‹ Le Chateau de Chambord: documents inédits sur la date de sa construction etChapitre 1 sur 6 · ET LE NOM DES PREMIERS ARGHITEGTES · texte numérisé non relu

ET LE NOM DES PREMIERS ARGHITEGTES

De même que certains profils, certaines physionomieSi ont le privilège de charmer et hantent volontiers l'imagination, il est aussi des paysages, des aspects, des œuvres de la nature ou de l'art, dont la vision se grave profondément dans la mémoire. Les châteaux d'Amboise, Chaumont, Blois, Chenonceaux, sont de ce nombre ; et il suffit que leur nom vienne frapper l'oreille pour aussitôt éveiller tout un monde de souvenirs.

Mais c'est Chambord qui l'emporte sur tous, parce que là, et là seulement, se rencontre un inconcevable mélange de grandeur et de mystère, parce que tout y est un sujet d'étonnement et qu'on s'y heurte sans cesse à de frappants contrastes.

Le philosophe comprend à merveille qu'un roi ait voulu fuir les bords de la Loire ou du Cher, pour se choisir une retraite sur les rives plus ignorées du Cosson. Mais il s'explique moins qu'on ait adopté ce plan gigantesque et ces

dispositions inhabitables, poor Jeter an milien des landes de la Sologne ce qu'il appelle un colossal caprice.

L'historien peuple ces vastes salles du brillant cortège des Valois, à la suite de François !«', le Roi Chevalier, dont la main toucha presque le sceptre impérial ; il assiste, avec les courfisans du Roi-Soleil, à la première représentation du Bourgeois-Gentilhomme. Puis il voit le superbe château devenir l'asile de Stanislas, un roi détrôné; et enfin, le domaine offert par la France à un prince (resté, pour ses fidèles, un type chevaleresque,) mort à l'étranger sans pouvoir ceindre la couronne, posant à peine le pied à Chambord dont il portait le nom dès son berceau.

Quant à l'artiste, son regard est séduit en découvrant, de loin, par-dessus les cimes des arbres, cette autre blanche forêt de campaniles, de cheminées, de hautes fenêtres élancées, de flèches, que dépasse la magnifique lanterne, comme la statue de saint Jean domine les autres, sur le fronton de la basilique de Latran à Rome. L'effet est aussi fantastique, dans un genre bien différent et un tout autre cadre.

Lorsqu'il arrive enfin en présence de cette masse architecturale, il reste stupéfait de la simplicité de l'édifice inférieur, opposée à cette abondante floraison qui règne sur les combles. Malgré tout, il se dégage de l'ensemble une harmonie qui devait éclater majestueusement, tant que Chambord fut conservé dans l'état où le représentent les belles planches d'Androuet du Cerceau.

En effet, la destruction des balustrades, des emmarchements extérieurs, et surtout des pièces d'eau, dans lesquelles se reflétait^son admirable couronnement, enlève beaucoup de prestige à l'aspect de cette splendide résidence. Le nivellement des fossés enterre les bases des tours et les premières assises de la construction.

Cet écrasement de la façade, la nudité du terrain, la solitude des appartements; tout cela correspond d'une façon trop exacte à Taflaiblissement même des souvenirs, pour ne pas prêter le flanc à certaines critiques, moins faciles à réfuter dans l'état actuel des choses.

Notre but n'est pas, du reste, de nous lancer dans la mêlée des admirateurs et des détracteurs de Chambord, bien que les premiers puissent nous compter à la suite de leurs tenants ; ni de nous étendre en considérations philosophiques, historiques ou artistiques. Assez d'autres ont assumé cette tâche, qui n'avaient en partage ni l'érudition d'un La Saussaye, ni le talent d'un Loiseleur, ni la compétence d'un VioUet-le-Duc.

Nous voulons seulement attirer l'attention sur les origines de la construction de Chambord et sur les inexactitudes qui se sont produites à cette occasion.

L'extrême rareté des documents sur l'histoire de cette résidence, au XVI« siècle, laissait croire, jusqu'ici, que le point de départ des travaux était l'année 1523, d'après les uns et, suivant les autres, 1526, sous la direction de Charles, bâtard de Chauvigny, et avec Pierre Nepveu, dit Trinqueau, d'Amboise, comme premier et seul architecte. Ce sont autant d'erreurs, aussi faciles à constater qu'à rectifier, à l'aide de nouvelles pièces que nous avons découvertes, et qui intéressent à la fois l'histoire de Chambord, et celles de Notre-Dame de Cléry et de la ville d'Orléans, elle-même.

L'importance de cette question est facile à saisir, puisque réclaircissement complet de tous les points qu'elle soulève fournirait la note exacte de l'influence de la Renaissance italienne sur notre école française d'architecture, dans le premier tiers du XVI® siècle, spécialement en ce qui concerne les châteaux du Blaisois et de la Touraine.

Du haut au bas de Téchelle, en histoire, et pour l'histoire de Tart français en particulier, il y a peu de procès jugés définitivement et sans appel : la découverte de nouvelles sources autorisera longtemps des révisions partielles.

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