-après :

J'ai l'iioniieur de vous envoyer le mémoire corieeniant la maison de Mme de Montconseil que nous avons visitée avec M. Gabriel : je l'avais gardé pour en converser avec M. J.e Teilier, entrepreneur de la Meute, cpii a fait à cette maison bien des petites réparations aux irais de cette dame et qui pense qu'on peut encore la maintenir comme nous le disons.

Ce mémoire très circonstancié est trop utile pour la question qui nous intéresse pour que nous ne le donnions pas ici, dans sa forme, et sans commentaire :

Mémoire

En conséquence des ordres que nous a donnés M. le marcjuis de Marigny, nous nous sommes transportés dans le bois de Boulog^ne à la maison et bâtiments apartenant au Roi occupés par Mme la marquise de Montconseil pour y examiner les grosses réparation qui sont à y l'aire pour Sa Majesté en qualité de propriétaire, Madame de Montconseil n'en ayant que la jouissance. Nous avons reconnu que la bâtisse du principal corps de bâtiment est très légère et en assez mauvais état, surtout celle des murs extérieurs qui ont bouclé dans la hauteur d'une espèce de soubassement formant un étage un peu enterré. Que les murs au-dessus surplombent partie en dedans, partie en dehors par leur mauvaise construction et la poussée des charpentes du comble, ce qui a occasionné des déversements assez sensibles dans les planchers, malgré quelques tirans de fer qui y ont été mis pour les contenir.

Nous avons réfléchi d'après ces examens sur les moyens de faire subsister ce corps de logis principal encore plusieurs années ; nous avons pensé que, pour ne point tomber dans la nécessité de démolir la plus grande partie des murs, après avoir fait des chevallemens et étayements nécessaires, ce qui entraînerait à une grosse dépense et peut-être à la reconstruction de la plus grande partie de ce corps de logis principal, on pensait s'en tenir à faire de petites reprises par des lancées de moellon dans les endroits qui ont le plus souffert, mettre quelques tirans de fer aux patins ou aux sablières des fermes du comble, rétablir les crevasses avec précaution, ainsi que les parties du plafond qui menacent ruine et refaire en crépis ou

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