Né à Ediinbfmrg en IH71, mort à \'enisc en mai
LA MARÉCHALE d'kSTRÉRS 5
Mais le g-ouveniement royal était si endetté que le contnMeur ««énéral des finances ne savait comment faire l'ace aux échéances et aux demandes pressantes du liég-ent. Jolin Law trouva le moment favorable. Il revint. 11 mena si adroitement ses intri'j'ues, il fît de telles promesses, qu'il obtint enfin l'autorisation de fonder une banque privée' au capital de (i millions. C'était mettre la vaste machine financière en mouvement. Ledit du 10 avril 171 7 lui permit de rayonner en province. En 1718 il obtint le privilèg-e du commerce de la Louisiane et du Mississipi-, et Tannée suivante, 17JÎ), il o])tenait successivement le monopole du commerce des Indes, Tadministration et la fabrication des monnaies, les Fermes générales, les Recettes générales et enfin, le 5 janvier 1720, John Law était fait contrôleur des finances.
Sa rapide carrière ne donna cependant pas d'assiette à son système ; la confiance (juon lui donnait manqua brusquement, la baisse survint. L'aventureux banquier tenta de l'arrêter par ses lettres à un créancier^, mais il dut tout abandonner, et il s'enfuit de France sans emporter une obole des masses d'or et d'argent qui étaient dans ses coffres.
Son successeur fut Le Pelletier de la lloussaye, qui ne régit les finances qu'un an.
Mais si Law quittait Paris et la France les mains vides, d'aucuns avaient su, ou avaient eu la chance de rétablir leurs affaires, et parmi ceux-ci il faut citer le maréchal d^Estrées.
Non loin de l'abbaye de Longchamp '-. alors célèbre par
I. LciUrcs palcnfcs du '2. mai 17 K». rcgistrées au Parlomcnl le :2;i du niènio mois. Il avait rté une première l'ois rej)oussé par un conseil composé du maréchal de \'illeroy, chef du conseil, nd honores, M. le duc de Noailles et ensuite M. d'Ar}>enson. président: sous eux MM. Amelot, Le Pelletier des Forts. Le Pelletier de la lloussaye, Fayon, dOrmesson. (lilherl de X'oisins. de (laumonl. Haudry, Dodun et Foiu'({ueux.
-. lianque déclarée, puis Banciue royale.
3. \'oir : Recherches historiques sur le si/slème de Lau\ par E. Levasseur.
4. Histoire de l'Abbaye de Longchanips. par H.-(i. Duchesne. II. Darui'on, éditeur.
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sa promenade, et du cliâteau de Madrid dont les communs étaient loués à dillérentcs personnes de la cour, à (pielques pas de la Seine, où les bateliers proinenaienl marquises et duchesses, M. le maréchal d ^>strées choisit un emplacement dans le bois de Bouloi^ne et obtint, jj^ràce à son amitié avec le JU^j^ent, l'autorisation d'y faire construire une maison de campj^^ne (ju il olVrit g-racieusement à la maréchale qu il avait épousée par contr.at le 22 janvier KiDS'.
L'emplacement choisi par le maréchal d Kstrées était la jouissance d un \oy!;en\eni sifuc près une des parles du bois de Boulogne et dont Louis-Paul Bellang-er, conseiller et avocat <>-énéral k la (]our des Aides de Paris, et sa femme Louise-Marie-Magdelaine Charpentier avaient été autorisés à habiter leur vie durant par brevet du 22 juillet 17 16-. Ils occupaient ce logement qui avait été pris aux dépens des jardins dont la jouissance appartenait au capitaine des chasses du bois de Boulog'ne ; ce logement était habité par eux depuis plusieurs années. Il consistait (( en deux corps de logis aux cotés de ladite porte, dont l'un contient une petite salle, cuisine et office, autant au premier étage et pareil logement au-dessus, et l'autre un sellier, chambres pour les domestiques, écuries et remises, ensemble en deux arpens ou environ de terres, étant autour de la maison pour en faire cour sablée ou jardin... ». Bellanger et sa femme avaient payé cette jouissance 4.000 livres, et cette somme devait être employée à la construction d'un logement nécessaire à la faisanderie du château de Madrid.
