‹ Le Château de Bagatelle, 1715-1908 d'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine et des mémoires manuscrits ou imprimésChapitre 9 sur 146 · I.A MARÉCHALE jy KSTREKS · texte numérisé non relu

I.A MARÉCHALE jy KSTREKS

le mur de clôture du bois de Boulo^^ne court sans interruption et sans la moindre trace de maison depuis la porte de Neuilly jusqu'à la porte de Longchamp. Et maintenant, si nous examinons le plan de l'abbé Delagrive de 1730 ', on voit au bout de la plaine qui forme le triang-le devant les communs de Madrid et touchant d'un coté au mur du bois de Boulogne, une maison formant quatre corps de bâtiments, ayant sur le devant, c'est-àdire vers Madrid, un jardin d'ag-rément, et deriière un jardin pota^^er en trois parties. On voit très distinctement, faisant face à l'entrée du château de Madrid, un long bâtiment coudé qui sei'vit aux communs du château et qui par la suite fut k)ué ou donné viagèrement. Puis, à gauche, tournant le dos au château de Madrid, et complètement séparé du premier bâtiment, une maison ayant aile à sa droite, et regardant la Seine dans sa longueur. (Jn mur joint cette maison au mur de clôture du bois de Boulof/ne, enclôt un parc ou jardin composé de neuf pièces de terres, et rejoint le mur qui enclôt le jardin de Bagatelle, ('/est dans ces bâtiments qu habita Mlle de Charolais.

Le pavillon de Bagatelle est cependant antérieur à la date de 1725 que donne l'abbé Lebeuf, car nous apprenons par l'avocat Barbier qu'il appartenait dès 1721 à Mme la maréchale d'b^strées. (Test (knic vraisemblablement en l'année 1720 que commence l'histoire du château de Bagatelle.

La maison est dé])en(hinle du xvnr' siècle, non seulement parce qu'elle fut construite vers 1720, mais par son nom et sa fortune. Ce fut la maison galante par excellence, car elle abrita bien des intrigues, depuis celles du régent et de Louis XV, jus([u'à celles de hauts pervsonnages de la cour. Elle vit bien des fêtes, entendit des musiques et des chants, et semble n'avoir été créée que pour devenir le gracieux pavillon du comte d'Artois.

1. \'oir la l" rouille de la carte lopographique des cnvii-ons de Paris par labbé Delagrive, ITiiO.

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A iiiu', cî))0(jue où la jalousie (i(is maris élail chose incomprise, et où Ion caeliail sous le mot de galanterie toutcis les débauches, ce l'ut un ^este de grand seigneur pour sa noble jeune femme qui fit élever dans h; bois de Boulogne le pavillon dont nous écrivons 1 histoire, et nous regrettons qu'aucune estampe le représentant ne soit parvenue jusqu'à nous.

Nous sommes au moment où largent était aussi rare que le désir des dépenses fastueuses était grand. Le système Law qui lit naître les « Princesses bleues » tourmenta à ce point Fesprit des premiers du royaume, que les ducs eux-mêmes se mêlèrent d'agio, ce qui les fit blâmer vertement par la duchesse d'Orléans ' : (( Trois ducs ([ui pourtant portent la tête haute et sont de meilleure maison que les autres, trois ducs ont fait à mon avis quelque chose de bien laid. Ce sont le duc d'Antin, le ducmaréchal d'Estrées et le duc de la Force. Le premier a accaparé toutes les étoffes pour les vendre plus chères que les marchands; le second, le café et le chocolat, et le troisième a été le plus malpropre : il s'est jeté sur le suif et a produit une vraie hausse sur les chandelles. » La phrase était mordante.

Il faut dire aussi que les trois ducs, ainsi que les nombreux personnages de la cour et même les bourgeois de Paris qui fréquentaient la rue Quincampoix. étaient poussés à ce jeu nouveau : la bourse, pour combler leurs dettes et aussitôt qu'ils avaient un gain, jetaient à nouveau For et les billets sans compter. En un mot, ils accueillaient sans en comprendre ni la portée ni le but, le système que John Law mettait entre leurs mains.

Si l'aventurier n'avait pu faire- accueillir son idée à r Angleterre, la France dont les finances étaient obérées ne l'avait reçu d'abord qu'avec méfiance. Il y joua les premiers temps si grand jeu que le lieutenant de police, d'Argenson, craignit un mouvement populaire et le fit quitter Paris : « Il en savait trop aux jeux, dit-il, que lui-même avait introduit dans la capitale. »

1. (Correspondance de Mudnnie. duchesse d'Orléans {21 juin 17:20), édition Quantin. I. II, p. 3i0.

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