Arch. nat. Il
112 iiisToiiii; 1)1 ciiAïKAi: di: i!A(iA i i;lli-:
à Monsieur Monsieur le [)rir)ee (l'I léniu capitaine des gardes de M^t le comte d'Artois
à la (]our.
Au château de Guinot, ce 21 août 1781.
La tendresse que j'ai pour ma fille. Monsieur et cher j^endre, m'a fait chercher tous les moïens, que Je pouvais emploïer pour lui facilité l'acquisition d'une maison à Paris ; je n'en trouve qu'un, qui, sans altérer le partage é<,^al de mes biens entre mes enfants, puisse dès à présent procurer à votre femme la satisfaction qu'elle désire, je suis en marché de la terre de Gurçay située en Poitou dans la mouvance de Mj^rle comte d'Artois à cause de son appanage, je l'ai déjà porté à 500.000 livres. Le marché serait d'autant meilleur pour moi, que comme héritier du chef de ma femme je ne dois aucun droit de mutation. J'ai imaginé, que vous pouriez demander à Mgr le comte d'Artois de vous donner les lods et vente provenant de la mutation de cette terre, qu'il ne toucherait pas si je l'achettois, et qui après moi n'en devrait pas non plus, parce qu'elle tomberoit, soit dans les partages de Mme de la Tour du Pin, ou dans celle de votre femme auquel cas je renoncerois à cette acquisition, que je suis décidé à consommer sans cette grâce. Voiez, Monsieur, si vous voulez demander cette faveur à votre prince ; elle ne peut blesser votre délicatesse, ni votre désintéressement. Je serois charmé de donner à votre femme et à vous cette preuve de ma tendresse; au surplus, je voudrois que vous trouviez une maison dans le quartier de Mme de Poix, que yous puissiez acheter : cela me donneroit la plus grande satisfaction, parce que cela contriburoit au bonheur de votre femme. J'ai l'honneur d'être. Monsieur et très cher gendre, avec les sentiments les plus tendres votre très obéissant serviteur.
MoXCONSEIL.
Or, M. le prince d'Hénin sollicita du comte dWrtois la faveur de ne payer aucun droit comme il est dit dans une note émanant de son conseil :
Mgr, dans son travail du 4 novembre 1781, a fait don à Mme la princesse d'Hesnin des droits qui seront ouverts au profit de Mgr par la vente qui sera faite incessamment de la
Li:s AMIS dl: mada.me bi: MONCo.\si;ir. 113
Icrrc de (^ursaï en Poitou dont la licilaLion est poursuivie par M. le marquis de Monconseil.
La vente en l'ut faite aux requêtes du Palais, le 2 juillet 1782, et M. de Cliassenou, l'acquéreur, paya cette terre iioO.OOO livres.
Les droits en eussent été de o4.100 livres.
Mme de Monconseil porta sévèrement le deuil de son mari. Elle s adressa à Mandron. célèbre « marchand pour deuil de la rue Vieille-du-Temple », qui tendit de noir l'antichambre et la salle à mander de son appartement de la Cliaussée-d'Antin, de gris le salon, et fit suspendre aux fenêtres de chacune de ces pièces des rideaux de nuances assorties aux tentures, et recouvrir de housses semblables les canapés, fauteuils, chaises, écrans, lustres, appliques et glaces* <( le tout pour treize mois et demi, ainsi qu'il est d'usage pour les deuils de veuves - ».
Mais la pauvre marquise, obérée par les dépenses exagérées qu'elle avait faites pour sa maison de Bagatelle, pour les fêtes qu'elle y donna, et le rang qu'elle y voulut tenir, réduite presque à la misère par la mort de son mari, fut oblii»'ée de demander à M. de Séi>'ur, ministre de la guerre, une pension de 8.000 livres \ Elle se fit recommander par la duchesse de Richelieu comme il en ressort du rapport suivant :
10 décembre 178^.
Madame la maréchale duchesse de Richelieu supplie Sa Majesté d'accorder à Mme de Moncouseil, veuve du marquis de Monconseil, Tun des anciens lieutenants «généraux, une pension de 8.000 livres dont elle a d'autant plus besoin, qu'elle et son mari ont disposé de presque tous leurs fonds pour établir enfants et petits-enfants.
Le marquis de Monconseil jouissait d'une
pension de i4.31b livres
La veuve du marcjuis de Monconseil jouit : dépt. des finances, pension obtenue en qualité de dame d'atours de la feue reine de Polo^me 2.000 —
i. M. (iailly de Taui-iiics, p. :2i7.
a. Ai'ch. uat.. t. :2U()". Mémoire ilc Mandrcjn. niai-chaïul Tripier.