Or, le 17 août 1720^ le roi ayant appris que Paul Bellanger et sa femme avaient cédé leur logement au duc maréchal d'Estrées et à la maréchale, voulut que nouveau brevet fût accordé aux d'Estrées pour jouir leur vie durant du logement, cours et jardins, ensemble les augmentations, impenses et améliorations « qui ont déjà
1. (^ouLrai (M' Ilachetle do messire A'ictor-Marie, comte d'Estrées. vice-amiral de France, et de Liicic-Félicité de Noailles d'Aven, lille de Mgr Anne Jules, duc tle Xoailles et de Marie-Françoise de Rournonville. Arch. dép. de la Lcjire-Inl'érieure. ï^érie E, dossier 1077.
i. Arch. nat. ()' GO, p. 108. \'()ir ce bi-evel appendice n" I.
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été faites ou qu'ils pourront y faire cy après... sans néanmoins queux ni leurs héritiers après leur décès en puissent prétendre aucun reml)oursement. lequel arrivant le dit sieur d'Armenonville ou ses successeurs en ladite capitainerie rentrerait en possession dudit logement cours et jardins en l'état où ils se trouveront...^ »
11 n'y a plus là aucune erreur. Bagatelle fut construit par le maréchal d'Estrées sur des terrains dépendant d'une porte du bois de Boulogne et précédemment occupés par le conseiller Bellanger et sa femme, et non par un sieur Gravelle.
Les moyens financiers employés par le maréchal-duc lui valaient des satires dans le genre de celle-ci (1717), satires que Ion nommait à 1 époque des Noëls :
Juif, arabe, corsaire, I^]strées vint brusquement A Jésus débonnaire Faire son compliment.
Joseph, ayant donné mainle et mainte pistole, r.rut qu'il ferait un don
Don, don !
Mais le juif s'en alla
La. la!
Sans donner une obole -.
En réalité, le maréchal-duc d'Estrées semble bien avoir fait coUvStruire Bagatelle pour favoriser les amours du régent qui venait souvent à la Muette. Au point de vue de l'administration des bâtiments, Bagatelle était une dépendance de la Muette '. Or, d'après le maréchal, sa femme, en possédant le pavillon, devait le maintenir bien en cour, malgré ses écarts pécunaires et les poursuites satiriques de la cour et de la bourgeoisie. Déplaire î n'était-ce pas ce qu'un courtisan craignait le plus ?
Sa carrière était terminée depuis 1717. mais la lettre
1. Arrli. na(. O' '.\'t'. p. 2'.\'2. \i)\v co hrcxcl appendice n« ii.
-. Recueil (UninimbniiU - Mniircpiis. ('Iiansonnier hisloricjne du xviii" siècle.
:>. Voir à ce sujet les ctirrcspoiulauces de SoullloL el de M. de MaiMfiny. ciiap. v.
«s IIISTOlRr; 1)1 (IIATKAr DK l'.\r.ATKLLF.
(le cachet ne pouvait-elle pas survenir un beau matin ? Il fallait prendre ses précautions.
Victor-Marie d'Estrées ', marcjuis de Cœuvres, était né le 30 novembre iOliO. JMitré au régiment de Picardie comme enseig-ne de la comjjagnie colonelle, le 20 janvier 1G78, il permuta bientôt pour entrer dans la marine, oii il fut nommé capitaine de vaisseau et servit avec ce ^•rade en Amérique en 1779 et 1780. Le 12 décembre 1784, il obtenait la survivance de la charge de vice-amiral de France. Créé maréchal de France le 14 janvier 1703, grand d'Espag-ne de 1'"'' classe le 14 août de la même année, il fut nommé chevalier des ordres du roi le 2 février 1705, et après la mort de son père, survenue le 19 mai 1717, il prit le nom de maréchal d'Estrées, il était, depuis le 23 mars 1715, membre de l'Académie française, conseiller au conseil de régence et président du conseil de marine -.
Ce que le maréchal craignait donc surtout était la disgrâce à cause de ses menées peu nobles pour acquérir une fortune en rapport avec ses charges et ses honneurs, et il comptait sur sa femme qui devait lui servir d'appui, on peut même dire d'amie, auprès du Régent.
La maréchale du reste était « fort jolie, fort séduisante et fort ]ieu farouche"^ » ; ses amants étaient assez nombreux et connus pour que Mathieu Marais '' nous donne des renseignements sur quelques-uns : « L n gentilhomme de Bretagne, nommé Marcilly, de la maison de Roucy, ofHcier des chevau-légers de la garde, revenant des Etats avec la maréchale d'Estrées, est devenu amoureux d'elle, jusqu'au point qu'un jour il fit, par jalousie, du bruit dans la maison où était le maréchal, à (|ui il dit qu'il était ivre. La chose s'est passée assez