CHAPITRE II
Mort de Lonit XVI, — Le nom de G>ndé traîné dans la bone. — La Gonycntion remplace TAsiemblée nationale. — Enroi de commissaires dans le département de TOise. — Arrivée dlsoré et de Collotd*Herbois à BeanTsds. — Arrestation des nobles et des suspects. — M. Des Gmrtils de Merlemont. — Transformation du château de GiantiUj en prison. — Aspect du domaine. — EnlèTement des objets d*art. — Transport à Paris des collections d*histoire naturelle. — Vente dn mobilier. — Suppression de l'entretien des bâtiments et jardins. — Préparatifs pour recevoir les personnes mises en état d^arrestatlon.
Nous touchons maintenant à cette terrible époque où le château de Chantilly va devenii» le foyer de bien des douleurs^ le témoin de bien des larmes.
Ix)uis XYI n'était plus : sa condamnation et sa mort
loin d'apaiser les passions^ n'avaient fait que surexciter
encore le parti ultra-révolutionnaire qui triomphait
sur toute la ligne. Aussi tout ce qui se ratUichait de
près ou de loin à la mémoire du roi devenait-il
odieux, et le nom de Condé plus que tout autre
était traîné dans la boue. Déjà l'année précédente, à
Chantilly^ où tant de gens^ pour ne pas dire la commune tout entière, devaient leur existence et leur prospérité à la munificence du prince et à sa générosité trop souvent exploitée, et où par conséquent son nom eût dû rester vénéré, il était devenu, en apparence du moins, l'objet d'une vive réprobation. Nous n'en voulons d'autre preuve que le procèsverbal de la séance de l'Assemblée nationale du 7 janvier i 792, où se trouve le passage suivant :
<K On introduit à la barre une députation de la garde nationale de Chantilly, qui, ne voulant pas être confondue avec ce qu'elle appelle les i^alets du prince de Condéy adresse une pétition pour que toutes les personnes inscrites sur la liste des pensionnaires de M. Condé soient exclues du tableau de la nouvelle garde nationale, et ne puissent prétendre à être admises aux places de la municipalité. »
Une telle démarche, empressons-nous de le dire, souleva l'indignation d'une partie de l'Assemblée. Le député Lequinio déclara qu*à ses yeux, elle était aussi indiscrète qu'intolérante, puis il s'écria : « Eh quoi 1 parce qu'ils auraient des pensions de monsieur Condé, d'honnêtes gens, de bons citoyens seraient exclus (les places où les appellerait la confiance publique ! » Mais malgré cette protestation, l'Assemblée n'en admit
PESliDAM* LA RÉVOLUTION. i9
pas moins les pétitionnaires aux honneurs de la séance^ et elle renvoya au eomité des pétitions l'objet de leur demande^
Huit mois plus tard, eette même Assemblée faisait plaee à la Convention dont le premier acte fut de proclamer l'abolition de la royauté en France^ et l'on atteignit bientôt eette période sanglante de notre histoire où la terreur^ devenant un système^ fut mise à Tordre du jour.
Après avoir provoqué la mort du roi et après avoir précipité la chute des Girondins^ la Montagne triomphante ne rêvait plus qu'une chose : semer partout répouvante et se débarrasser ainsi de ceux qui^ de près ou de loin^ pouvaient lui porter ombrage. A cet effets elle organisa l'envoi dans chaque département de commissaires investis des pouvoirs les plus étendus et chargés de prendre toutes les mesures que comporterait l'intérêt de la nation.
Le département de l'Oise ne fut pas oublié dans cette répartition^ et le 1" août 1793, Jean -Bon-Saint- André montant à la tribune fit la déclaration suivante:
(c Des mesures très-importantes à prendre, sur lesquelles le comité de salut public vous prie de le dispenser de donner des développements, mais qui