ô. Guei're. Arch. ailinin. Dossier (îniiiot. inar([uis tle Monconseil.
III iiisioiin; 1)1 (;iiMi;\i ni; i; \(,y\ i i,i.m.
Au IfndcMnjiiii de l;i mort de son mari (;ll(3 csl
entrée en jonis^ancc d'niK; pension de.,.. 10.000 livres (qui lui avait été assurée pour en jonir h la mort de son mari par le l'eu roi de Pologne et confirmée [)ar le l'eu roi Louis W).
Le bon du Hoi est de 8.000 —
Donc grâce au rap[)()i't de M. de Sé*^iir, sa pension se trouva portée à 20.000 livres.
La princesse d'IIénin avait fait elle-niênie quelques démarches pour sa mère et avait écrit la lettre suivante :
Je ne saurais vous exprimer, Monsieur, combien je suis touchée de la manière obligeante avec laquelle vous avez bien voulu m'annoncer la grâce que le Roi vient d'accorder à ma mère. C'est ainsi qu'on lie publiquement ou qu'on oblige, et j'ai bien du plaisir, Monsieur, à vous vouer reconnaissance et attachement; c'est avec tous ces sentiments, Monsieur, que j'ai l'honneur d'être votre très humble et obéissante servante.
MONCONSKÎL d'HÉMX.
A Paris, ce 11 décembre 1782.
Aussitôt prévenue, Mme de Monconseil écrivit à son tour :
Je viens, Monsieur, d'être instruite par ma lillc de la grâce que le Roi m'a accordée, car, sans attendre la lettre que vous annoncez pour moi, je cède à mon empressement pour vous assurer. Monsieur, de 1 extrême reconnaissance que je dois à votre bienfaisance ; enfin c'est de vous seul que je tiens les bienfaits les plus intéressants pour moi et les miens, je vous demande d'y mettre le sceau en m'accordant un moment où je puisse vous protester l'étendue de ma reconnaissance, qui sera à jamais aussi durable que les sentiments d'attachements sincères avec lesquels j'ai l'honneur d'être, ^Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.
DE MoNCONSKIL.
P,-S. — .l'attendrai, Monsieur, votre réponse pour avoir l'honneur de me présenter chez vous le jour et l'heure que vous m'indiquerez.
A Paris, Chaussée d'Antin, ce 11 décembre 178:2.
LKS AMIS DIO .MADA.Mi: DK MONCONSEIL 1J5
M. le inarcjuis de Ség'iir lit répondre le l:^ :
J.orsqiic je lerai mon voyaj^e à Paris, j'aurai riioiuieur tic la voir et de lui renouveler le lémoij^na^e de ma satislaclion sur ce que le Roi a daij^né l'aire en sa faveur; puis je serais bien lâché qu'elle se donnât la peine de me chercher pour me Lémoij^ner de la reconnaissance sur le succès que j'ai eu le bonheur d'{)l)tcnir en remplissant mon devoir.
Enfin, Mme de Monconseil, lui répondit :
Il ne sulHl pas, Monsieur, que vous jouissiez du bien que vous faites si vous n'avez la bonté iVy mettre le sceau en me procurant celui, très intéressant, de vous en exprimer ma vive reconnaissance; et si vous n'avez j^as besoin de remerciements, c'en est un pour moi ainsi qu'un devoir sacré de vous protester qu'elle durera autant (pie ma vie, et je vous demande la grâce de m'instruire de votre arrivée à Paris et celle d'élre convaincu, Monsieur, de l'attachement que je professe pour vous et avec lequel j'ai l'honneur d'être.,.
ni-: MoNcoNSKU..
Je mets encore à vos pieds. Monsieur, le respect de mon petit-iils, M. de Gouvernet'.
Dès lors, la g-racieuse mar([uise vécut dans son appartement de la Chaussée d'Aiitin et décéda, sans bruit, ne laissant derrière elle que l'écho de ses bienfaits et de sa générosité.
Une ode - faite par un de ses protég'és lui servit d'oraison funè])re ; nous en citerons quelques passades.
M. Dudéré de Laborde auteur de ces strophes dit dans l'avertissement dont il fait précéder sa brochure : « ...En choisissant ce genre de poésie pour exprimer les i^egrets ([uc lui cause la perte de son illustre bienfaitrice, et pour exciter dans tous les cceurs ce sentiment si doux qui, nous faisant partager les peines de nos semblables, nous j)orte à les soulager, n"a point la vanité de se croire l'émule des Malherbe et des Uousseau ; il abandonne,